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Symane et le Cacatoès d'Argent
Fiction
Young Adult
calendar Pubblicato 30 set 2026
calendar Aggiornato 30 set 2026
time 92 min
All audiences

Symane et le Cacatoès d'Argent

Personnages

Symane : notre héroïne, petite fille débrouillarde, curieuse et téméraire1.

Lovis : meilleur ami de Symane, jeune garçon rondouillard et souriant. Il est peureux et suit souvent Symane à contrecœur dans ses aventures.

Marisa : maman de Symane, travaille dans un atelier de cordonnerie2.

Pierrik : papa de Symane, cuisinier dans un petit restaurant du centre-ville.

Ti'Lou : petit frère de Symane, énervant comme un petit frère, toujours à traîner dans ses pattes.

Patoune : chat de Symane, enfin quand il veut bien lui répondre quand elle lui parle.

Chapitre 1 – Le retour du navire

— Symane !… Symane !


La jeune fille ouvrit les yeux avec difficulté. Premier jour des grandes vacances et elle était déjà fatiguée ! Elle avait veillé trop tard la veille à jouer avec Ti'Lou, son agaçant petit frère. Enfin, elle était bien contente qu’il soit là. Il pleurnichait souvent et venait l’embêter, mais quand il restait dormir chez Mamina, il lui manquait très vite.

Sa maman l’appelait depuis la cuisine :


— Symane ! Lève-toi !

— J’arrive, M’man ! parvint-elle à crier.


Elle sauta dans ses vêtements, d’une propreté douteuse, et dévala l’escalier pour débouler dans la cuisine comme une tornade.


— Fais attention, ma chérie, dit sa maman, tu vas encore trébucher ! Tu ne veux quand même pas te casser un orteil comme l’autre fois ?

— Mais je ne tombe jamais, M’man, regarde, je saute comme un chat !


Elle se mit à bondir autour de la table en miaulant, ce qui fit s’esclaffer3 Ti'Lou, qui finissait son petit déjeuner. Il en fit tomber le morceau de maquereau4 de sa tartine.


— Ti'Lou ! Attention ! dit Maman, vaguement agacée. Et toi, Symane, arrête de faire le clown, ajouta-t-elle avec un sourire. Je dois partir travailler, j’emmène ton frère avec moi.

— Dac, M’man, répondit Symane, déjà attablée devant un morceau de fromage un peu trop dur.

— Ça ira toute seule toute la journée ? Tu n’auras pas peur ?


Peur ? Symane ? Sa maman ne devait pas la connaître si bien, car s’il y avait un mot qui ne pouvait pas la définir, c’était bien celui-là !


— Je pense que ça ira, répondit-elle avec un sourire espiègle5.

— Si tu as un problème, tu peux aller retrouver papa au restaurant. Il a commencé tôt ce matin.


Pierrik, son papa, était cuisinier dans un petit restaurant du centre-ville. C’était génial : il rapportait presque chaque soir les desserts que les clients n’avaient pas terminés. Et le dimanche, il faisait des gaufres. Les gaufres du dimanche étaient une institution6 dans la maison : une odeur de beurre chaud et de sucre vanillé envahissait la cuisine, et Ti'Lou réclamait sa part avant même que la première soit cuite.


— Symane ? Tu m’as entendue ? demanda sa maman en fronçant les sourcils.

— Hmm… Grompf… Oui oui, Maman, répondit Symane, qui se goinfrait comme un petit cochon.

— Tu rangeras ton bazar après, hein ?

— Oui, cheffe ! dit Symane en faisant un salut militaire maladroit.


Maman rit, pressa Ti'Lou de finir, déposa un baiser sur la tête de sa fille et sortit avec lui. Elle était la meilleure des mamans : parfois elle s’énervait, mais l’orage ne durait jamais longtemps.

Qu’allait faire Symane aujourd’hui ? Elle réfléchit quelques secondes et tout lui revint. Bien sûr ! Le retour de la Seiche Dorée ! C’était le plus beau navire de Fierval, la ville où elle vivait. On aurait dit qu’il était en or massif, et il brillait de mille feux au soleil. Impossible de rater ça !

Elle enfila ses bottes, de superbes bottes que sa maman lui avait faites, et partit en courant vers les quais.

Les rues pavées de Fierval descendaient en pente douce vers le port, comme si toutes les routes de la ville voulaient finir leur course dans la mer. Les maisons hautes et colorées s’y serraient les unes contre les autres, avec leurs volets bleus et verts, comme pour imiter la couleur des vagues. Des volets claquaient, une femme lavait ses marches à grande eau, et une odeur de pain chaud flottait dans l’air.

