Le braquage
Braquage.
Le petit groupe se retrouva dans l’appartement. Vide à leur arrivée, il se remplissait au fur et à mesure de leurs besoins. Acculés, plusieurs se penchèrent au-dessus du balcon pour évaluer la distance qui les séparait du sol. Haut. Bien trop haut pour sauter. Ils devaient s’échapper quoi qu’il arrive. Leurs poursuivants étaient sur leurs traces et seraient bientôt là. Le propriétaire des lieux hésitait, faisait des va-et-vient entre le balcon, le salon, la chambre scrutant les angles et sondant son esprit pour trouver une solution. Au passage, il rangeait son appartement. Un bol laissé en plan ici, une fourchette et une cuillère qui trainaient par-là : pas question de laisser du bazar s’il devait aller en prison. Il l’aimait, son appartement, il le regretterait beaucoup une fois enfermé. Il savait que ce serait difficile d’y échapper. Ils seraient tous jugés pour terrorisme. Même si pour eux, le méfait n’était pas digne des grands bandits de l’histoire, l’affaire semblait sérieuse.
Il croisa le regard de l’un de ses compagnons décidé à ne pas se rendre et accepter la fin de sa liberté. Une grosse corde marron pourrait faire l’affaire, mais elle était trop courte. Liée à cette longue corde rouge de plusieurs mètres, cela pourrait marcher. L’un des membres du groupe les noua et les jeta par-dessus la balustrade. Dans la nuit, on ne voyait pas bien l’extrémité ni la chute éventuelle. Il n’existait aucune autre alternative. C’était l’agitation dans l’appartement, et sur le balcon, chacun tentant de convaincre les autres de la marche à suivre. Alors que les arguments fusaient, la sirène des poursuivants se rapprocha. Un 4x4 noir, arriva en trombe sur le parking en contrebas, effectuant une roulade afin de placer la voiture sur le flanc et permettre au passager de sortir par la fenêtre arme au poing.
- C’est fini, rendez-vous !
Impossible pour une partie du groupe. Hors de question pour certains. Le maitre des lieux eu juste le temps d’apercevoir le soldat de vêtu de noir viser le balcon avec un énorme fusil à harpon. L’objectif était de ficher une flèche massive dans le mur et permettre aux soldats de prendre d’assaut l’appartement. À peine eut-il le temps de se retourner que déjà plus de la moitié des membres s’était accroché au câble tendu entre la flèche et le sol et descendait en direction du groupe d’intervention. Sans que cela semble possible ils échappèrent aux soldats et réussirent à rejoindre trois voitures. De modèles différents, mais toutes vertes. Dans un dérapage fumigène ils prirent la fuite. Sans savoir comment ni pourquoi, le membre principal du groupe se retrouva à l’avant d’un des véhicules en fuite et chercha à résoudre la question : se rendre ou non ?
- Nous ne pouvons pas ! Nous allons forcément finir en prison, nous serons accusés de terrorisme ! dit l’un des passagers
- Mais ce n’est pas du terrorisme, c’est un braquage ! Nous n’avons réussi à prendre qu’une toute petite partie de l’argent et en plus nous l’avons perdu. Ils l’ont sûrement déjà récupéré ! protesta une autre.
- Et si nous disons toute la vérité, ça ira peut-être ! se rassura le chef de groupe. Où sont les autres ? Ils se sont rendus ?
- La plupart, oui. De toute façon, nous avons étudié dans cette école, ils vont forcément nous retrouver.
- Il faut quitter le pays !
- Et après ? Nous ne pourrons jamais revenir, ils vont nous traquer toute notre vie !
- Il faut se rendre. Pas le choix. Assumer, et nous verrons.
Tous étaient assis dans cette toute petite pièce, qui ressemblait plus à une salle de classe qu’à un tribunal. Les bancs étaient alignés les uns derrière les autres. Les voilà à attendre ce qui allait leur tomber dessus. D’un côté, neuf bancs remplis de personnes inconnus toutes aussi étranges les unes que les autres. Que faisaient ces personnes ici ? Qui était-elles ?
De l’autre, neuf bancs pour les accusés. En face, un bureau. Derrière ce bureau, un homme dégarni, doté d’une chemise bleu pâle et d’un sourire un peu narquois. Le membre principal ne savait pas si c’était dû à un charisme naturel ou à sa fonction mais ce juge dégageait une certaine prestance.
- Alors, que s’est-il passé ? Racontez-moi. Demanda-t-il avec un léger sourire dans la voix.
- Tous se regardèrent, hésitants. En réalité, qui savait comment tout cela avait commencé ?
- Ils en avaient trop, ils n’étaient pas foutus de savoir quoi en faire, alors on a pris. Nous on en aurait fait plus et mieux.
Le membre le plus gros, engoncé dans un pull vert troué, assis au dernier rang avait exprimé le fond de la motivation du groupe sans même relever la tête. Tous s’étaient retournés vers lui. Surpris par sa prise de parole mais en accord avec ses mots.
Le juge, les membres, les personnes étranges le regardèrent avec une forme de compréhension et d’approbation pour cette action coup de poing.
--
- Ah, ok…
- Ouais, les rêves, c’est toujours un peu le bordel !
Contribute
You can support your favorite writers


Comments (0)