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L’envers et l’endroit
Fiction
Horror
calendar Veröffentlicht am 25, Okt., 2026
calendar Aktualisiert am 25, Okt., 2026
time 24 min

Je retrouve votre façon de construire les ambiances (qui me touchent) et un beau regard posé, inspectant les méandres d’une relation. Et quel bel exemple de multivers dont la physique quantique aime s’occuper. Encore une nouvelle parfaitement réussie 👏🏻

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L’envers et l’endroit

Il y avait dans leur appartement une lumière particulière en fin de journée, celle qui filtrait par les stores à lattes et dessinait sur le parquet des rayures dorées qui ressemblaient à quelque chose de beau sans jamais tout à fait l'être, et c'est peut-être cette lumière-là, ce presque-beau quotidien, qui avait fini par les épuiser sans qu'elles s'en rendent compte.


Louise et Manon habitaient ensemble depuis quatre ans dans un appartement du huitième arrondissement, deux chambres séparées par un couloir étroit où leurs manteaux se touchaient sur la même tringle, une cuisine où elles mangeaient souvent debout parce que la table était trop petite pour qu'on y pose autre chose que les courses, et un salon qui donnait sur une rue passante dont les bruits montaient jusqu'au troisième étage à toute heure, les klaxons le matin, les éclats de voix le soir, les camions de livraison à l'aube. Elles s'étaient rencontrées en fac de droit, avaient enchaîné les petits appartements partagés avec d'autres colocataires avant de se retrouver seules toutes les deux dans ce trois-pièces qu'elles avaient choisi ensemble un dimanche de mars, enthousiastes et épuisées d'avoir visité six logements dans la même journée.


La ville les avait usées à petit feu avec cette patience propre aux choses qui n'ont pas besoin de se presser parce qu'elles savent qu'elles ont le temps. Les réunions s'étaient multipliées pour Louise, les deadlines, les trajets dans le métro bondé où elle lisait les mêmes paragraphes de son dossier sans les retenir et les déjeuners avalés devant son écran avec cette culpabilité vague de ne pas profiter d'une pause qui n'existait plus vraiment. Manon, elle, travaillait dans une agence de communication dont les open spaces baignaient dans une lumière artificielle et blanche qui n'avait rien à voir avec la lumière naturelle, et elle rentrait le soir avec cette fatigue ni physique ni mentale, entre les deux, comme une usure intérieure.


C'est un jeudi soir de novembre que Manon avait trouvé l'annonce, assise en tailleur sur le canapé avec son ordinateur posé sur les genoux, Louise à côté d'elle qui feuilletait un magazine sans vraiment lire.


« Louise, regarde ça ! »


L'annonce était ce qu'on aurait pu appeler parfaite, dans le sens où elle répondait à quelque chose qu'elles n'avaient pas formulé mais qui existait depuis longtemps quelque part sous la surface des semaines qui se ressemblaient. Une villa aux Maldives pour deux semaines en janvier, avec des photos de lumière naturelle sur des murs clairs, une terrasse qui donnait sur le lagon avec un intérieur épuré et doux qui promettait exactement ce que l'annonce décrivait. Et l'annonce décrivait beaucoup : un séjour enrichissant, une expérience de dépouillement et de recentrement, le genre de voyage dont on ne revient pas pareil, selon les mots du propriétaire qui avait pris le soin d'écrire plusieurs paragraphes sur ce que cet endroit lui avait apporté à lui et à tous ceux qui y avaient séjourné.


Elles avaient réservé le lendemain matin sur un coup de cœur.


Le voyage lui-même avait quelque chose d'irréel dans sa durée, l'avion de nuit où Louise n'avait pas réussi à dormir malgré le masque et les bouchons d'oreilles, les escales floues, Manon qui dormait la bouche ouverte avec une facilité indécente, la tête posée contre le hublot. Et puis l'arrivée à l'aéroport de Malé dans une chaleur humide et lourde qui vous prenait par surprise même quand on s'y attendait.