En chemin, Symane s’arrêta devant une petite maison.


— Lovis ! Lovis !


Une fenêtre à petits carreaux s’ouvrit à l’étage et un garçon joufflu passa une tête encore endormie, avec une trace d’oreiller sur la joue.


— Symane, il est trop tôt !

— Allez, viens ! La Seiche Dorée revient aujourd’hui, je ne veux pas la rater !

— D’accord, j’arrive, j’arrive, répondit-il de mauvaise grâce, mais habitué au tempérament de son amie.


Quelques minutes plus tard, Lovis sortit enfin, ébloui par le soleil. Il avait mis sa veste à l’envers. Il ne le remarquerait qu’une fois dans la rue. Symane ne dit rien : ce n’était pas la première fois.

Ils se connaissaient depuis toujours et ne se quittaient presque jamais. Leur connivence7 rendait même jaloux certains de leurs amis.


— On se calme, madame l’excitée ! lança Lovis en la voyant piaffer8 sur place.

— Mais c’est la Seiche Dorée ! Tu sais que j’adore ce bateau !

— Ouais ouais, je sais, soupira-t-il. C’est parti alors…


Il avait dit ça d’un air résigné9, mais elle vit bien son grand sourire.

En passant devant une boulangerie, l’estomac de Lovis gargouilla à l’odeur des baguettes qui sortaient du four. Il n’avait pas eu le temps de manger, tiré du lit par Symane la cabriole. Elle fouilla ses poches, trouva quelques piécettes, et ils entrèrent dans l’échoppe10 : de quoi acheter une baguette et deux petites brioches. Elle venait pourtant de petit-déjeuner, mais elle n’allait pas laisser son ami manger tout seul !

Dehors, Lovis avait déjà les joues pleines.


— Tu pourrais au moins attendre qu’on soit sortis, dit Symane.

— On vient de sortir, répondit-il, la bouche pleine.


Ils arrivèrent sur les quais, éblouis par le soleil. Les bateaux des marchands et des armateurs11 y étaient amarrés12, et une forte odeur de marée et d’algues leur piqua le nez. Des hommes musculeux13 soulevaient de lourdes caisses, et des pêcheurs criaient : « Il est bon, mon poisson ! Il est frais, pêché du jour ! »

Symane ferma les yeux pour graver dans sa mémoire tous ces bruits et toutes ces odeurs. La mer l’attirait depuis toujours. Malheureusement, elle n’avait jamais pu embarquer sur un navire. À force d’entendre des histoires de pirates, elle rêvait de parcourir un jour les mers à bord de son propre vaisseau, au péril de sa vie !


— Tu rêves encore, dit Lovis, amusé.

— Moui… J’aimerais tellement embarquer sur un de ces navires…

— Un jour, j’en suis sûr !


Elle scruta les quais. Pas de Seiche Dorée en vue.


— Mince, elle n’est pas là, dit-elle, déçue.

— Il est encore super tôt. Laisse-lui le temps, répondit Lovis, pensif. Par contre, il y a un bateau qui a l’air très intéressant, là-bas.


Il désigna du menton un navire amarré plus loin, aux couleurs vives.

Les enfants se dirigeaient vers cette étrange apparition quand Symane s’arrêta net. Une jeune femme approchait d’un pas conquérant sur les quais. Elle portait une longue redingote et un tricorne14, et ses longs cheveux blonds ondulés tombaient en cascade dans son dos.


— Regarde ! C’est Sylvara !

— Ah… oui, fit Lovis, visiblement moins enjoué15 que son amie.


Lovis n’avait rien contre l’idée d’admirer quelqu’un, mais Sylvara avait le don de rendre Symane encore plus décidée à faire des choses dangereuses.


— Plus tard, je serai capitaine de mon propre navire, comme elle. Tu sais que c’est la seule femme capitaine de Fierval ?


Lovis allait répondre qu’elle le lui avait déjà dit au moins cent fois, quand Sylvara tourna la tête, sourit à Symane et lui décocha un clin d’œil avant de poursuivre son chemin.


— Un jour, oui, un jour je serai comme elle… murmura Symane, le regard rêveur.

Ce n’était pas juste un rêve d’enfant. Elle le savait, au fond de son ventre, comme on sait qu’il va pleuvoir avant même que les nuages n’arrivent.

— Bon, c’est pas tout, mais on va le voir, ce bateau ? dit Lovis, qui trouvait le temps long.

Symane secoua la tête pour chasser ses rêveries. Elle guetterait la Seiche Dorée plus tard. Pour l’instant, il y avait un mystère à explorer.

