Silenzia était son nom
Silenzia était son nom. Son nom de plénitude et de sérénité. Ce qu’aimait Silenzia, s’enfermer dans sa chambre et se pelotonner sur le moindre bruit qui se manifestait. Les bruits et elle c’était comme la chair et l’ongle, la brume et le lac, l’automne et la feuille rouillée. En réalité, il y avait une telle osmose que le corps de Silenzia se donnait à entendre tel le coffre du clavecin, les cordes de la harpe, la flute traversière où coulait toute l’harmonie du monde. L’on passait à côté d’elle et l’on entendait l’air triste de la fugue, la plainte de l’adagio ou bien les notes discrètes d’un luth baroque. Et nul ne s’interrogeait à ce sujet. S’étonne-t-on de la fuite du vent sur la courbe de la colline, du jeu insouciant de l’enfant, des cabrioles gracieuses du papillon dans l’air qui vibre de clarté ? Non, tout ceci est si naturel, aérien, tissé de juste mesure. L’on ne s’inquiète jamais que des choses qui font leurs aspérités et déchirent la toile lisse du réel.
Jamais personne ne s’immisçait dans la solitude de Silenzia. Jamais personne ne la distrayait dans l’écoute des sons qui la traversaient et la portaient au plein de son être. Il y avait une telle concordance, une telle effusion, un jeu si subtil de vases communicants. Silenzia ne s’éloignait de son corps que dans la proximité car les bruits l’habitaient de l’intérieur et ceux du dehors étaient des voix blanches, des vols de phalènes, des pliures de soie dans l’air exténué de beauté. Sa beauté à elle était tout intérieure, pareille à la chair couleur de corail qui dormait dans la conque d’une nacre et ne souhaitait que ceci, être disponible au flottement infini des choses.
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