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Adélaïde Acte II Scène 2

Adélaïde Acte II Scène 2

Veröffentlicht am 8, Feb., 2026 Aktualisiert am 8, Feb., 2026 Poetry and Songs
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Adélaïde Acte II Scène 2

Acte II Scène 2


Il est des récifs long au phare des mémoires

Où l’âme se confond aux reflets blancs et noirs

En cette image pure, ignorée des laideurs

Où l’esprit se sait grand, où s’exprime le cœur.

Mais l’image a de doux ce qu’elle a de brûlure 920

Et face à la bonté, l’être se sent parjure

D’admirer la vie mais d’ignorer son langage

De peindre des lueurs sans comprendre l’orage

Et d’un réflexe cru, sans les vivre volés,

Le fin frimas fébrile et sa fragilité. 925

Mais de fierté, je crois, abandonnant mon temps

Qui garde l’image et rejette le sentiment

Je ne vois de volontés que celles d’un corps

Se plongeant tout entier dans un divin décor.

La forêt, devant moi, offre une mince voie 930

Ponctuée de rochers, tassée entre les blocs,

Large, assez, pour un homme et pour sa pensée

Et sans amour, ni conscience, pour l’épauler.

De longs rayons nacrés percolent au passage

Entre la canopée aux fraîcheurs de l’ombrage 935

Mais sans qu’aucun n’éclate en gerbe ou corolles

De ces fleurs impromptues allongées sur le sol

Si bien que pénétrant sous la lumière

Mes pas ne portent d’ombre aux ramures de lierres.

Marchant emmitouflé sous des chants d’allégresse 940

Du doux pinson donnant ses élans de tendresse.

J’entrevois, tout bas, ce que d’autres ont vécu

Et qu’il est des mots, que la langue va, vaincue,

Glaner à l’univers sans percevoir le fond

Ni le sens éthérée, ni la chaleur d’un son. 945

Il faut imaginer, par un dessin de maître

Le relief disposé aux chênes et aux hêtres,

Et ses flancs recouverts par un large feuillage

Comme l’ombre du temps que déposent les âges.

Il faut imaginer, oui, l’harmonie sublime 950

Des racines enfouies jusqu’`a l’étroite cime

Des ces êtres tordus, ridés mais grands et fiers

Qui sont ainsi, vivants et ne pouvaient mieux faire.

Il faut imaginer, sous d’immenses ramures

Animées par le vent que traduit un murmure 955

Un ballet saisissant, d’émergences de grumes

Comme ouvrent au front des volutes de brumes.

Il faut imaginer, enfin, de ce tableau,

Les forces invisibles qui rendent tout beau,

La présence des morts et l’appel de la Vie 960

Ces frêles mouvements qui font tomber la pluie,

Le repos comme un don, la grandeur comme un choix

Partagé, en sentant sa douceur et son poids,

Et ses mains étendues accrochées aux merveilles

Façonnant sans faiblir des bijoux de soleil 965

Pour s’orner au printemps des joyaux sur les joues

Et crier, à qui sait entendre : ”Restez debout

Et vivez d’amour et de solidarité !”

Il faut imaginer des arbres révoltés

Et je vais progressant entre les fûts de sèves 970

Par ma marche guidée, poursuivre le doux rêve

Que la lutte transcrit sur la toile du cœur

Celle d’une beauté aux parfums des grandeurs,

Que les traits apaisés, dessinés par nos fièvres,

Les labeurs décorent d’un doux sourire aux lèvres. 975

Ah, si de l’allégresse, j’enfreins le mystère

J’ai, dans mon vol inconnu, emporté la Terre,

Son voile frémissant et ses arcanes floues

Le cycle du ciel et l’envie de boire un coup !

Mais je sais des appels, des souffles dans la nuit 980

Qu’unissent sans bruit, l’astre, le vent, la vie

Et des perles griment les bras nus sans veston

Qui fait couleur la pluie dans de maigres sillons.

Pourtant, confiant du sort que découvrent mes pas

Ne désespérant jamais mais ne sachant pas, 985

J’avance entre les troncs morts et les bois nouveaux

Pour boire au jardin la fraicheur des ruisseaux.

Oh, le temps a passé, s’écoulant sur mes doigts

Attifant mon esprit des douleurs d’autrefois :

Dois-je donc m’écrouler en n’ayant qu’en souvenir 990

Celui d’une marche où il faut vivre et mourir ?

Peut-être est-ce le sort de mes pieds fatigués

Griffonnant sur le sol de discrètes trainées.

Mais ne reculant pas et ne rejetant rien

Je marche `a l’encontre de mon destin. 995

Oh le soleil se couche et l’ombre s’épaissit

Et je vois maintenant, sur des troncs engourdis

Une clarté noirâtre, une mousse vicieuse

N’attendant que la chute en toute fin heureuse.

