La poétesse blafarde
Las de voir mes lettres, nacre et sang mêlés,
Pleurer des rubis tièdes sur ma peau d'automne,
Je t'élève, ô blafarde, aux cieux dévoilés,
Où mes vers de lait pâle en comètes frissonnent.
Sur la nef de ton regard d'albâtre et de nuit,
Je tranche l'océan dont l'abîme chavire
Aux ourlets de ta robe, où les saphirs s'enfuient
En pagnes d'écume que l'aurore respire.
Hélas, la neige tarde, et ta bouche de lune
N'a pas encor blanchi les rues de mon exil ;
Mon âme, sous le bât des empires, s'allume,
Cygne de cendre ivre au bord d'un fleuve fragile.
Le vent souffle, souffle, au-delà des tours d'argile
Où les dieux endormis tissent des cocons d'or ;
Et ton parfum, sillon de chaque friselis,
Écrit sur ma paupière : « Je suis ton aurore. »
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