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Pangram, la main armée de l'Inquisition numérique ?
Non-fiction
Technology
calendar Published Oct 7, 2026
calendar Updated Oct 7, 2026
time 15 min
Jackie H verified
Jackie H 6 hours ago

Dans le temps, Word proposait un système de versions qui justement gardait des traces de l'évolution de chaque document. Ça fait déjà au moins une décennie maintenant (et même plus) qu'il ne le propose plus. Dommage, ce système de "versioning" serait justement bien utile pour prouver la "parentalité" de ses textes à l'heure de l'IA. C'est intéressant ce système que tu proposes Harold, ce texte mérite d'être lu à tête reposée mais c'est une piste intéressante. Je devrais sans doute penser à quelque chose d'adapté à un outil Bloc Notes ou YesWriter 🙂

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Text / Human creation

Pangram, la main armée de l'Inquisition numérique ?

Un processus afin de prouver la conception et la propriété de son texte (pas la non-utilisation de l'IA)

Largement inspiré du texte de Thierry Crouzet "Pour prouver qu’un texte est humain, montrer comment il s’écrit" sur Substack


Prouver son processus de création et éviter le bûcher de l’Inquisition. Une obligation ? Une fatalité ?

Peut-être simplement une manière de se protéger et de personnaliser efficacement son travail.


Eh oui, nous en arrivons à des extrêmes mis en avant par l’affaire Thélison Orélien. C’est une histoire qui a suscité des divisions profondes, à l’émergence de groupes antagonistes, hostiles, voire même extrémistes ou sectaires.

Deux clans ne laissant pas de place pour un juste milieu propre à la réflexion à propos de l’arrivée d’une nouvelle technologie. Devrions-nous probablement instaurer des états généraux sur la manière d’appréhender, d’utiliser à bon escient et surtout de citer ce que l’on fait de cette technologie ? De quelle manière l’écrivain produit, grâce à elle ou avec elle ?


Ne soyons pas paranoïaques, ne tombons pas dans l’extrême terreur du bûcher des réseaux sociaux.


Paradoxalement, ne faut-il pas tout de même se préparer à prouver sous peu que nous sommes bien à l’origine du texte, de son élaboration, de la réflexion à la base de sa création ? Tant de questions qui se bousculent et qui enflamment le petit monde de l’écriture au sens large.


Il faut tout de même garder à l’esprit que le lecteur (il conserve encore son libre arbitre et il ne faut pas le prendre pour un idiot) choisira ce qu’il désire lire, en toute connaissance de cause à partir du moment où l’écrivain reste honnête avec lui et annonce d’emblée la couleur.


Créer, écrire, imaginer, rêver des univers, cela n’interdit pas d’utiliser l’IA, ce n’est pas le sujet de ce billet. L’IA est un superbe outil de recherche d’information, une machine à compulser, résumer, corriger, orthographiquement et sémantiquement parlant. Ceci étant posé, personnellement, je suis persuadé que l’IA ne crée rien, n’invente rien et n’imagine rien. Elle ne peut surtout rien rêver !

Certains l’utiliseront pour écrire, rédiger, inventer leur texte, soit.

Par honnêteté, j’estime qu’ils devraient le signaler, garder la tête haute, pouvoir regarder le lecteur dans les yeux tout en sachant qu’il ne lui cache rien.


Pour ma part, j’utilise Claude pour mes recherches et pour sourcer mes textes qui, même s’ils se situent très souvent dans le domaine de l’anticipation, sont toujours fondés sur une assise scientifique existante. L’utilisation de l’IA dans ma chaîne de production ne signifie pas qu’elle rédige à ma place.

Claude est « programmé » pour ne pas créer, il source, il analyse la véracité de ce qui est rédigé, soumet ses remarques, mais ne crée rien.

Si même je lui demande de m’écrire un texte, un court slogan pour Bluesky afin de présenter ma dernière nouvelle, il refuse en me rappelant la règle : "Je ne peux rien rédiger suivant votre politique No IA Inside !"


