Geneviève aux pieds nus
Geneviève aux pieds nus
Geneviève aux pieds nus
Cette nouvelle, un peu coquine, répond à un challenge spontané lors d’une visio, hier soir, avec une autrice québécoise et son amie : Catherine Obscur et Geneviève. Un thème imposé : une fille habillée de façon peu chic dans un restaurant huppé avec du monde et un couple de fiancés. Elle enlève ses bottes — pour plus de facilité ce sera des escarpins — et se retrouve pieds nus.
Je vous livre cette nouvelle écrite ce matin et vous souhaite une agréable lecture.

Geneviève aux pieds nus
Il entendit la cacophonie du monstre avant même d’en apercevoir un premier morceau. Par conséquent, lorsqu’elle déboucha sur la rue Saint-Louis, il n’en fut pas surpris. Horrifié, certes, mais pas surpris. Le pare-choc avant tenait avec deux Sandows, directement greffés sur les ailes. Quant à la couleur crème de la vieille Dodge, elle avait depuis longtemps renoncé pour laisser place à des taches de rouilles d’une granulosité lépreuse. Derrière elle, un nuage bleuté collait à la route, avec la discrétion ratée d’un relent de friture devant une parfumerie. Marco serra les dents tout en essayant de garder un semblant de sourire. Trois ans de service comme voiturier du Castello et c’était sa première rencontre avec une épave qui, sans hésitation, vint se placer devant son pupitre d’un blanc immaculé.
La voiture tournait au ralenti comme elle le pouvait. Un piston avait très probablement exercé son droit de retrait, dans un moteur qu’il valait mieux ne pas apercevoir. Sans hésitation pourtant, le jeune homme de vingt-cinq ans sautilla jusqu’à la porte avant gauche. Cheveux bruns en carré dégradé, elle faisait danser ses créoles en or à chaque mouvement de tête. Les rétines de Marco en absorbaient alors chaque étincelle. Il ouvrit la portière, mais visiblement la trentenaire derrière le volant n’était pas prête à descendre. Elle esquissa un sourire de courtoisie avant d’aller jeter un œil sur la banquette arrière. Si les rétines de Marco pouvaient souffrir d’une fracture, c'était bien le moment. En tout état de cause, elles en étaient presque à se fissurer. Le visage avenant de la conductrice avait laissé place à un de ces postérieurs qui ferait fondre le masque de cire d’un soldat de la garde royale. La jupe noire, en cuir, n’était pas assez courte pour laisser voir les dessous, probablement chics, dont les marques attiraient le regard en deux lignes convergentes. Après un tour d’horizon furtif, les yeux de Marco retrouvèrent l’horizon obscur d’où émergeait deux bas nylon. Discrètement, le jeune homme se ratatina pour tenter d’apercevoir l’antre de volupté que la jupe dissimulait à peine.
— Je les ai ! lança la jeune femme en tenant deux escarpins de cuir usé.
Elle se retourna, réduisant à néant les chances de Marco de voir émerger un peu de coton ou de dentelle. Alors, tandis qu’il lui rendit son sourire, la conductrice pivota pour sortir deux jambes interminables chaussées dans deux converses rouges. Elle les retira d’un mouvement gracieux que seules les femmes savent maîtriser, avant de se pencher pour les ramasser. Marion déglutit comme il put, lorsque le chemisier rouge laissa filtrer deux bonnets sur deux monts merveilleusement proportionnés.
Pas chic, mais rouge. Le soutien-gorge faisait le job, sans chichi de dentelle ou autres frivolités. Seule la couleur était raccord avec le chemisier. Et, tandis que la jeune femme troquait ses Converses pour des escarpins, Marco en profitait pour se rincer l’œil tout en imaginant libérer cette poitrine de son carcan de tissu.
— Voilà, elle est à vous, dit la femme en lui tendant la clef, à laquelle pendait une petite figurine blanche en forme de V, comme un os de poulet.
Marco marqua une hésitation, les yeux accrochés au porte-clés.
Elle coupa court à la question avant qu’elle ne sorte.
— Je sais : les hommes y voient souvent l’os du poulet, le wishbone. Mais c’est un clitoris. Simpliste, oui. Je le revendique.
Elle esquissa un sourire.
— Vous me donnez mon numéro de place ?
Marco lui tendit le carton et s’empara de la clef. L’intérieur de la voiture était en désordre, mais ça n’était à côté du désordre mental que sa libido créait progressivement dans sa tête et au niveau de son entrejambe. Il retira le frein à main, et laissa la voiture protester avant de rouler lentement vers l’emplacement le plus loin qu’il avait sélectionné. Hors de vue des clients du restaurant. Il aurait alors tout loisir de découvrir un peu cette figurine étrange.