Le taxi les avait conduites jusqu'à la villa dans une obscurité presque complète, les lampadaires rares laissant entrevoir des fragments de route, des silhouettes de palmiers qui se découpaient brièvement dans la lumière avant de disparaître, des murets blancs et des jardins dont on devinait la végétation sans vraiment la voir. C'était étrange d'arriver quelque part dans le noir, de ne pas pouvoir construire une image du lieu, d'être juste déposées devant une porte sans avoir vu ce qui entourait cette porte.


Le propriétaire les attendait avec deux clés et un sourire fatigué, il avait expliqué le fonctionnement de la maison en quelques phrases, montré les volets, la terrasse, le réfrigérateur, puis il était parti et elles s'étaient retrouvées seules dans un endroit qu'elles ne connaissaient pas encore, trop fatiguées pour l'explorer vraiment, et elles étaient allées se coucher presque immédiatement.


Le matin, Manon avait ouvert les volets la première.


Le cri qu'elle avait poussé n'était pas un cri de peur mais quelque chose qui ressemblait à de l'émerveillement pur, ce son qu'on fait quand quelque chose dépasse ce qu'on avait imaginé, et Louise l'avait rejointe dans le couloir en clignant des yeux, encore à moitié endormie, les cheveux défaits, pour voir ce qui provoquait cette réaction.


« C'est sublime, avait soufflé Manon, c'est exactement ce que j'espérais, c'est encore mieux que sur les photos. »


Louise avait regardé le salon baigné de lumière matinale, les murs clairs, le carrelage au sol, les meubles simples et fonctionnels, et quelque chose s'était contracté dans sa poitrine sans qu'elle puisse tout de suite mettre un nom dessus.


« Ça ressemble à notre appartement », avait-elle dit.


Manon avait ri, de ce rire léger et affectueux qu'on réserve aux gens qu'on connaît bien et à qui on accorde le droit de dire des choses un peu décalées.


« Mais non, enfin, ça n'a rien à voir. »


Louise avait regardé autour d'elle plus attentivement, cherchant ce qui clochait dans sa propre perception, essayant de se convaincre qu'elle voyait mal parce qu'elle n'avait pas assez dormi, parce que ses yeux n'étaient pas encore tout à fait ouverts, parce que le dépaysement prenait du temps, parfois. Les proportions de la pièce lui semblaient familières d'une manière qui allait au-delà de la ressemblance générale entre les intérieurs modernes et minimalistes, c'était quelque chose de plus précis, plus intime, la façon dont la lumière tombait sur le carrelage à cet endroit précis, la distance entre la fenêtre et le canapé, la hauteur du plafond, tous ces détails qui n'ont pas de nom individuel mais qui forment ensemble ce qu'on appelle un espace, ce qu'on appelle un lieu, et qui font qu'on reconnaît un endroit même quand on ne devrait pas le reconnaître. Manon, elle, était déjà sur la terrasse avec son téléphone.


Les jours qui suivirent ressemblèrent à deux voyages différents qui se déroulaient dans le même endroit au même moment. Pour Manon, c'était tout ce qu'une parenthèse pouvait être, la lumière du matin sur le lagon qu'elle photographiait sous tous les angles, la chaleur qui n'avait rien à voir avec la chaleur de la ville, les repas pris dehors sous les palmiers dont l'ombre bougeait légèrement dans le vent, les couleurs de l'eau qui changeaient selon l'heure du jour et qu'elle essayait de capturer mais qui résistaient toujours un peu à l'objectif, ce bleu-vert particulier qui semblait plus vif dans la réalité que sur n'importe quelle photo. Elle rentrait le soir épanouie et un peu rouge, avec des dizaines de nouvelles images dans son téléphone et cette satisfaction tranquille des gens qui ont vraiment regardé quelque chose de beau pendant une journée entière.


Pour Louise, c'était autre chose.


