Sans Amour - Galaktion Tabidze

Sur cette photo, Tabidze est jeune. Source : Wikipedia.
Galaktion Tabidze est l’une des figures majeures de la poésie géorgienne, souvent considéré comme un poète du vertige intérieur, de la solitude et de la beauté tragique. Son œuvre traverse les bouleversements de son époque et porte une sensibilité à la fois intime et universelle. Mais elle est aussi indissociable de son destin personnel, marqué par une profonde détresse qui l’a conduit à mettre fin à ses jours. Cette dimension donne à ses textes une intensité particulière, comme si chaque image portait déjà une forme de disparition.
Lire Tabidze, c’est entrer dans un monde où les images deviennent presque physiques, où la mélancolie se mêle à une lumière fragile, toujours au bord de s’éteindre.
Cette traduction est pour moi une manière personnelle de m’en approcher, mais aussi de prolonger un lien plus concret. J’ai moi-même participé, modestement, à ce que l’on appelle « la mer de fleurs », en aidant des moines à porter et déposer des bouquets lors des commémorations. Ce geste a pris une résonance particulière lorsque le patriarche Ilia II a finalement accompli le rituel pour son âme. Il y avait là quelque chose de silencieux, presque suspendu, qui faisait écho à la poésie même de Tabidze.
Proposer cette traduction, c’est donc à la fois partager un texte et prolonger une présence.
—
Sans Amour
sans amour
le soleil ne règne pas sur la voûte céleste
la brise ne souffle plus et les bois ne tressaillent
d'aucune joie
sans amour il n'existe
aucune beauté
et l'immortalité elle-même s'annule
sans amour
mais tout autre est l'amour
le dernier
comme une fleur d'automne
qui surpasse souvent la première
il n'appelle pas les tempêtes
des passions sans but
ni les caprices de la jeunesse ni les cris sauvages
il ne réclame rien
et dans les froids
de l'automne
élevé en pleine terre
il ne ressemble en rien aux fleurs fragiles
du printemps
à la place de la brise c'est l'ouragan
qui le caresse
et au lieu de la passion un baiser muet
l'enveloppe
et il se fane il se fane l'amour
le dernier
il se fane avec tristesse avec douceur mais
sans aucune joie
et il n'existe sur cette terre
aucune immortalité
l'immortalité elle-même s'éteint
sans amour !
—
უსიყვარულოდ
უსიყვარულოდ
მზე არ სუფევს ცის კამარაზე,
სიო არ დაჰქრის, ტყე არ კრთება
სასიხარულოდ...
უსიყვარულოდ არ არსებობს
არც სილამაზე,
არც უკვდავება არ არსებობს
უსიყვარულოდ.
მაგრამ სულ სხვაა სიყვარული
უკანასკნელი,
როგორც ყვავილი შემოდგომის
ხშირად პირველს სჯობს,
იგი არ უხმობს ქარიშხლიან
უმიზნო ვნებებს,
არც ყმაწვილურ ჟინს, არც ველურ ხმებს
იგი არ უხმობს...
და შემოდგომის სიცივეში
ველად გაზრდილი,
ის გაზაფხულის ნაზ ყვავილებს
სულაც არა ჰგავს...
სიოს მაგივრად ქარიშხალი
ეალერსება
და ვნების ნაცვლად უხმო ალერსს
გარემოუცავს.
და ჭკნება, ჭკნება სიყვარული
უკანასკნელი,
ჭკნება მწუხარედ, ნაზად, მაგრამ
უსიხარულოდ.
და არ არსებობს ქვეყანაზე
თვით უკვდავება,
თვით უკვდავებაც არ არსებობს
უსიყვარულოდ!
1914.
Version française traduite du géorgien par David Chkhaidze.
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Cela ne signifie en aucun cas que mes textes peuvent être utilisés sans mention de mon nom (même si, dans les faits, ça ne changera probablement rien), ni qu’ils puissent servir à entraîner des modèles.
Contribute
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Comments (2)
Pascaln 10 minutes ago
Merci beaucoup de nous offrir en partage cette très belle proposition de découverte. Je ne connais pas, mais j'aime beaucoup l'approche.
Et je découvre par la même occasion l'élégance des caractères alphabétiques de la langue géorgienne. Comme c'est visuelllement superbe. Merci pour tout cela.
Bozena Wisniewska-Le Talludec 19 minutes ago
Merci beaucoup pour cette découverte. Une sensibilité particulièrement profonde et spirituelle. Wikipédia parle si peu de la vie et l’oeuvre du poète.
J’aime considérer l’alphabet géorgien - un mélange de celui de langues Malayalam et tamoul, avec des caractères bien particuliers.