Comme une vague
Comme une vague
Assis à regarder le large,
je me prends à rêver de reprendre l’océan,
de remonter dans ce navire
qui un jour m’a déposé sur cette terre.
L’océan est d’une beauté si majestueuse
qu’on en oublie qu’elle peut être dangereuse,
de par sa force.
Toutes voiles dehors,
je quitte le port,
ces eaux tranquilles.
Je passe l’estuaire
pour entrer dans ces premiers murs de vagues
qui me redonnent un air vivant.
Elles me donnent l’envie d’aventure,
alors je monte en haut de ce mât
pour y voir l’horizon.
Parfois je suis en suspens,
suspendu par des silences
qui n’attendent qu’un bruit,
un signe,
un mot.
Je suis en apesanteur
de mes pensées qui s’égarent,
qui vagabondent.
Je ne suis pas à la recherche d’un ancrage,
mais d’un phare
qui me guide dans cette pénombre.
Au détour d’îles,
de péninsules,
de continents,
je traverse les océans
à la recherche de nouvelles expériences,
de nouveaux visages.
Je me laisse porter,
et parfois emporter,
par les courants,
pensant ne jamais perdre le nord.
Et puis il y a toi,
assise là,
que je vois au détour d’un songe.
Je rêve sans doute,
mais j’ai envie de t’écouter,
de me baigner dans ce regard
qui se pose sur moi.
Alors, pour un instant,
même si cela me coûte,
je veux le vivre
sans jamais rien regretter —
sinon de ne pas avoir goûté
à cette ivresse bien plus tôt.
Je n’ai jamais réellement regardé
la chance qui était autour de moi.
Par peur de toujours tout perdre,
par peur de croire
que ce n’était qu’un mirage.
Tant de fois j’ai lancé tout mon être
sans même vérifier
si j’étais bien attaché au mât
lorsque l’océan grondait.
De ces songes,
j’aime pouvoir dire
que je te vois telle que tu es,
plus comme un mirage,
plus comme une ivresse.
Mais te voir comme cette lumière
qui me porte au milieu des vagues.
Mon embarcation ne tient
que de bouts de ficelle,
de liens qui me tiennent.
Je suis d’une maladresse maladive,
car à trop m’oublier
pour tenir le lien,
je me fais défaut.
À trop vivre cette ivresse,
j’en oublie de t’écouter.
Alors je chavire,
je pars à la dérive,
pour échouer sur mes sentiments.
Mais tel un naufragé,
un Robinson,
je ne perds nul espoir.
Je flotte au gré des vagues,
accroché à un bout de bois
rescapé de mon embarcation.
Je suis nulle part,
dérivant dans mes pensées.
Même si je ne vois
ni rivage,
ni bateau,
je n’ai pourtant pas peur.
Il fait froid,
l’eau me glace le corps —
et pourtant,
j’ai chaud au plus profond de moi.
Est‑ce l’espoir
qui me tient en vie,
ou bien ton souvenir ?
La douceur de ton corps,
de tes bras qui m’enlacent,
qui me tiennent
dans mes songes les plus doux.
Je flotte
sans réellement savoir
où les vagues m’emportent.
Peut‑être vers une fin,
sans issue,
sans retour possible.
Une fin qui,
même si elle est déchirante,
me fait dire
que j’ai eu le bonheur
de toucher,
d’une caresse,
des instants vivants.
Je n’ai nullement peur.
Je ne me résigne pas
à m’abandonner
sans qu’il n’y ait une lueur,
une nouvelle route
qui se crée devant moi.
Je me tiens fermement
à ce dernier bout de bois,
celui qui me rattache
à ce que je tiens le plus.
Dès que la nuit
laissera place à la lumière,
quand l’obscurité cédera
aux premières lueurs
posées sur l’immensité
de cet océan,
et que la chaleur
remplira mon corps
de sa brillance,
je sais que je retrouverai
la force d’avancer.
Je flotte
dans cette lumière
qui m’enveloppe.
Je l’accueille
dans sa chaleur,
et je me mets à rêver
de ses bras qui m’enlacent,
qui me font tenir bon,
et qui me donnent
cette force de voir plus loin,
d’apercevoir
cette petite île.
Même si ce n’est
qu’un petit bout de terre,
il est un nouveau départ,
une étape
pour reconstruire mon embarcation,
reprendre ma route
en suivant, pour boussole,
mes sentiments,
mon désir d’amour.
Je flotte
au beau milieu
de cet océan.
Mais cela ne veut pas dire
que je me sens perdu —
juste que je traverse
mes songes.
Je ne saurais dire
quel cap je prendrai.
Je sais ce qui me pèse,
ce qui m’attire
vers les fonds marins,
sombres et froids.
Mais je sais surtout
ce qui me fait voyager,
planer
comme ces oiseaux
qui me suivent
dans mon sillage.
La traversée
sera sans doute longue,
mais j’écrirai
tous ces songes
que je lancerai
comme une bouteille à la mer.
Pour qu’un jour
ils soient lus,
sans que je m’y attende,
qu’ils soient reçus,
sans que je n’aie rien à attendre.
Même si l’embarcation,
faite de peu de choses —
de mes espoirs
et de mon envie
de repartir au large —
vacille,
je reprendrai la mer.
Non pour refaire
les mêmes erreurs,
ni réparer,
ni reconstruire.
Mais pour bâtir
de nouveaux songes.
Contribute
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Julien Carboni 20 days ago
Magnifique. Très poétique.
Samuel Heritier 20 days ago
Merci beaucoup.