Elle s'y mettait chaque matin, à regarder la villa avec l'intention de la voir autrement, de trouver ce que Manon trouvait si facilement, de sentir ce dépaysement qui était censé être le but du voyage et dont elle ne percevait que l'absence. Elle marchait dans les pièces en cherchant quelque chose qui lui serait étranger, un angle qu'elle n'aurait jamais vu, une proportion qui lui serait nouvelle, et à chaque fois elle butait contre cette sensation de familiarité qui résistait à toutes ses tentatives de la dissoudre. La cuisine lui semblait disposée comme leur cuisine, avec les mêmes distances entre l'évier et le réfrigérateur, la même façon dont la lumière frappait le plan de travail à cette heure précise de la matinée. Le couloir avait la même étroitesse, la même légère obscurité malgré les fenêtres aux deux extrémités. Sa chambre avait la forme de sa chambre, ou du moins c'est ce que ses yeux lui renvoyaient, et elle ne savait plus si c'était sa perception qui était défaillante ou si quelque chose d'autre se passait qu'elle ne comprenait pas encore.


Elle n'en disait rien, ou pas grand-chose, parce que ça semblait absurde même formulé dans sa tête. Mais l'inconfort grandissait doucement, comme quelque chose qui pousse, et avec lui une irritation qu'elle ne savait pas très bien sur quoi diriger. Elle regardait Manon photographier le lagon avec une concentration et une joie qu'elle ne partageait pas, et dans cet écart entre ce que son amie vivait et ce qu'elle vivait elle-même se creusait quelque chose qu'elle n'avait pas anticipé, une solitude particulière qu'on ressent parfois quand on est avec quelqu'un qu'on connaît bien et qu'on réalise qu'on est pourtant dans des endroits complètement différents.


Le troisième soir, pendant que Manon traitait ses photos sur la terrasse, Louise rentra dans la villa et s'arrêta au milieu du salon. Elle fit lentement le tour de la pièce, posa une main sur le plan de travail de la cuisine, puis l'autre sur le bord de la fenêtre. Les proportions étaient les mêmes. La façon dont le crépuscule entrait par la fenêtre de gauche était exactement la même, sous le même angle, à la même heure. Manon entra, son téléphone à la main, encore dans l'élan d'une photo qui l'avait satisfaite.


« Tu ne trouves pas que cette cuisine ressemble à la nôtre ? » demanda Louise.


Manon s'arrêta, regarda autour d'elle avec l'expression de quelqu'un qui accepte de vérifier quelque chose à quoi il ne croit pas.


« Non. »


« La disposition. La distance entre l'évier et le réfrigérateur. »


« Louise, on est aux Maldives. »


Il y avait dans le ton de Manon quelque chose de patient qui ressemblait à de la tendresse mais qui commençait déjà à avoir un autre bord, un bord que Louise reconnut sans le nommer. Elle ne dit rien de plus. Elle sortit sur la terrasse, regarda le lagon dans la lumière du soir, le bleu-vert de l'eau qui changeait selon les nuages, et elle essaya de se convaincre que Manon avait raison, que c'était la fatigue du voyage, que deux-trois jours n'étaient pas assez pour se déposer vraiment. Mais quand elle rentra et traversa le couloir pour aller dans sa chambre, la longueur du couloir était exactement celle du leur.


Le cinquième jour, Manon avait posé son téléphone sur la table de la terrasse et avait regardé Louise avec cette expression qu'elle avait quand elle préparait quelque chose depuis un moment.


« Tu ne profites pas du tout. »


Ce n'était pas une question, plutôt une observation posée avec soin, avec la prudence qu'on met à nommer quelque chose qu'on voit depuis plusieurs jours et qu'on a préféré laisser exister sans le dire.


« Je profite », avait répondu Louise, et elle avait entendu elle-même que ça sonnait faux.


« Louise. »


Il y avait dans la façon dont Manon prononçait son prénom depuis qu'elles se connaissaient toute une gamme de significations que Louise déchiffrait sans effort, et celui-là voulait dire : arrête, soyons honnêtes maintenant.


« Cette maison me rappelle notre appartement. »


Elle l'avait dit simplement, en la regardant, et Manon avait eu cette réaction que Louise attendait et redoutait en même temps, ce mélange d'incrédulité affectueuse et d'incompréhension légère.


« C'est complètement différent. »


« Je sais que ça devrait l'être. »


« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »


Louise avait cherché ses mots, mais les mots qu'elle cherchait n'existaient pas vraiment, ou en tout cas ils n'étaient pas adaptés à ce qu'elle essayait de décrire, parce que ce qu'elle essayait de décrire n'était pas rationnel et que Louise était quelqu'un de rationnel, c'était même une des choses sur lesquelles elle s'appuyait dans sa vie, cette capacité à voir les choses clairement, à ne pas se laisser emporter par des perceptions abstraites.