C’est à ce prix que j’utilise l’IA et je pense que cette manière de faire n’entre pas en contradiction avec le statut d’écrivain. Les extrêmes qui argumentent en rappelant que « tout doit être fait à la main, de tête »… Se documenter à l’ancienne et corriger avec son seul traitement de textes, utiliser Google, ou Antidote, cela doit alors être proscrit, l’IA les ayant déjà investis depuis de nombreuses années.

J’en reviens donc au sujet sur lequel je voulais vous entretenir : prouver la chaîne de création du texte

C’est un peu comme tenter de sauver sa peau, je parle de peau numérique.


@Thierry Crouzet, dans son excellent article, nous explique sa méthode afin de pouvoir prouver à cette nouvelle forme d’Inquisition comment évolue son processus de création dans le but de produire le texte final.

Il ne cherche pas à prouver qu’il n’a pas utilisé l’assistance de l’IA (d’ailleurs, qu’il l’utilise ou pas n’est pas le sujet), mais bien que son processus de réflexion et l’élaboration de son texte lui sont totalement personnels et justifiables.

Pour y arriver, il a mis au point un système qui enregistre de manière automatisée, toutes les quinze minutes, l’état des modifications du document sur lequel il travaille. En résumant très basiquement la chose, il conçoit ses textes sur Obsidian. WritingLog permet d’analyser l’historique des sauvegardes, l’évolution du document dont les données d’horodatages et des modifications des enregistrements sont envoyées vers un dépôt Git privé. Celui-ci gérant chaque « commit », chaque modification du dépôt toutes les quinze minutes. Cela permet de conserver un historique précis de l’évolution du document, de ses propriétés aussi, de visualiser un véritable tableau de bord du processus.


Je trouve l’idée intéressante à plusieurs égards. Outre la sauvegarde en temps presque réel (15 minutes), il est possible de comparer les évolutions du texte et de prouver qu’il est bien rédigé par la personne concernée. Comprendre également la logique des réécritures et des modifications parfois importantes reste aussi un aspect que je juge crucial. C’est très bien fait, un superbe développement d’une idée, d’un concept qui permet un suivi de création graduel.

Est-ce nécessaire ?

Réponse de Normand : « P’tête bin qu’oui, p’tête bin qu’non. »

Mais, pour un auteur professionnel, il s’agit certainement là d’un outil de valorisation et de sécurisation de son travail face à d’éventuelles futures critiques.

Est-ce utile pour ma part, petit gratte-papier qui aime écrire ? Sans doute non, mais le défi d’adapter le système de Thierry Crouzet à mon environnement de travail et d’y ajouter une « certification » supplémentaire a titillé mon esprit de vieux Linuxien. Un défi supplémentaire.


De mon côté, je n’utilise pas Obsidian et je n’apprécie pas trop les clouds extérieurs dirigés par les grosses multinationales étrangères. Microsoft a racheté GitHub le 4 juin 2018 pour la modique somme de 7,5 milliards de dollars. Je doute donc légèrement du respect intrinsèque des règles du RGPD par cette société dont l’appétence pour les données personnelles des utilisateurs est bien connue.

J’ai déjà eu, par le passé, l’occasion de vous détailler mon environnement de travail sur feu Mondo-Assurdo, mon blog à présent disparu. L’article est consultable sur Panodyssey à cette adresse : https://go.harold-cath.be/outils. J’y explique l’utilisation d’un petit NAS Synology sur lequel je conserve une copie de sauvegarde de tous mes écrits. Le fait de pouvoir y installer un serveur Git privé m’a donné l’idée que la suggestion de Thierry Crouzet pourrait se mettre en place, en interne, sans quitter la maison.


Il fallait donc prévoir un processus qui gère mon utilisation quotidienne de LibreOffice (et non pas d’Obsidian, un cadre totalement différent) et qui me permet d’obtenir mes sauvegardes sous forme de commit Git toutes les quinze minutes, mais en y ajoutant de nouvelles contraintes.

En effet, c’est très bien de sauvegarder le texte en conservant les horodatages, mais tout cela s’effectuant à la maison, il est bien entendu tout à fait possible d’en modifier la teneur. La valeur juridique dans le cas de la production des données à titre de preuve n’a, à ma connaissance alors, pas de valeur probante garantie.