Chapitre 2 – le cirque

Les enfants s’approchèrent du grand navire coloré. Jamais ils n’avaient vu un vaisseau pareil : il arborait16 toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Sa coque était peinte d’un rouge profond, avec des motifs dorés et turquoise : des animaux inconnus, des fleurs en spirale, des visages souriants. Sur le côté, on pouvait lire : « Cirque du Sud ».

Sur le pont, des hommes et des femmes en costumes chamarrés17 criaient des ordres dans une langue inconnue. L’un d’eux, perché en haut d’un mât, leur fit signe de la main avec la décontraction de quelqu’un qui oublie qu’il est à dix mètres du sol.


— Il va tomber, dit Lovis d’une voix peu rassurée.

— Mais non, regarde comme il est à l’aise.

— C’est justement ce qui m’inquiète.

— Un cirque… sur un bateau ! s’émerveilla Symane. Je n’ai jamais vu ça.


Les artistes venaient des îles du Sud, un continent un peu magique où l’on avait découvert le cacao, et où vivaient des animaux qu’on ne voyait jamais du côté de Fierval. Ils déchargeaient des caisses et partaient en longue file, comme des fourmis, vers le cœur de la ville.


— Suis-moi, dit Symane d’un air complice.

— Tu es sûre ?


Lovis n’était pas rassuré. Ces gens venus d’ailleurs, avec leurs grandes boucles d’oreilles et leurs tatouages, l’impressionnaient. Surtout l’homme qui portait un long serpent autour du cou, comme une écharpe, avec l’air parfaitement détendu.


— Mais oui ! Tu ne vas pas encore faire ton froussard ?


Lovis soupira. Heureusement qu’il était là pour tempérer les envies de danger de Symane. Enfin, il essayait.

Ils remontèrent la file des forçats18 et arrivèrent sur une place où un chapiteau19 était en train de se monter. De grandes cordes partaient en étoile depuis son sommet, comme une araignée géante qui aurait décidé de s’installer là pour la saison. À l’écart, des jongleurs s’échauffaient en lançant en l’air des massues20 enflammées, avec l’air naturel de personnes qui faisaient la vaisselle.


— Des torches ! dit Lovis, les yeux écarquillés.

— Des massues enflammées, rectifia Symane.

— C’est pareil.

— Pas du tout.


Un homme en costume rouge et or se planta devant l’entrée du chapiteau et cria d’une voix de stentor21 : « Grande première dans deux jours ! Venez voir ce que vous n’avez jamais vu ! » Il roulait les r avec un accent chantant, et les passants de Fierval s’arrêtaient, la bouche ouverte.

Un peu plus loin, une zone était réservée aux animaux, certains en cage, d’autres attachés à des piquets.


— On va voir les animaux ? proposa Symane.

— Je ne sais pas si c’est une bonne idée… On n’a pas le droit, non ? demanda timidement Lovis.

— Oh, arrête ! Suis-moi !


Une simple barrière de bois séparait la zone du reste de la place, assez basse pour qu’un enfant curieux puisse voir par-dessus. Une odeur particulière flottait dans l’air, pas désagréable, juste différente, comme si un morceau de jungle s’était installé à Fierval. Symane ralentit en approchant, plus calme, plus douce, pour ne pas faire peur aux animaux. Lovis, lui, ralentit parce qu’il n’était pas pressé d’arriver.

Ils virent des serpents énormes, un lama, un tigre en cage, des autruches, des singes, et de magnifiques oiseaux au plumage éclatant. Le lama regardait les passants avec un profond mépris22, la lèvre inférieure avancée. Deux singes se disputaient en silence une noix qu’aucun des deux ne voulait lâcher.

Symane s’approcha de la cage du tigre. Il était allongé, indolent23, la queue battant lentement, ses grands yeux ambre posés sur elle.


— Bonjour, dit-elle tout doucement.


Le tigre bâilla, un bâillement immense qui laissa voir des crocs impressionnants, puis referma les yeux. Ce n’était pas vraiment une réponse, mais Symane y vit un signe de paix. Lovis, lui, avait fait un grand pas en arrière.

Pourtant, la plupart des animaux avaient l’air tristes. Ils avaient ce regard de ceux qui attendent depuis très longtemps et qui se demandent si quelqu’un pense encore à eux. Symane serra les poings.


— Enfermés ici, quelle horreur ! Je pourrais peut-être les libérer.

— Non, Symane ! C’est interdit !