L’intérieur du Castello était un temple du luxe. Les dorures rivalisaient avec leurs propres reflets dans des miroirs dignes de la galerie des glaces du château de Versailles. Les parfums persistaient sur les tissus outrageusement impeccables, Quant aux lumières des lustres de cristal, elles apportaient la touche féerique chargée de faire briller les parures des dames. Pourtant, dans ce décor d’excellence, deux yeux de mérous regardaient la jeune femme se diriger vers eux. L’homme, visiblement choqué, retrouva ses esprits juste avant que la paire de talons usés, bas nylon sous jupe de cuir noir et chemisier rouge viennent jusqu’à lui.
— Madame, vous désirez ? s’enquit le chef de salle.
— Geneviève Joly de Lothinière. J’ai une réservation.
L’homme retourna à son pupitre avec l’espoir rapidement douché de ne pas voir le nom sur son planning. Malheureusement, la table 9 lui était effectivement réservée. Il se ressaisit tout en examinant la tenue vestimentaire de la cliente. La gêne était palpable, à en déformer les miroirs.
— Je vais faire cours, monsieur Patrick Tremblay Puisque votre badge le mentionne. Tenue correcte exigée n’est pas une définition stricte. Vous voyez mes tétons ?
— Pa… Pardon ? bredouilla Patrick.
— Est-ce que vous voyez mes tétons ? Mes aréoles ? Vous savez ces trucs ignobles interdits sur les réseaux sociaux ?
Patrick se mit à transpirer à grosses gouttes.
— Non, vous ne les voyez pas, enchaîne Geneviève. Vous ne voyez pas non plus mon soutif. Ma jupe est noire, classe, suffisamment longue pour cacher mon tanga d’où rien ne dépasse.
Patrick tentait désespérément de reculer pour que la femme le suive en retrait de l’entrée de la salle. Peine perdue.
— Par contre, Monsieur Patrick Tremblay, relança Geneviève, votre chemise blanche est bien plus transparente que mon chemisier. Et moi, je vous vos tétons. Je vois même la démarcation poilue de votre poitrail. Alors qui de nous deux est moins « tenue correcte exigée » ?
Geneviève le tenait. Quelques regards commençaient à se porter vers eux. Les méninges de Patrick tournaient à plein régime. Le règlement, l’assurance de la cliente, le patronyme, Joly de Lothinière, ça commençait à faire beaucoup. Ça sonnait les ennuis, les avocats, le procès, la publicité défavorable.
— Toutes mes plus sincères excuses, madame Joly de Lothinière. Veuillez me suivre, je vous prie.
Patrick prit les devants en s’assurant de ne croiser aucun regard assurément réprobateur. Lorsqu’il entendit un commentaire chuchoté, de Madame Constance Taschereau à son mari, table 4, il occulta son écoute, mais le mal était fait. La remarque « Regarde Charles, la Joly débarque au Castillo » se mit à tourner en boucle dans sa tête. Il tira la chaise pour laisser s’asseoir Geneviève et croisa le regard de Charles. Il sut aussitôt qu’une porte venait de s’ouvrir à la table 4. Un accès direct aux enfers, dans les bras d’Asmodée en personne.
Geneviève se sentait un peu prise au piège malgré tout. Le chic démesuré, voire outrancier, la mettait mal à l’aise. Elle ne comprenait pas ce besoin de s’enfermer dans des costumes de bienséance. Pour elle, plus l’habit était chic et plus la personne était sale. Intérieurement. Assise à cette table, trop blanche, trop lisse, trop recouverte d’argenterie et de cristal, elle peinait à respirer. On était très loin de son idéal, de son refuge boisé du côté de Portneuf. Mais, pour des pétoncles préparés par le chef Arnaud Boulay, ça valait le coup de troquer les 3 feuilles d’érables de son cottage naturiste, pour les 4 étoiles du restaurant Le Castillo. Si elles arrivaient ! Le temps s’étirait entre les cliquetis des couverts, et le brouhaha des discussions des uns et autres. La plupart sans saveur, des verbiages égocentriques. Seul le couple sur sa droite faisait croustiller son imagination. À récupérer quelques bribes de leur conversation, elle aurait bien aimé passer la nuit entre eux deux. Leur programme était plutôt aguichant et elle se voyait bien participer à leurs ébats à venir. Pour le sexe glabre de la jeune rouquine qui laissait présager de longues minutes à patiner autour de ses lèvres avant de gagner le pompon. Pour celui de son fiancé, bien épais sous une toison digne d’un green du Golf de Cap-Rouge. Alléchant ! Pourtant, par respect pour le couple, elle préféra détourner les oreilles et son regard reporta hélas sur Charles… Il la mâtait. Sous de faux airs de dandy, le vieux matou laissait radoter sa mégère, acquiesçant mollement à ses commérages. Cependant, ses yeux eux faisaient des allers et des retours vers Geneviève dont le chemisier rouge lui faisait autant d’effet qu’un taureau dans une arène. Nul besoin du QI de Sherlock Holmes pour savoir qu’il aurait bien aimé plonger entre les pans de cette cape imaginaire. L’occasion était trop belle, pour ne pas la laisser passer. Geneviève entra en scène.
