Jeudi 9 avril 2026
Il a manqué quelques heures à mes nuits, ces derniers jours, pas grand-chose mais suffisamment pour que la fatigue prenne ses quartiers sous mes yeux un peu rougis, juste assez pour que le brouillard commence à infiltrer mes pensées. J’ai tenu bon, vaille que vaille, m’efforçant de répondre aux urgences inventées par la vie, et puis voilà que soudain quelque chose s’effrite au creux de mon ventre, contraint mes poumons et envahit ma gorge, fait tanguer le monde autour de moi et me laisse vacillante, instable, cherchant mon air entre deux sanglots. Dès que le sommeil vient à manquer, désormais, le temps se dérobe et brouille les pistes, m’empêchant de distinguer où je suis et l’âge que j’ai, m’interdisant de localiser précisément le danger. Je pourrais avoir huit, neuf ou dix ans et guetter le moindre gémissement du bébé minuscule sur lequel je dois veiller, m’efforcer d’oublier que dans quelques heures le réveil sonnera et qu’il faudra bien rejoindre les bancs de l’école, mobiliser toute mon énergie pour respirer malgré le refrain terrible et menaçant, si je m’endors quelque chose de terrible se produira, si je m’endors elle ne survivra pas. Je pourrais avoir dix-sept ou dix-huit ans, la tête plongée dans des montagnes de livres et de polycopiés, contraignant mon cerveau à emmagasiner le plus d’informations possibles, maudissant le temps qui file à toute allure et me rapproche de l’échéance que je redoute et pour laquelle je ne me sens jamais prête, jamais à la hauteur, toujours en retard et toujours inférieure. Je pourrais être jeune adulte et pétrifiée, recroquevillée dans un fauteuil dont il est interdit de s’échapper, suppliant les heures de courir plus vite et de me conduire à l’instant où, enfin, le sommeil m’arrachera à la douleur et aux mains dégoûtantes, avalant mon corps, mes pensées et le moindre de leurs échos, avalant aussi les loups déguisés en agneaux. Je pourrais être presque n’importe où et avoir n’importe lequel des âges que j’ai déjà visités, pour mon corps toutes les insomnies se ressemblent, c’est toujours la même terreur et la même substance, le même poison et la même souffrance.
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