Mais elle avait déjà enjambé la barrière quand un homme du cirque surgit en criant, avec un accent exotique :


— Qu’est-ce que vous faites là ? C’est interdit au public ! Déguerpissez24 !


Symane attrapa Lovis par la manche et ils filèrent entre les piquets et les cordes, slalomant entre les caisses sous les regards des artistes qui ne comprenaient pas ce qui se passait. Derrière eux, l’homme criait, le visage rouge de colère.

Ils ralentirent dans une ruelle. Symane traînait des pieds, les sourcils froncés, les bras croisés, les épaules remontées jusqu’aux oreilles. Elle donna un coup de pied dans un caillou, qui alla plonger dans une flaque. Lovis connaissait ce visage : celui de la tempête. Mieux valait laisser passer.


— C’est pas juste ! Nous, on est dehors, et eux sont enfermés !

— Te mets pas dans cet état… C’est comme ça, dans les cirques…

— Arrête ! Ils seraient bien mieux en liberté.


Lovis soupira. Elle n’avait pas tort, et c’était bien le problème : Symane avait souvent raison au moment où avoir raison donnait envie de faire des bêtises.


— Bon. Qu’est-ce qu’on fait alors ?

Symane ouvrait la bouche pour répondre quand un petit macaque courut vers elle et lui sauta sur l’épaule.

— Coucou, toi ! Tu t’es échappé ? Bravo !

Le singe lui répondit d’une petite voix aiguë, entrecoupée de petits cris :

— Ah non, je ne me suis pas échappé ! Au cirque, les animaux ne sont pas prisonniers, on vient de son plein gré faire le spectacle. Simplement, on doit montrer aux gens qu’on est inoffensifs. Qui voudrait voir un tigre en liberté dans la ville ?


Symane resta muette une seconde. Elle qui s’apprêtait à ouvrir toutes les cages !

Lovis regardait la scène avec attention. Il n’était plus étonné, depuis longtemps, de voir des animaux s’adresser à son amie. Symane avait ce don rare de leur parler, et ils lui répondaient. C’était leur secret à tous les deux, et aucun des parents de Symane n’était au courant. De toute façon, ils ne l’auraient sans doute pas cru. Avec le temps, Lovis avait appris à deviner les conversations : quand elle hochait la tête, elle écoutait ; quand elle fronçait les sourcils, c’était grave ; et quand elle souriait, son interlocuteur25 avait de l’humour. Ce macaque-là, justement, lui semblait du genre à faire des blagues.


— On t’a vue nous comprendre tout à l’heure, continua le singe. Je suis venu te voir parce qu’on a un gros problème : Gros Bec a disparu. Je pense qu’il a été capturé.

— Capturé ? Par qui ?

— On ne sait pas. Ce matin, sa cage était vide et il y avait des plumes partout. Ça s’est sûrement passé cette nuit, pendant qu’on déchargeait le bateau.

— Qu’est-ce qu’il dit ? demanda Lovis, qui ne comprenait pas les animaux.

— Chut ! Qui est Gros Bec ?

— La mascotte du cirque ! Un magnifique cacatoès26 géant, au plumage argenté. C’est le clou du spectacle27 : il raconte des blagues et chante des chansons. Enfin, quand il est là…


Pendant qu’il parlait, ils étaient sortis de la ruelle sans y prendre garde, et se trouvaient maintenant dans la rue où travaillait la maman de Symane. Une petite bouille rigolote jaillit d’une boutique et se jeta contre Lovis. Ti'Lou les avait vus passer par la fenêtre.


— Lolo !

— Comment ça va, tête de grimace ? répondit Lovis en lui ébouriffant les cheveux.


Ti'Lou ne répondit pas, mais afficha un grand sourire. Lovis était presque un grand frère pour lui.

La maman de Symane passa la tête par la porte. Le singe ne pouvait pas rester là. Avant de filer, vif comme l’éclair, il glissa à Symane :


— Aide-nous, s’il te plaît…

— C’était quoi, sur ton épaule, ma chérie ? demanda sa maman en fronçant les sourcils.

— Heu… Je crois que c’était une sorte de chat, répondit Symane en haussant les épaules.

— Bizarre… Bon, tu tombes bien. Ti'Lou s’ennuie avec moi depuis ce matin, tu ne veux pas le prendre avec toi ? Tu seras sage, hein, Ti'Lou ? Tu n’embêteras pas ta sœur ?


Ti'Lou regarda sa maman avec un sourire d’ange :


— Non, Maman, je serai sage !


Symane connaissait ce sourire. C’était celui de Ti'Lou quand il savait très bien ce qu’il faisait et comptait sur son air innocent pour s’en tirer. Mais leur maman, elle, y croyait encore.