Le plus discrètement possible, afin ne pas attirer l’attention de la mégère, La Constance Taschereau, table 4, elle s’étira en bombant sa poitrine. Les deux épaules en arrière, bras fléchis, elle propulsa littéralement ses deux seins directement dans les yeux de Charles qui manqua de s’étouffer tandis qu’il buvait une gorgée de blanc. Il reposa le verre en toussant bruyamment.
— Charles, ne faites pas l’enfant ! siffla Constance entre les dents.
— Mes excuses Madame, vos propos m’enchantent, que voulez-vous. Mais continuez, je vous prie.
Constance, flattée, remua son arrière-train pour reprendre de la hauteur sur sa chaise de velours et se lança dans de nouvelles brèves de comptoir. La fille de Jean-Eudes Beaulieu semblait être un peu frivole, elle sortait au Dagobert sans être accompagnée !
Geneviève n’en perdait pas une miette. Alors, elle décida d’aller plus loin encore. Avec une grâce féline, beaucoup plus sensuelle que la femme de Charles, elle dégagea ses jambes pour attirer le gros poisson qui mordit aussitôt à l’hameçon. Ses yeux frétillaient en suivant la courbe des mollets de Geneviève. Ils revenaient rapidement vérifier que Constance, tête dans son assiette, poursuivant son monologue interminable, puis retournait aux frêles chevilles de Geneviève. Ils détaillaient ses pieds qui s’enfonçaient dans des escarpins qui n’avaient rien d’usés pour lui. Il était prince, elle était cendrillon. Geneviève augmenta la pression dans la cage thoracique du cinquantenaire. D’un habile geste de ses pieds l’un à l’autre, elle fit sauter ses deux escarpins. Charles se mit à trembler, faisant tinter ses couverts. Il attrapa rapidement son verre et avala trop rapidement son contenu. De son autre main, il ajusta rapidement sa serviette sur ses genoux. La chaleur qui montait en lui faisait monter tout autre chose. Il déglutit et tenta de retrouver une certaine contenance face à une Constance toujours occupée à cracher sur la haute société.
Geneviève s’amusait follement. Elle s’entortillait les pieds, massant l’un avec l’autre. Charles exultait intérieurement. Ses yeux passaient désormais plus de temps vers la table de Geneviève. La jeune femme poursuivit la tentation diabolique qui mettait à mal le cœur de Charles. D’un orteil avisé, elle attrapa l’extrémité d’un de ses bas pour le caler au sol, puis tira sur sa jambe. D’une main habile, elle accompagna le mouvement et c’est le bas entier qui glissa au sol pour rejoindre les chaussures. Elle étira alors ses orteils nus pour s’occuper du second bas nylon qui s’en alla rejoindre le premier. Ses orteils s’enroulaient alors, libres, nus. Charles manqua d’air et son cœur ne suivait plus le rythme. Geneviève pouffa discrètement dans sa serviette, avec la crainte de perdre le pauvre homme. Le serveur arriva à ce moment, offrant ainsi un entracte salvateur.
Charles avait retrouvé un visage plus clair. Le feu était passé, mais les braises couvaient toujours. Ses yeux cherchaient les pieds nus de Geneviève. Ces pieds si délicats, si frais. Ces orteils si fins, si mouvant. Il se voyait déjà les suçotant l’un après l’autre, avant d’écarter lentement les jambes de cette femme si désirable. Geneviève ouvrit la bouche et humecta ses lèvres avec une sensualité qui fit effroyablement frissonner Charles. Il en perdit sa fourchette.
— Charles ! Faites un peu attention. Vous devriez réduire vos allers-retours avec elle !
— Heu ! Hein ! Que dites-vous ma chère ? Je ne…
— La boisson. Vous faites faire beaucoup trop de voyages à votre verre. Le vin vous rend un peu trop rouge et vous ne tenez plus votre fourchette.
