Session 20 - Grosse fatigue
Je m'étais donc laissée aller à un farniente bien mérité, au milieu de mes caisses, des affaires encore éparses et de la poussière qui n'en finissait plus de retomber sur le salon. Tout mon corps n'était plus qu'une énorme crampe. Ma colonne vertébrale, mise à rude épreuve, se déploya avec un craquement déchirant et je grimaçai de douleur en me carrant entre les coussins. Etendue de tout mon long, un oreiller sous la nuque, l'autre sous mes mollets, je savourais le plaisir d'être éreintée, mais en vie. Mes pieds, enfin débarrassés de leurs gros godillots de chantier, soupirèrent d'aise. Mue par une curiosité un peu obscène, mais trop fatiguée pour l'assouvir, j'essayai d'imaginer le fumet qui devait se dégager de mes pauvres petons marinés. Finalement, j'optai pour la solution de facilité et, soulevant l'un de mes bras, plongeai le nez dans mon aisselle.
"Oh bonne mère"
C'était pire que ce que j'avais imaginé. Je pivotai vers le dossier du canapé, en direction de la cuisine, et consultai l'heure sur l'écran du micro-ondes. 18h07. L'heure de la douche était presque révolu.
Je basculai mes deux jambes au sol et me redressai avec peine avant de retomber lourdement, éblouie par un flash soudain de lumière.
Je m'ébrouai. Une myriade de fleurs noires se pressaient devant mes pupilles, obscurcissant ma vue. Je me frottai les yeux et les rivai avec angoisse sur les grandes baies vitrées d'où cascadait la lumière du jour, riche et chaude. Un éclat de rire me parvint, sur la gauche, suivi du plop! caractéristique d'un bouchon qu'on fait sauter.
Nouvelles fleurs, nouveaux cillements.
Les baies vitrées avaient disparu, les rires s'étaient effacés. Face à moi, le mur nu de notre salon.
Mon regard s'accrocha à un trou, dans le mur, dernier vestige laissé par le crochet où Joris avait fixé, trois ans auparavant, la photo de notre mariage.
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