— Bon, eh bien c’est réglé. À plus tard !

— Mais Maman, j’ai pas dit oui ! s’offusqua28 Symane.

— Pas le choix ! Bisous, je vous aime !


Et elle referma la porte de la boutique avant que Symane ait pu ajouter un mot.

Chapitre 3 – l’enquête

Symane raconta à toute vitesse à Lovis ce que le macaque lui avait dit.


— On devrait enquêter au cirque, proposa-t-elle.

— Mais c’est interdit ! Si un forain29 nous rattrape, ça va chauffer !

— Le cirque ! Le cirque ! cria Ti'Lou, excité comme une puce.

— Et en plus, on a ton frère avec nous… soupira Lovis.

— On n’a pas le choix ! Gros Bec a besoin de nous ! Allez, en piste !

— Ouais ! dit Ti'Lou avec enthousiasme.


Lovis n’était pas rassuré, surtout avec Ti'Lou à surveiller. Mais raisonner Symane, c’était comme essayer d’arrêter les vagues d’une mer déchaînée avec ses mains. Il la suivit.

Sur la place du cirque, le calme régnait. Les trois amis s’approchèrent de l’enclos sur la pointe des pieds. Ti'Lou imitait sa sœur, la langue tirée, ce qui donnait à la scène un petit côté comique. Le macaque de tout à l’heure sortit la tête d’une cage et les appela :


— Par ici, les amis !


Il partageait sa cage avec d’autres macaques qui jouaient aux cartes en s’échangeant des cacahuètes. Le plus mal aimable avait devant lui une montagne de cacahuètes, alors que les autres étaient presque à sec.


— Comment peut-on vous aider ? demanda Symane.

— Il faut retrouver Gros Bec. La grande première est dans deux jours. S’il n’est pas là, ce sera un fiasco30 !

— Où est sa cage ?

— Suivez-moi.


Ils se glissèrent à l’abri des regards dans une tente. Au milieu, une immense cage, capable de contenir un homme, avec des barreaux et de la paille.


— Il est grand comment, Gros Bec ? demanda Symane, impressionnée.

— Presque aussi haut que toi. Les cacatoès géants sont très rares, certains vivent presque cent ans !

— Il est dangereux ?

— Pas le moins du monde. Il est très intelligent et adore discuter. Mais si on l’embête, ses serres31 peuvent blesser.


Lovis examinait le sol.


— Regarde, Symane : des plumes, de très grandes plumes ! On dirait qu’il y a eu une lutte.

Le sol était jonché32 de plumes blanches, irisées33 d’argent. N’importe qui aurait voulu s’en faire un déguisement. Symane en ramassa une et la glissa distraitement dans sa poche.

— Qui a pu faire ça ?

— C’est ce qu’on aimerait savoir. Cette nuit, tout le monde était occupé à décharger le navire, jusqu’après minuit. Gros Bec reste toujours dans sa cage pendant ce temps-là : il dit que toute cette agitation n’est pas bonne pour lui.


Symane fit le tour de la cage. La serrure était intacte, la porte n’avait pas été forcée.


— Il n’y a pas eu de bagarre, murmura-t-elle. Quelqu’un a ouvert la cage normalement. Avec une clé.

— Ou alors Gros Bec est sorti tout seul et quelqu’un l’attendait dehors, proposa Lovis.

— Possible aussi. Qui avait accès à la clé ?


Le macaque se gratta la tête d’un air embêté et montra une petite cheville en bois plantée dans un poteau.


— Elle était accrochée là, d’habitude…


La cheville était vide.


— La clé a disparu aussi ! s’écria Symane.

— Oui. On a vu qu’elle manquait ce matin.

— Qui était de garde cette nuit ?

— Personne. On n’enferme pas ceux qui ont choisi d’être là, on n’est pas des prisonniers ! Cette nuit-là, tout le monde aidait sur le pont. Même moi. Gros Bec était seul.

— Alors quelqu’un de l’extérieur a pu s’introduire dans le camp, réfléchit Symane à voix haute.

— Sûrement. Il était encore là vers deux heures du matin, parce que le dompteur34 des lions lui avait rendu visite. Et ce matin, pouf ! Plus de Gros Bec.


Symane fit le point dans sa tête. Quelqu’un qui connaissait Gros Bec, qui savait que le camp serait vide cette nuit-là, et qui était entré sans se faire voir.


— Tout le monde sait qu’il est là ?