La sauvegarde de l’horodatage (la date du commit écrite par Git) doit elle-même être sauvegardée de manière inaltérable et stabilisée dans le système. C’est là qu’intervient OpenTimeStamps, un service d’horodatage libre qui ancre une empreinte des données nécessaires dans la blockchain Bitcoin. Cette information est non modifiable au niveau de la blockchain et vérifiable par un tiers sur la base des fichiers de contrôle .ots (d’OpenTimeStamps stockés en parallèle dans le commit) et des données d’origine que je conserve, pour recalculer l’empreinte. La lecture de cette empreinte prouve son existence et donc celle du fichier lié au plus tard à l’enregistrement de l’empreinte dans la blockchain.


Seconde contrainte, je travaille sur plusieurs projets en parallèle. Plusieurs projets ouverts auxquels je reviens en fonction du temps dont je dispose et de l’inspiration présente certains jours et pas d’autres. Le processus doit donc être en mesure de gérer tous les documents originaux (dans mon cas des fichiers. odt) et d’enregistrer automatiquement les modifications dès qu’elles sont apportées (un simple espace ou un caractère modifié suffit pour déclencher ce processus de sauvegarde, qui s’effectue toutes les quinze minutes). Le processus ne tient compte que des fichiers au format. odt de Writer (LibreOffice). Tous les documents annexes (dans mon cas, souvent des PDF de documentation pour l’aide à la rédaction) n’entrent pas dans la sauvegarde.


Bien, les bases étant posées, il faut arriver à goupiller tout cela, le mettre en production, le tester et tester les automatismes extérieurs.

Je fonctionne sous Linux depuis plus de 25 ans, les scripts bash sont les plus adaptés pour obtenir un résultat rapide, propre, peu gourmand en mémoire et programmable pour un fonctionnement aisé en arrière-plan.

Je ne vais pas entrer dans les détails techniques, juste un peu de visuels pour vous démontrer le fonctionnement de la chaîne. En route donc pour la visite.


Un seul répertoire est dédié au fonctionnement du script :



Il contient les différents projets d'écriture : 3.0 étant la troisième relecture de mon roman l'Emballement et ceux qui me connaissent reconnaîtront mes projets habituels comme L'âme mécanique, le Writober2026 ou encore USWS, le mystérieux projet dont je vous ai déjà dévoilé le visuel.


Le script en lui-même et ses différentes options :




Entrons dans Writober par exemple.



Les textes en cours de rédaction apparaissent en dur, le fichier de travail LibreOffice. Un répertoire "texte" a été créé par le script, reprenant une sauvegarde du fichier .odt au format .txt horodaté simultanément (sauvegarde supplémentaire de sécurité).

Sur la première image, vous avez remarqué un répertoire "_preuves ots", c'est là que sont enregistrées les preuves d'inscription dans la blockchain pour tous les fichiers. Ici pour le projet Writober :



Et sur le NAS ?

Et bien, nous y trouvons le dépôt Git avec tous les projets ouverts :



Dépôt organisé comme n'importe quel dépôt Git mais commitant également les empreintes OTS de la blockchain pour validation de l'horodatage.



Voilà, tout cela est un peu technique, je le conçois bien. Cependant, face à la pression qui semble vouloir s'installer, alimentée par une frange particulière du petit monde de l'écriture et de l'édition, toute solution permettant de prouver sa bonne foi est toujours bonne à prendre.


Pour mon utilisation personnelle, le système est uniquement utile pour la suite de l'évolution des relectures et des corrections de mon roman. J'ai commencé la rédaction du premier jet début 2024 et terminé le texte à Noël de la même année. Même si deux relectures ont déjà eu lieu, je corrige et améliore encore et toujours le texte avant de le laisser partir en bêta-lecture (humaine) et une traçabilité existe maintenant. Accessoirement, les sauvegardes sont automatiques, ce qui m’évite d’oublier d’y procéder régulièrement.

