le noir des incertitudes
Jamais, auparavant, je n'avais feuilleté les pages glacées de cette belle revue, "Îlienne", mémoire vivante des iles de la planète. C'est là, parmi la densité bleue des lagons et l'étendue blanche des mers polaires que j'ai fait votre découverte. C'était surprenant, tout de même, ce parti pris du photographe de ne dévoiler de vous que cette géographie elliptique, à peine apparente dans le retirement du jour. Le haut d'une robe semée de fleurs grises, la presqu'île de votre bras si semblable à une falaise au-dessus de la mer, votre main, cette avancée de vous dans le monde, reposant sur le globe de sang éteint d'une antique faïence. Rien, de vous, ne paraissait sinon cette manière d'absence qui semblait vouloir se livrer au seul feu de l'imaginaire. A seulement prendre acte de cette résurgence de vous, la pensée girait infiniment, comme prise de folie. Comment vous posséder dans l'acte même de votre dépossession ? Comment tracer au fusain de la pensée ce territoire, le vôtre, qui échappait et refluait dans le noir des incertitudes ? Comment tenir, dans le verre fragile de la conscience, cette main de porcelaine qui se retirait dans les mailles de l'indicible ? C'était comme d'apercevoir un livre au beau maroquin dans la discrétion d'une bibliothèque, derrière la vitre qui le soustrayait à votre désir. L'éclair d'une parution et la fuite dans les limbes.
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