— Il ne passe pas inaperçu ! Un cacatoès géant argenté, ça ne court pas les rues, comme on dit chez vous. Le patron l’a présenté en ville à notre arrivée : « Venez voir l’oiseau de légende du Cirque du Sud ! »

— Donc n’importe qui pouvait savoir…


C’était à la fois décourageant et excitant. Il y avait du travail.


— MIAM !


La voix de Ti'Lou déchira le silence comme un coup de canon. Le petit garçon, qu’ils avaient presque oublié, mâchouillait une plume de Gros Bec, l’air parfaitement satisfait.


— Ti'Lou ! Recrache ça tout de suite ! souffla Symane entre ses dents.

— C’est bon ! dit-il, la plume à moitié dans la bouche.

— Ce n’est pas de la nourriture !


Mais il ne l’écoutait plus. Il fixait une grande caisse dans un coin, avec ce regard qui signifiait, en langage Ti'Lou : « Tiens, une chose que je ne connais pas et que je vais absolument toucher. »


— Ti'Lou, n-n-non ! fit Lovis en tendant la main.


Trop tard. Le petit garçon tira sur la caisse de toutes ses forces. Elle était vide, mais très lourde, et bascula lentement avant de s’écraser sur le sol.


BOUM !


Le silence qui suivit fut aussi court que terrifiant.


— J’ai faim, dit Ti'Lou d’une voix claire, au milieu du désastre.

— Chut !! firent Symane et Lovis en même temps.


Des voix s’élevèrent dehors.


— Qu’est-ce que c’est que ce boucan ?

— Ça vient de la tente de Gros Bec !


Le macaque leur fit signe de la main : filez !


— On se tire ! murmura Symane en attrapant Ti'Lou par le poignet.


Ils sortirent par l’arrière de la tente comme trois lapins effrayés, Ti'Lou trottinant entre les deux grands en rigolant, sans avoir compris l’urgence. Ils dévalèrent une ruelle, tournèrent à un coin et s’aplatirent contre un mur, le cœur battant. Personne ne les avait suivis.


— J’ai faim, dit Ti'Lou une nouvelle fois, la lèvre tremblante.

— Toi, tu mérites de ne pas manger du tout ! dit Symane, encore essoufflée.

— C’est méchant, dit Lovis.


Ti'Lou sentit les larmes monter. Il savait qu’il avait fait une bêtise, et l’air furieux de sa grande sœur lui faisait un peu peur. Lovis s’accroupit et lui ébouriffa les cheveux.


— Allez, c’est pas très grave, bonhomme !


Puis il se redressa.


— Bilan : on n’a rien appris, on a failli se faire attraper, et on a perdu du temps.

— On n’a pas rien appris, rectifia Symane en levant un doigt. La cage n’a pas été forcée, Gros Bec était encore là vers deux heures du matin, et quelqu’un, dehors, savait qu’il y était.

— Mouais. C’est pas beaucoup.


Elle sortit de sa poche la grande plume argentée, plus douce que la soie et brillante comme de l’acier poli.


— On va le retrouver, murmura-t-elle, comme si l’oiseau pouvait l’entendre.

— FAIIIIIM ! hurla Ti'Lou.


Des passants se retournèrent. Symane et Lovis se regardèrent et éclatèrent de rire malgré eux.


— Bon, d’accord, capitula35 Symane. Allons manger.

Chapitre 4 - le restaurant

Le soleil était bien installé dans le ciel de Fierval. La matinée avait filé, et leurs estomacs, eux, n’avaient rien oublié.


— On va par là, dit Symane en prenant la direction du centre-ville.


Ti'Lou saisit aussitôt la main de Lovis, comme il le faisait toujours. Lovis soupira, mais au fond, il aimait bien se sentir plus grand avec un petit qui le prenait pour modèle.


— Tu penses qu’il reste des gaufres ? demanda-t-il.

— Mon papa n’en fait que le dimanche.

— Ah. Dommage.

— Il a peut-être du ragoût de pieuvre.

— C’est déjà moins bien.


Symane marchait vite, comme d’habitude, mais dans sa tête, elle courait. La clé disparue. Gros Bec parti dans la nuit. Quelqu’un qui savait que le camp serait vide. Elle retournait ces maigres indices comme on retourne un caillou pour voir ce qu’il y a dessous.


— Tu réfléchis, dit Lovis.

— Ouaip.

— À ta tête, c’est intensif.

— Alors laisse-moi penser.


Lovis se tut. Quand Symane avait cet air concentré, il en sortait souvent quelque chose d’utile. Ou de dangereux. Souvent les deux tout compte fait.