— Hum, oui, vous avez raison, comme toujours, chère Constance. Je vais rester à l’eau. Mais, je vous en prie, poursuivez.
— Vous faites bien, Charles. Vous faites bien. Je vous disais donc que Monsieur Desjardins est un peu trop cavalier avec Madame Lavoie-Bouchard…
Geneviève attrapa un peu de sauce entre les doigts pendant que Charles était occupé se sauver la mise. Elle n’attendit pas longtemps avant de voir les yeux de l’homme revenir sur elle. Le coup de grâce allait venir, elle s’en était fait le pari. D’un coin de l’œil, elle voyait bien que Charles se demandait ce qu’elle faisait avec une main sous la table. Geneviève exultait. Elle mimait des mouvements lascifs de son bassin, mais sous sa jupe. Sa langue humectait régulièrement sa bouche et elle pinçait ses lèvres comme si le plaisir allait gémir hors de sa bouche. Elle ferma les yeux et finit par entrouvrir ses lèvres rouges en laissant s’échapper un discret soupir. Au même moment, elle sortit sa main qu’elle exhiba devant elle, doigts fermés. Charles s’agitait, il voulait voir, il voulait savoir. Il voulait se lever, glisser sous la table. Il la voulait. Geneviève écarta lentement ses doigts gorgés de sauce de pétoncle. La viscosité était parfaite. Entre le pouce et l’index qui s’éloignaient l’un de l’autre, un filet de fluide s’étirait à la perfection. Charles y vit forcément ce qu’il désirait y voir. La main revenait d’entre les cuisses de cette femme aux pieds nus, sans bas. Il l’imaginait donc sans culotte, ou mieux, avec une lingerie fine qu’elle avait décalé pour se frayer un passage vers son flux de cyprine. Vers son antre. Il bascula en arrière avec un râle qui fit tressaillir tous clients du restaurant chic. Constance en crachat dans son assiette, ouvrant sur son époux des yeux réprobateurs. Charles venait de jouir dans son pantalon.
Geneviève éclata de rire. Elle s’essuya la main et attrapa ses chaussures et ses bas. Dans le restaurant, tous les convives avaient les yeux posés sur Charles en se demandant si l’homme était en train de mourir ou de perdre la tête. Le couple romantique à la droite de la table de Geneviève s’en moquaient éperdument. La jeune fiancée venait de retirer son string pour le propulser sur les genoux de son amoureux transit. Ses yeux lui racontaient de nombreuses promesses à venir. Des histoires intenses, qui commenceraient très probablement sur le chemin du retour, la tête entre ses jambes et le volant. Puis, dans le couloir, les escaliers, les murs et finalement le lit de leur chambre. Geneviève se dirigeait lentement vers le pupitre du chef de salle. D’une main, elle tenait ses escarpins un peu usés et ses bas. Elle en laissa discrètement tomber un, tout près de la chaise de Charles. Rouge, décontenancé, honteux, il ne perdit pourtant pas l’occasion de poser un derby ciré sur l’étoffe afin de le faire disparaitre sous les pans de la longue nappe de sa table. De l’autre main, Geneviève laissait tomber des miettes de pain. Le chemin du petit Poucet que Charles ne manquerait pas de tenter de suivre, dans un espoir purement chimérique. Elle régla l’addition, puis sorti toujours pieds nus, en arborant un sourire sur toutes ses lèvres. Dans son sillage, elle laissa un Patrick décontenancé et un Charles souillé. Laissant encore quelques miettes sur son chemin, elle finit par déposer un baiser sur le morceau de pain, laissant l’empreinte de ses lèvres en esquisse de R10 — Effortless Vermillon. Puis, posa en évidence le trésor supplémentaire à destination de Charles. Elle attrapa son carton numéroté pour récupérer sa voiture et le tendit à Marco. Il ne se fit pas prier et apporta la vielle Dodge fumante à sa propriétaire. Il la regarda remonter la rue Saint-Louis dans son sillage bleu. C’est à ce moment-là qu’il comprit que Geneviève lui avait laissé deux cartons en plus de son pourboire. Sur le second carton, un nom, un prénom, une adresse, un numéro de téléphone. Mais, ce qui lui décrocha à sourire en s’en fendre le visage, était la mention manuscrite : RDV ? Mais, cette fois, l’empreinte d’un baiser attendait une réponse à l’invitation.
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Photo de Christina Victoria Craft, Unsplash
Texte sans IA
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Line Marsan 1 hour ago
Ce pauvre Charles ne sait pas se tenir ! 😂
Gabriel Dax 1 hour ago
N’est pas Charles Ingalls qui veut 🙄😅