Oh ! Qu’entends-je là-bas, sous les arbres se pendre 1000

Que ma bouche et mon cou n’ont plus goût à attendre ?

Une mince cascade, épanche là ses larmes

Pour freiner de mon cœur l’élan de ses alarmes.

J’approche, le pas lourd, sur un tapis de deuil

Trouver le mystère où l’oreille rejoint l’œil 1005

Derrière ce talus, dans la course de l’eau.

Mais à peine en vue, oh, je m’effondre aussitôt.

À son pied un vieil arbre épanche sans regret,

Devant lui, tendrement, une source en filets

Ses atouts, une robe d’été de flots clairs 1010

Pour préserver du ciel la moiteur de la Terre.

Là, sur mon point de vue, perché sur la falaise

Ne sentant que mon sang assoiffé, sur des braises

Je retiens cette envie qui brûle mes organes

De m’oublier dans l’eau et dans l’ombre diaphanes : 1015

Trois hommes sont entrés dans le champ du ruisseau,

Remontant doucement, sans un bruit, sans un mot,

Vers la mare étalée où s’écoule la vie.

Ce triangle mystique, attifé de lin gris

S’arrête, contemple et, je crois, est contemplé 1020

Comme un amour contemple après l’éternité.

Ô corps, cesse ta plainte et cœur, réjouissons-nous

Oh que s’étale ainsi ce qu’un être a de doux,

Un esprit de vertu et un homme de bon

Pour marier un instant l’âme dans l’horizon. 1025

Le premier, déposant sur le sol son écrin

Étreint l’onde troublée dans un geste serein.

Dans un jeu fascinant de langueur habillé.

Le temps de ma perception, s’est détaché,

Si bien que le regard charmé des mouvements 1030

Généreux, tranquilles, je ne sais dire quand

D’un bref appel furtif, les autres, en silence

Ont mêlé leurs respects aux parfums d’une danse.

Peut-on concevoir, une humanité plus

Grande, que l’harmonie entre tous, sans cohue 1035

Tournée, et vers l’idée, et son expression pure

Une matière au passé, présent futur !

Enfin, me voilà seul. L’ombre s’étend dé

Longuement, couvrant la note de mes pas,

Mais transi d’´emotions, un bonheur sur les l`evres 1040

J’abreuve de cette eau le moteur de mes fi`evres

Et repars, de bien plus de questions que de doutes

Habit´e, empruntant des myst`eres la route.

Au gr´e des carrefours et de mon infortune

Je vois un soleil qui se pˆame pour la Lune 1045

Mais que passe le jour, que s’´etende la nuit

Que le dais ´etir´e de diamants soit serti

J’arpente comme une ombre, effleurant le sous-bois

Effleurant mes rêves et mon amour pour toi.

Là, d’obscures gemmes déchirent les ténèbres 1050

Et pénètrent l’esprit dans un élan funèbre.

Pour qui ne sait comprendre et pour qui ne sait voir

Qu’il est des clartés nues enchâssées dans le soir,

Au loin, usées, la musaraigne et l’araignée

Causent du chagrin d’être et mourir oubliées 1055

Ou, selon l’oreille, expriment ce qu’elles sont

Et qu’une vie se suffit pour être oraison.

Enfin, tout devient long et ma marche inutile,

Est lasse en l’obscurité épaisse et stérile

Et j’étends, vers un arbre en un dégagement 1060

Pour une nuit, j’espère, et mes os et mon sang !

Allongé, mais tranquille, un regard vers les cieux

J’admire le sommeil et ses vents capiteux

De rêveries parés et de béatitude.

Mais je sens briller une sombre inquiétude 1065

Qui, comme un soleil noir, éclaire mes humeurs

Et brise en ses rayons une fragile torpeur.

Oui, ces constellations, neuves et inconnues

Ne contiennent en elles l’ourse dans les nues

Ce repère latin, cette candeur bafouée 1070

Dont l’éclat subsiste aux dieux qui l’ont condamnée.

Je sais, en cet instant, que rien n’est réel

Que la mer, la forêt, les hommes et le ciel

Ne sont, de l’esprit, qu’une pensée pour lui-même

Qu’un moment égaré, qu’une fuite suprême. 1075

Mais, si tout est décor, pour rallumer ma nuit,

Où retrouverai-je mes membres endormis ?

Oh, il est des vœux lourds que chacun en son for,

Se fait, l`a, en silence, `a l’ombre des remords,

Quand lave la pluie les laideurs de la Terre, 1080

Et parsème nos vœux des affres de l’Enfer.

Mais quand le néant vient et son souffle puant

Exaltent des pierres le goût de notre sang

Peu osent la lame, peu osent la falaise,

Peu osent brûler et s’échouer sur les braises. 1085

Or, d’une épaisse noirceur, prenons la mesure :

Ne sachant mon présent, j’ignore mon futur.

