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Un lampadaire dans la nuit

Un lampadaire dans la nuit

Published Mar 8, 2026 Updated Mar 8, 2026 Drama
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Un lampadaire dans la nuit

Consigne #PanodysseySpark de la semaine :

"Un homme au dos cassé émerge du salon, toute la douleur du monde sur le visage..."

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Le vrombissement des bombardiers s'éloigne d'Alep. Pour combien de temps ?

Farid fait signe à ses coéquipiers. Quatre casques blancs émergent de l'abri de fortune. Leurs porteurs courent courbés à travers les rues, matériel de premier secours à bout de bras. Prêts à replonger à l'abri à la première alerte. Un secouriste mort n'est utile à personne.

Tout autour, ce ne sont qu'incendies, gravats fumants, immeubles éventrés, cadavres jonchant le sol. La fin du monde ? Non. Un jour ordinaire sous les bombes. Entre deux vagues dont on ne se préoccupe même plus de la nationalité, on court et on sauve qui on peut. Boulot dangereux, surtout quand on a une famille. Farid essaie de penser le moins possible à sa femme et à sa fille. Heureusement sa femme le soutient. Elle lui dit que Dieu les récompensera au paradis. C'est un boulot dangereux, mais il faut bien que quelqu'un le fasse. Pas le choix. Dernièrement, une de leurs équipes a réussi à extirper un bébé encore vivant d'un amoncellement de gravats. Un vrai miracle. Le bébé n'a plus de parents, mais tous les Casques Blancs pour famille.

L'équipe de Farid se précipite dans un premier immeuble. Éventré. Plus de façade. Les habitants sortent, ne parlent que de se reloger chez de la parentèle. On les escorte vers l'abri le plus proche, on pose des bandages aux blessés, on les soutient, on les porte. On ressort, bien vite, tant que le calme règne encore.

Deuxième immeuble, une maison. Soufflée. Ils entrent. Appellent. Personne ne répond. Ils visitent chaque pièce. Une gazinière indique que l'une d'entre elles fut une cuisine, un pommeau de douche qui se balance dans les airs cherche en vain la salle de bains. Dans les pièces – ou ce qu'il en reste – sous un amoncellement de morceaux de briques, de ciment, de ferraille et de verre, parmi les meubles défoncés et les tissus déchiquetés, des cadavres. Entiers... ou en morceaux. On a peu d'espoir, mais on cherche quand même des survivants.

Un gémissement attire leur attention. Un vieil homme, plié en deux, s'extirpe péniblement de ce qui semble avoir été un salon. Il est en larmes, il tremble, le visage tordu de douleur et de détresse. Il appelle Aïcha, une dénommée Aïcha. On court vers lui, on le soutient, on lui parle doucement. On cherche de quoi le faire asseoir. On applique du désinfectant sur ses plaies, on les recouvre de compresses et de bandages. On vérifie rapidement qu'il n'a rien de cassé. Il a eu de la chance. Il en faut bien, parfois. Le genre de chance improbable qui permet encore de croire en Dieu dans tout ce chaos. Comme ce bébé que les Casques Blancs ont tous adopté. On demande au vieillard son nom, on lui demande qui est Aïcha. C'est sa fille. Ou bien c'était. Deux hommes vont voir à l'étage, se suspendant à la dalle et à ce qui reste des escaliers. Désolation. Le vieil homme semble bien être tout ce qu'il reste de vivant dans cette maison. Lui, et un chat errant. Le vieillard aussi, on le transporte à l'abri, pour qu'il rejoigne ceux qui y sont déjà. Il y trouvera de l'eau et de la nourriture.

On ressort. Il fait encore calme, on a de la chance, il faut en profiter. Il faut se dépêcher. Nul ne sait ni quand ni d'où viendra la prochaine vague.

Troisième immeuble. Celui-là a l'air un peu plus épargné. On frappe aux portes, on demande aux familles si tout va bien. "Nous avons eu peur, nous avons eu chaud, mais nous sommes encore vivants, pas de blessés, Dieu soit loué, merci de prendre de nos nouvelles, que Dieu vous bénisse". En redescendant les escaliers, on n'oublie pas de dire : "Si vous avez besoin d'aide, appelez-nous, on est les Casques Blancs".

On repart fissa vers un quatrième immeuble. Pas question d'attendre. Pas question de s'arrêter. Tant de gens ont besoin d'aide. La routine. La guerre. La mort. La souffrance. La survie. Implacables.

Et pour les adoucir comme on peut, un peu d'entraide. Un lampadaire dans la nuit.

Crédit image : © Sergei Nechaev | Dreamstime.com

© Jackie H, 2026

Tous droits réservés selon toutes législations et conventions nationales et internationales en vigueur, qu'il s'agisse d'individus humains, d'organisations ou d'intelligences artificielles

Texte entièrement rédigé par un être humain

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Comments (5)

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Line Marsan verif

Line Marsan 5 hours ago

On y est. L'immersion, les phrases courtes, la guerre en saccade. 👏👏👏

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Jackie H verif

Jackie H 5 hours ago

Merci beaucoup Line 🙏🏻

E C Wallas verif

E C Wallas 15 hours ago

Eh mais c'est demain le défi ! Tricheur ! (Il faut imaginer Depardieu grimé en Obélix, et de l'humour bien sûr)

J'ai apprécié la lecture et voit facilement le protagoniste de "Priorités", mon billet d'humeur, vivre dans ce texte. Ça pourrait être un autre défi ça tiens, collaborer.

C'est peut-être absurde de ma part mais j'avais presque la musique super-héroïque en fond au passage : « On n'oublie pas de dire: "Si vous avez besoin d'aide, appelez- nous, on est les Casques Blancs».

En tout cas merci pour ce moment de lecture.

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Jackie H verif

Jackie H 10 hours ago

C'est "tricheuse" 🙂 et le défi de demain, c'est de partir à l'assaut de nos réseaux sociaux hors Pano avec nos textes 🙂

La phrase "super-héroïque" vient d'un documentaire sur les Casques Blancs, filmés en live. Ils m'ont inspirée à l'époque : dans une de mes histoires (encore toujours en construction – depuis 2017 quand même 😲), j'avais un personnage d'origine syrienne qui voulait émuler son frère, Casque Blanc mort en plein sauvetage...

E C Wallas verif

E C Wallas 10 hours ago

Oui je sais pour la tricheuse, "Tricheur" était simplement une référence directe à Obélix qui lance ce mot lorsque le pirate coule son propre bateau ! ☺️

Je vois, merci pour la précision ! Il y a des histoires qui prennent du temps, qui bénéficient même parfois à ne pas être écrites à un instant T.

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