Ti'Lou, lui, menait sa propre enquête :


— Au fait, c’est quoi un macaque ?

— Un petit singe avec la face toute rouge, dit Lovis.

— Pourquoi sa face est rouge ?

— Je ne sais pas. C’est comme ça.

— Et si moi j’avais la face rouge ?

— Tu ressemblerais à Ti'Lou après avoir couru, dit Symane sans se retourner.


Ti'Lou réfléchit trois secondes, puis éclata de rire, comme si c’était la chose la plus drôle de la journée.

Au détour d’une ruelle, une odeur délicieuse de mijoté36, d’aillé37, leur tomba dessus. Le ventre de Lovis gargouilla si fort que Ti'Lou leva vers lui un regard inquiet.


— C’est ta bedaine38 qui parle, dit-il très sérieusement.


La Casserole Dorée était un tout petit restaurant, coincé entre une fleuriste et un atelier de potier. Une ardoise39 annonçait les plats du jour, de l’écriture penchée de Pierrik. Il leva les yeux de ses fourneaux40 quand la porte s’ouvrit. Il était grand, un peu voûté41, avec un tablier taché de quelque chose de non identifiable. Il avait le même nez que sa fille, et des yeux qui souriaient avant même sa bouche.


— Ah, dit-il simplement. Vous avez faim.


Ce n’était pas une question.


— Un peu, dit Symane.

— Beaucoup, rectifia Lovis.

— TRÈS, dit Ti'Lou en levant les deux bras.


Pierrik sourit et leur montra les tabourets du comptoir.


— J’ai du brochet aux herbes, et du pain tout frais.


Il revint quelques minutes plus tard avec trois assiettes fumantes. Ti'Lou attaqua la sienne avant même qu’elle ne soit posée, ce qui lui valut un regard sévère de sa sœur.


— Et qu’avez-vous fait ce matin ? demanda leur père en s’appuyant au comptoir.


Les trois enfants échangèrent un regard discret.


— On est allés voir le port, dit Symane. Il y avait plein d’activité.

— Et le cirque ! dit Ti'Lou, la bouche pleine. Avec des tigres !

— Ah oui, le Cirque du Sud, j’en ai entendu parler. Il paraît qu’ils ont des animaux extraordinaires.

— Des tigres, et des singes ! répéta Ti'Lou.


Pierrik hocha la tête, satisfait, et se retourna vers ses casseroles. Ti'Lou leva alors la main, comme à l’école.


— Et aussi, il y avait les plumes d’un oiseau argenté géant.


Le silence fut immédiat. Symane ferma les yeux une seconde. Lovis reposa sa fourchette avec une infinie délicatesse.

Pierrik se retourna.


— Des plumes ? Où ça ?

— Oh, rien, il a trouvé des plumes par terre et il en a fait toute une histoire, intervint Symane, un peu trop vite.


Leur père haussa les épaules et retourna à sa cuisson. Ti'Lou regarda sa sœur avec des yeux ronds. Elle le foudroya du regard. Quant à Lovis, il contemplait son brochet comme si la pêche était finalement un métier très intéressant.

Après avoir remercié leur papa, les enfants sortirent par la petite porte de derrière, celle des poubelles, dans une ruelle qui sentait le poisson et les légumes.

Un chat était installé sur une vieille caisse retournée, la queue enroulée autour des pattes, les yeux mi-clos. C’était Patoune, le chat de Symane. Il ouvrit un œil, puis l’autre.


— Bonjour, Patoune, dit Symane.

— Hmm, fit le chat. Je vois que tu n’es pas seule.


Ti'Lou se précipita, les mains en avant.


— Minou !


Patoune fit un demi-pas de côté et Ti'Lou se retrouva à embrasser le vide. Le chat se rassit un mètre plus loin, avec une dignité absolue.


— Il n’aime pas les câlins, dit Symane.

— Il n’aime pas les mains moites et poisseuses, rectifia Patoune. Nuance.


Ti'Lou essaya encore. Même résultat. Il s’assit par terre avec un soupir résigné.


— Patoune, dit Symane à voix basse. On cherche un oiseau.

— Tout le monde cherche quelque chose. Moi, en ce moment, je cherche des restes de poisson. C’est le hasard, hein.

— Je t’écoute.

— Ah non. Poisson d’abord. Informations ensuite.

Lovis, qui suivait l’expression de Symane comme on lit des sous-titres, saisit l’idée générale.

— Il veut quelque chose en échange ?

— Du poisson, confirma Symane entre ses dents.

— Évidemment. C’est toujours du poisson. Ou du fromage.