Pour le reste, pour mes nouvelles, oui, peut-être, mais je ne suis pas un "écrivain à succès". Tout ce que je produis est gratuit, pas d’abonnement payant ni sur Panodyssey ni sur Substack. Je ne cherche ni ne désire rien d'autre qu'apporter un peu de plaisir à celles et ceux qui ont envie de me lire et qui apprécient ces univers dans lesquels je louvoie.

Toutefois, les quelques heures passées avec l'aide de Claude-code pour mettre au point la chaîne de sauvegarde n’ont été que du bonheur. Pour le vieux bidouilleur que je suis, ces moments permettent de garder l'esprit vif et le cerveau en ébullition. Enfin, la valeur ajoutée à tout ceci reste bien entendu que tout le processus se déroule en interne, "à la maison", pas au travers du monde des GAFAM. Le passage par OpenTimeStamps, lui, ne concerne que des portions de codes d'horodatages cryptés qui ne permettent aucune perte de données.

Il faut toujours chercher le côté positif des choses que l'on réalise.


PS : Je termine avec la copie d'écran de la chaîne de traitement de ce texte, maintenant qu'il est terminé. La confirmation de l'empreinte dans la blockchain prend +/- trois heures et sera validée automatiquement par le script lorsqu'elle sera effective.




Intellectual property & credits
© Cover Image Sefa Tekin @ pexels.com
© Author's name / pen name Harold Cath
© Other images in your text Copie d'écran Harold Cath
Sources, citations, co-authors Inspiration : Thierry Crouzet et son texte : Pour prouver qu’un texte est humain, montrer comment il s’écrit. (https://substack.com/home/post/p-218755921) Claude-code pour l'élaboration du script bash.
Creative Commons license
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non-commercial use only
CC BY-NC-ND
The Kitty clause
Harold Cath verified
Ce contenu te plait, j'en suis heureux, partage-le, ramène du monde ici.
Ceci étant posé, pas touche aux textes, aux idées, aux images, tout cela ne t'appartient pas, le droit d'auteur est une réalité dont tu dois tenir compte.
Tu as envie d'en utiliser tout ou partie, prends contact, demande.
Une demande vaut une réponse et il y a toujours moyen de trouver un terrain d'entente.
Viens, je ne mords pas ;-)

Comments (3)

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Jackie H verif

Jackie H 6 hours ago

Dans le temps, Word proposait un système de versions qui justement gardait des traces de l'évolution de chaque document. Ça fait déjà au moins une décennie maintenant (et même plus) qu'il ne le propose plus. Dommage, ce système de "versioning" serait justement bien utile pour prouver la "parentalité" de ses textes à l'heure de l'IA. C'est intéressant ce système que tu proposes Harold, ce texte mérite d'être lu à tête reposée mais c'est une piste intéressante. Je devrais sans doute penser à quelque chose d'adapté à un outil Bloc Notes ou YesWriter 🙂

J'en reviens à la remarque que je fais de plus en plus souvent face à cette " hystérie phobique" grandissante autour de l'IA :
Depuis quelques années on a vu fleurir un peu partout sur le net ce fameux " prouver que vous n'êtes pas un robot " souvent accompagné de morceaux de photos de feux rouges, voitures ou bus à cliquer pour ultime preuve... Et aujourd'hui, on en est arrivé à créer des systèmes que j'appelle véritables usines à gaz pour finalement prouver la même chose quelque part. C'est véritablement une dinguerie et une mise en lumière de ce que devient le monde : une grande escroquerie sans respect, ni foi d'autant plus quand les acteurs ne cherchent que gloire et fortune par la duperie. Décidément la première qualité humaine semble être sa capacité à ajouter un barreau supplémentaire pour aller encore plus haut, quand on croit le sommet de la connerie atteint... En tout cas, encore un super boulot de reflexion et de présentation de ta part cher Harold. Bravo pour cela.

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Harold Cath verif

Harold Cath 11 hours ago

Tout à fait d'accord avec toi cher Pascal. Tout ceci était pour moi une sorte de jeu, trouver un processus informatique valable pour confirmer la paternité de mes textes. C'est peu important à mon humble niveau, ce n'est peut-être pas le cas pour d'autres. J'ai simplement mis une théorie en pratique.

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