« Je n'arrive pas à voir quelque chose de différent ici. Je regarde et je vois notre appartement. »


Manon l'avait regardée un long moment sans rien dire, et Louise avait vu quelque chose passer dans son regard, de l'inquiétude qui ressemblait à de l'impatience.


« On a payé ce voyage pour décompresser et tu choisis de voir notre appartement plutôt que les Maldives. »


« Je ne choisis pas. »


« Alors qu'est-ce que tu fais ? »


La conversation s'était arrêtée là, ou plutôt elle avait continué mais autrement, avec cette tension qui changeait la qualité du silence entre elles, qui faisait que même les moments sans paroles avaient maintenant un poids différent, une charge légèrement désagréable qu'il fallait porter.


Les jours suivants avaient été polis et prudents, le genre de politesse qu'on développe avec quelqu'un avec qui on a eu un accrochage et avec qui on essaie de naviguer sans provoquer de nouveaux remous, en faisant attention à ce qu'on dit et à la façon dont on le dit, en mesurant chaque mot à l'aune de ce qu'il pourrait déclencher. Manon continuait de photographier, le matin surtout, et Louise l'accompagnait parfois jusqu'au bord de l'eau et regardait l'horizon avec une sincérité qu'elle n'avait pas à feindre parce que l'horizon, lui, était indéniablement là, indéniablement vaste et différent de tout ce qu'elle voyait chez elle. C'est seulement en se retournant vers la villa que quelque chose se dérèglait dans sa vision, dans sa perception, ou dans quelque chose qu'elle n'avait pas de mot précis pour nommer.


La rupture, quand elle était venue, n'avait pas eu la forme d'un événement particulier mais celle d'un seuil qu'on franchit sans savoir exactement où il se trouvait jusqu'à ce qu'on soit de l'autre côté.


C'était le neuvième soir, après dîner, les assiettes encore sur la table, une bouteille de vin à moitié vide entre elles, et quelque chose dans la façon dont Manon avait posé son téléphone pour regarder ses photos une nouvelle fois avait fait que Louise avait dit ce qu'elle n'avait pas dit jusque-là, pas exactement sur la maison mais sur autre chose, sur quelque chose de plus ancien et de plus profond qu'une maison aux Maldives qui ressemblait à leur appartement, sur une fatigue qui n'était pas celle du voyage, sur une façon qu'avait Manon de ne jamais être vraiment présente aux mêmes moments qu'elle, d'être toujours légèrement décalée, toujours dans la photo qu'elle prenait plutôt que dans l'instant lui-même, et Manon avait répondu avec ses propres vérités qui attendaient depuis longtemps elles aussi, sur la façon dont Louise rendait les choses lourdes, dont elle refusait de se laisser emporter par quoi que ce soit, dont elle était toujours en dehors plutôt que dedans, une observatrice de sa propre vie qui commentait sans jamais participer vraiment.


Ces choses-là, une fois dites, ne disparaissent pas. Elles restent dans l'air, elles changent la forme de l'espace entre les gens, elles font que certaines distances qui n'existaient pas avant existent maintenant et ne peuvent pas facilement être comblées. Il y avait eu d'autres mots après, moins calculés, plus tranchants, le genre de mots qui arrivent quand on a passé le point où on surveille encore ce qu'on dit, et puis un silence long et lourd comme quelque chose qui vient de tomber et qui ne peut pas être relevé le soir même.


Elles avaient raccourci le séjour de trois jours. Le retour s'était fait dans un état de formalités cordiales, chacune gérant ses bagages, l'attente à l'aéroport dans des zones légèrement différentes sous prétexte d'acheter de l'eau, de passer aux toilettes, de trouver une prise pour son téléphone, toutes ces occupations qui permettent d'être dans le même endroit sans avoir à se parler. Dans l'avion elles n'étaient pas côte à côte, les sièges disponibles pour les vols de dernière minute ne l'avaient pas permis, et Louise avait regardé par le hublot les nuages pendant longtemps en pensant à très peu de choses précises, une sorte de vide tranquille qui n'était ni de la tristesse ni de la colère. Quelque chose de plus neutre, le calme qui suit les tempêtes quand on est trop fatigué pour ressentir encore.