Cet exil impromptu, peut ne pas se finir

Si mes membres déjà commencent à pourrir

Et si tout fut ignoble, affreux, laid, plein de miasmes, 1090

Les mots outragés, la tendresse, un long fantasme,

Avoir abandonné, ma lutte et mes bateaux

Avoir parlé, moins de rires que de sanglots

N’avoir rien déposé sur les arbres tordus

Que des mirages vains et des sens confondus, 1095

Avoir tout espéré, mais égaré les jours,

Et ta voix, font gonfler la voile du retour.

Mais nul vent impétueux, hormis celui des nimbes

N’enivre les vivants des effluves des limbes.

-S’il se peut, cependant, un principe importer, 1100

Sur ma patrie nue et ma terre déchirée

J’abandonnerai là, ma vigueur au linceul

Et vivrai avec joie la cause de leur deuil.

Cet oracle si grand, cette vertu pudibonde

Cette idée capiteuse, illustrée en ce monde 1105

Énoncée en mots doux, chuchotée à voix basse

En amour regimbant les baisers pour sa trace,

Qu’il n’est qu’un seul destin qui se peut partager

Celui de voir, sentir, l’éternelle beauté

Celui de la chercher, dans l’ombre ou la tempête, 1110

Et rajouter encore `a cette hydre cent têtes.

Hélas, pour toucher au cœur que faudra-t-il voir ?

Des déserts dévastés où s’écoule l’or noir,

Des champs de goudron pour fleurir les champs de ruine,

Des rivières gercées, des arbres sur les mines, 1115

Des plaines lépreuses, vendues aux satellites

Comme un maquereau vendre un sein qui palpite,

Un regard libre encore, une vie désinvolte

Pour qu’un venin acide entache la récolte,

Des cerveaux décousus, des visages sans yeux, 1120

De tristes amitiés, des douceurs sans effort,

Des larmes viles, crues, indignes de leurs corps

Des muses vénales et des lettres mornes

Qui s’accouplent sans fin pour des laideurs sans borne ?

Peut-être, le manque fera une ouïe attentive 1125

Où s’offrira, ô trésor, une âme qui vive.

Mais du combat suivant ceindra-t-elle ses nerfs ?

Les desseins fermes, hautes, ces montagnes altières

Arpenteront-ils au front des venelles sublimes,

Où fuiront-ils au loin l’éclat d’une autre cime, 1130

Si déjà tout se rompt sous l’âpre gravité

Si seuls des regards lointains leur sont familiers ?

D’aucuns, donc, laisserait la beauté éperdue

Au nom d’autres projets plus grands, d’autres vertus ?

Oh, c’est oublier les mots, bafouer leurs sens 1135

Que conduire ses pas vers une indépendance,

Que de feindre penser des valeurs opportunes,

C’est souiller l’idéal, c’est chercher la fortune

Que de n’ouvrir jamais sa paupière livide

Qu’à de vains résultats et des quêtes putrides ! 1140

Que les fruits diffèrent, que les sols soient fertiles,

Ce sont l`a les questions d’une pensée stérile,

Car les cœurs étendus, les rameaux en bourgeons,

Ballottant sous les vents de la compassion

N’ont pour vaincre leur soif et puiser leur courage, 1145

Que le goût de cette eau, sans lien, sans lit, sans âge,

Que certains nomment vie, harmonie ou grandeur,

Humanité, noblesse ou bien gloire ou honneur

Mais que tous en raison, quand cette fée dépose

En leur seule saison l’incendie pour des roses, 1150

Saluent bien bas, prostrés, malgré l’immense enfer

Et prennent pour guide et reconnaissent pour mère.

Oh passera le temps et coulera la pluie

Des fleuves aux plaines, de mémoire en oubli,

Une neuve légende inondera la peau 1155

Aux flammes choyées, pour vernir un matériau,

Qui pourra être lu en chemin de brasier,

Pour cueillir au jardin des roses enflammées !

Que s’ouvrent les bouquets, qu’éclosent les corbeilles,

Que des voiles de bleu s’unissent de vermeil 1160

Rien jamais n’éteindra l’urne large de feu

Puisqu’à chaque fleur glanée, il en poussera deux !

Mais le regard se perd en arcanes mystiques

Prenant pour coursier fou un cheval famélique

Et contemplant l’humain en quête d’idéal 1165

Éloigné de tous et l’esprit comme fanal !

Enfin, le temps est bon, les étoiles sont douces,

Séléné déforme les ombres sur les mousses,

Et je veux m’endormir, allongé cette fois,

Des arbres pour châlit et les astres pour toit. 1170

J’espère me lever, l’aurore pour réveil,

Et combler ma faim si je ne vis de soleil.

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