Poète ou Trissotin ?
J’aime la poésie au reflet argentin
Dont la beauté divine est toujours régulière,
Et les Sœurs du Parnasse1 à la voix familière
Qui semblent accorder les sons de mon destin.
Mais mon cœur est perdu, dans son zèle enfantin,
Entre un bonheur d’écrire une œuvre singulière,
Et la peur de savoir ce qu’eût pensé Molière :
J’ai l’âme d’un poète… et l’art de Trissotin2 !
Mes écrits quelquefois sont lourds et sans finesse ;
On ne pardonne pas ces erreurs de jeunesse :
Baudelaire, appuyé comme un buste vivant3,
Renverse sur ma feuille un rire volontaire !
Je dois signer enfin quelque vers émouvant
Pour sortir de l’oubli du néant littéraire…
Concours Légion Violette 1994 : poème remarqué et publié.
***
(1) Les "Sœurs du Parnasse" sont les neuf Muses.
(2) Trissotin est un personnage « trois fois sot » des Femmes savantes de Molière. Il est l’archétype du précieux ridicule, imbu de lui-même, sûr de son talent, aveuglé par la vanité.
(3) J’avais vingt-deux ans lorsque j’ai composé ce sonnet, en juin 1993. Avec l’autodérision — et sans doute aussi les inquiétudes — du très jeune poète que j’étais, j’y interrogeais déjà ma légitimité à écrire et la valeur de mes propres vers.
À cette époque, un buste de Baudelaire, que l’on m’avait offert, trônait fièrement sur mon bureau. Placé ainsi aux premières loges, le grand poète voyait tout ce que j’écrivais ! Il devint naturellement, sous ma plume, le témoin amusé, et quelque peu intimidant, de mes « erreurs de jeunesse ».
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