Chapitre 31 - Souvenirs d'un autre temps
Chapitre 31 - Souvenirs d'un autre temps
Mercredi 7 octobre
L’employée fut surprise de revoir le jeune gendarme.
— Vous avez oublié quelque chose ? demanda-t-elle.
— En fait, je cherche la résidence pour personnes âgées.
— Vous voulez dire l’EHPAD ?
— Non, on m’a parlé d’une résidence séniors, je cherche le couple Mansat.
— Ah oui, ce doit être aux « Nouveaux horizons », c’est au bord du Tarn, vous ne pouvez pas la manquer, il y a encore des panneaux publicitaires. Je crois qu’ils ont du mal à faire le plein de clients.
— Vous connaissez les Mansat ? demanda le gendarme.
— Tout le monde les connait ici, la dame a été directrice de l’école primaire pendant des années et lui était médecin à l’hôpital. Ce sont des gens charmants, ils sont très âgés mais ils continuent de venir se promener en ville dès qu’il fait beau.
En effet, « Les nouveaux horizons » étaient facile à trouver. Le bâtiment moderne jurait un peu au milieu des immeubles de briques rouges. Léo entra dans le hall d’accueil, qui ressemblait autant à une agence immobilière qu’à un immeuble d’habitation. De nombreuses affiches placardées vantaient les réalisations du groupe de promoteurs et des plaquettes étaient à la disposition des visiteurs sur le comptoir. Léo se présenta et demanda si les Mansat étaient présents.
— Je ne les ai pas vus sortir, répondit la préposée, je vais les appeler si vous le souhaitez. Voulez-vous patienter dans la salle de réception ?
Quelques minutes plus tard, un homme chenu, mais néanmoins encore alerte vint rejoindre Léo.
— Bonjour jeune homme, je suis Charles Mansat, en quoi puis-je vous être utile ?
— Eh bien, nous nous intéressons à un homme à qui vous avez parlé il y a quelques jours, à la terrasse de la brasserie sur la place.
— Nous parlons à beaucoup de monde, vous savez.
— Oui, mais vous devez vous souvenir de celui-là. C’était un Allemand, avec une tenue un peu désuète.
— Oui, oui, je vois. Il déjeunait à la table voisine de la nôtre.
— Est-ce que je peux vous demander de quoi vous avez parlé ?
— En fait, c’était un peu curieux. Il nous a posé beaucoup de questions sur la ville juste après la guerre, dans les années 50. J’étais encore jeune à l’époque et ma femme ne vivait pas ici, elle est de Pau, mais j’ai quand même des souvenirs.
— Est-ce qu’il s’intéressait à des choses précises ?
— Il m’a parlé d’une fabrique de chaussures. Elle était bien connue dans ce temps là, mais elle a fermé depuis. Ça a laissé pas mal de monde au chômage d’ailleurs. Il m’a demandé si j’avais connu des gens qui y travaillaient. Bien sûr, comme j’ai oeuvré plus de quarante ans comme médecin ici, j’ai connu beaucoup de monde, et forcément il y avait des employés de l’usine. J’ai même bien connu le directeur, dans les années 60 – 70, on jouait au tennis ensemble. Pierre VanHout qu’il s’appelait, il n’était pas de la région, mais ses parents et lui avaient fui la Belgique quand les Allemands l’ont envahie en 39, et il n’est jamais reparti.
— Vous a-t-il questionné sur un certain Georges Dumergue, un comptable ?
— C’était plus qu’un comptable, c’était le directeur financier de l’entreprise, du moins jusqu’à ce qu’elle soit rachetée par les Américains. De toute façon, il avait déjà atteint l’âge de la retraite. Ce devait être en 1985 ou 1986.
— Vous connaissiez aussi Dumergue ?
— En tant que patient, oui, mais nous n’étions pas intimes.
— Il avait de la famille ?
— Oui, bien sûr, sa femme est morte assez jeune, un sale cancer, et il avait deux enfants encore en bas âge à ce moment. Ça a été dur pour lui.
— Vous savez ce qu’il est devenu après son départ en retraite ?
— Non, comme je vous l’ai dit, nous n’étions pas proches. Je l’ai encore vu quelques fois en consultation, puis plus rien. Il n’était pas sérieusement malade, je pense qu’il a simplement quitté la ville.
— À propos de ses enfants, selon vous, ils auraient quel âge aujourd’hui ?
— Je ne saurais pas vous dire avec précision, sans doute un peu plus de soixante ans. Vous pourrez trouver ça à l’état-civil, ils sont nés ici, à l’hôpital.
— Je vous suis très reconnaissant pour le temps que vous m’avez consacré, Docteur, ça m’aide beaucoup.
— Mais pourquoi toutes ces questions, qu’est-ce que cet homme a fait ? demanda Mansat.
— Oh, lui rien ! Il est mort il y a quelques jours, et nous essayons de comprendre pourquoi.
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