Gaëlle-de-midi
Gaëlle-de-midi semble se dissoudre à même la lumière de l’heure méridienne. Elle est fascinée par les mouvements qui ont lieu ici, qui vivent de leur belle énergie, jamais ne se renouvelleront et c’est en ça qu’ils sont précieux, et c’est pour ceci que Gaëlle vit avec eux, tout contre eux. Parfois elle sent cette meute d’agitations vriller l’intérieur de son corps et elle rayonne de beauté longtemps contenue, et elle sent les pliures de la joie l’envahir, faire gonfler des larmes tout au bord de ses paupières. Elle regarde le lent ballet des goélands. Dans leurs fortins de plumes ils paraissent hors de tout danger, maîtres de l’eau comme ils sont maîtres de l’air. Parfois ils la frôlent et alors elle voit leur grand bec orangé, leurs yeux clairs dilatés percés en leur centre d’une lueur d’obsidienne.
Elle aime ces oiseaux, seigneurs de l’espace. Des fois il lui arrive de les chevaucher, de monter très haut dans l’air qui claque et fouette son visage. Alors son regard porte au loin, plus loin que la terre, plus loin que l’ennui des hommes et elle voit l’envers des choses, la fulgurance de quelque vérité, le long fanal de l’amour qui scintille en d’inatteignables contrées. D’autres fois elle suit de ses mains les joyeuses figures des fulmars, leurs cercles au-dessus de l’eau, leurs cris de gorge pareils à des claquements, à des voix rauques qui déchirent l’air, l’entaillent, en font des lambeaux qui, toujours, tardent à retomber.
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