De retour dans leur appartement, elles avaient coexisté deux semaines dans une atmosphère si différente de ce qu'elle avait été avant le voyage qu'elles auraient eu du mal l'une comme l'autre à nommer exactement ce qui avait changé, parce que rien n'avait changé dans les faits, les mêmes pièces, les mêmes habitudes de surface, et pourtant tout avait une texture différente, comme si l'air lui-même s'était modifié, comme si les mots échangés aux Maldives flottaient encore quelque part entre les murs et rendaient difficile de respirer sans les sentir.


Manon avait trouvé un appartement en colocation ailleurs dans le mois qui avait suivi, et Louise avait repris un bail seule sur leur appartement à elle deux, qui était devenu son appartement à elle, ce qui avait demandé quelques ajustements financiers et beaucoup d'ajustements d'une autre nature, plus difficiles à quantifier. Elles ne s'étaient plus parlé, pas vraiment, juste quelques messages pour régler les questions pratiques de la séparation du bail et des affaires partagées, un silence qui avait la forme d'une décision même si aucune des deux ne l'avait formulée comme telle.


La vie avait continué comme elle continue toujours, avec son insistance tranquille, ses nouvelles habitudes qui se forment par-dessus les anciennes sans les effacer vraiment. Louise avait changé d'appartement deux ans après pour des raisons ordinaires, un loyer qui augmentait, un quartier où elle avait envie d'être maintenant, et en faisant ses cartons elle avait retrouvé des choses qu'elle avait oubliées d'avoir gardées, le genre d'objets qui finissent dans des boîtes qu'on ne rouvre jamais vraiment parce qu'il y a toujours quelque chose de plus urgent à faire.


La boîte en carton portait son écriture, « divers », et dedans il y avait des cahiers de la fac, un chargeur d'un téléphone qu'elle n'avait plus depuis des années, des cartes postales non envoyées et une enveloppe dans laquelle quelqu'un avait glissé des photos imprimées. Elle ne se souvenait pas de les avoir imprimées. Elle les sortit debout au milieu des cartons dans la lumière de fin d'après-midi et les regarda l'une après l'autre.


C'était bien les Maldives, la lumière était incontestable, cette densité particulière, cette blancheur. Mais la villa sur les photos n'était pas celle dont elle gardait le souvenir. Pas légèrement différente. Vraiment différente, avec une architecture distincte, des volumes qu'elle ne reconnaissait pas, une terrasse qui donnait sur le lagon depuis un angle qu'elle n'avait jamais eu parce qu'elle n'avait jamais été à cet endroit. Les proportions n'étaient pas les leurs. Les murs n'avaient pas la même couleur. Sur l'une des photos on voyait Manon de dos, debout devant la terrasse, et la terrasse n'était pas celle dont Louise se souvenait.


Elle s'assit sur le carton derrière elle et resta là un moment, les photos dans les mains. Si ces images disaient vrai alors elle n'avait pas séjourné dans la villa dont elle se souvenait. Mais si sa mémoire disait vrai, alors ces photos montraient un endroit où elle n'avait pas mis les pieds. Les deux versions ne pouvaient pas coexister et pourtant elles étaient là toutes les deux, également présentes, également inexplicables. Aucune des deux ne la satisfaisait.


Elle retourna la dernière photo pour voir si quelque chose était écrit au dos. Il n'y avait rien. Mais dans le reflet de la baie vitrée visible sur la photo, quelque chose ne correspondait à rien de ce qu'elle aurait dû voir. Ce n’était ni la photographe, ni l'extérieur, ni la lumière. Une forme, peut-être elle.


Elle regarda longtemps avant de remettre la photo dans l'enveloppe.


Elle remit l'enveloppe dans le carton marqué « divers », passa une main dans ses cheveux, pensive, puis continua ses cartons.



Photo : Jess Loiterton @ Pexels.

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15, Okt., 2026 32 min Lesezeit
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