Symane retourna dans le restaurant, négocia avec son père une barquette de restes de brochet, « pour Patoune, il est dans la ruelle », et revint au pas de course. Le chat l’examina en fin gourmet42.


— C’est du brochet aux herbes ?

— Tu es un chat très perspicace43.


Patoune ignora l’ironie.


— Ton père cuisine bien. J’ai bien fait de choisir cette famille, tout compte fait.

— Tout compte fait ?! Tu es avec nous depuis que tu es chaton, tu n’as rien choisi du tout !

— J’aurais pu partir, répondit le chat, imperturbable.

— C’est ça… Maintenant, parle.


Il se mit à manger avec une lenteur délibérée44, racontant ce qu’il savait entre deux bouchées, comme s’il trouvait normal que son auditoire45 soit suspendu à ses babines46.


— Le rat qui n’a plus de queue a vu un homme cette nuit, sur les quais, pas loin du navire du cirque. Il portait un grand sac, lourd. Un sac qui bougeait.

— Qui bougeait ?

— Qui remuait de l’intérieur. Le rat a entendu comme une respiration, et des claquements de bec.


Symane ne bougeait plus. Lovis fronça les sourcils : incapable de comprendre le chat, il sentait pourtant que quelque chose d’important se disait.


— Qu’est-ce qu’il dit ? souffla-t-il.

— Attends. Le rat peut décrire cet homme ? demanda-t-elle au chat.

— Justement, il était facile à reconnaître. Il avait une canne. Il boitait47. Et le rat a remarqué autre chose : quelque chose d’étrange dans son œil. Quelque chose qui brillait dans le noir, mais pas comme l’autre.

— Un œil de verre, murmura Symane.

— C’est ce que j’ai compris aussi. Mais je ne suis qu’un modeste chat.

Symane se tourna vers Lovis, les yeux brillants.

— On a une description ! L’homme qui a pris Gros Bec boite, marche avec une canne et a un œil de verre.

— C’est précis. On se croirait dans un livre d’enquête policière, j’adore !

— Moi aussi !

— Mais un œil de verre dans toute la ville de Fierval…

— Tu le saurais, toi, si quelqu’un de ta rue avait un œil de verre ?


Il réfléchit une seconde.


— Oui. Évidemment.

— Alors les gens le savent.


Lovis se mordilla la lèvre, ce qu’il faisait toujours quand il cherchait un argument et n’en trouvait pas.


— D’accord, c’est un indice sérieux. Mais ça reste dangereux.

— C’est juste une enquête.

— Ça reste dangereux quand même. On n’ira pas vers lui directement, dit-il enfin. On pose des questions, discrètement. On cherche qui c’est, où il habite, c’est tout.

— C’est tout ce que je demandais.

— Non, tu aurais demandé beaucoup plus que ça.

— Tu me connais bien.

— Sans blague…


Ti'Lou, qui était resté silencieux depuis un moment, ce qui était en soi assez remarquable, leva la tête.


— C’est quoi, un œil de verre ?

— Un œil qui n’est pas vrai, dit Symane.

— Pourquoi on met un œil qui n’est pas vrai ?

— Parce qu’on n’a plus l’œil d’avant.

— Il est où, l’œil d’avant ?

— Perdu.

— On peut perdre un œil ?

— On rentre, dit Lovis.


Patoune termina le dernier morceau de brochet, se lécha les moustaches et sauta de la caisse avec la grâce d’un seigneur qui vient de conclure une excellente affaire.


— Merci, Patoune, dit Symane.

— Dis à ton père que le brochet était très bien.


Elle se releva. Dans sa poitrine, quelque chose qui ressemblait à de l’excitation avait remplacé le découragement de tout à l’heure. Une canne. Un œil de verre. Une boiterie. Ce n’était pas rien. C’était même beaucoup.

Chapitre 5 – la sortie nocturne

L’après-midi ne fut pas celui que Symane espérait. Ti'Lou avait besoin d’une sieste, et il était impossible de mener une enquête avec un petit pleurnichard dans les pattes. Ils rentrèrent donc chez elle, où Lovis et elle jouèrent aux dés en discutant de l’affaire. Puis Lovis rentra chez lui.


— À demain, dit-il avec un petit signe de tête qui voulait dire : on en reparlera.

— À demain, confirma Symane.


Le dîner fut plus calme qu’à l’ordinaire. Enfin, aussi calme qu’un dîner peut l’être avec Ti'Lou à table. Il avala trois bols de soupe de lentilles, en réclama un quatrième, puis bâilla si grand qu’on aurait pu compter ses dents.


— Tu es fatigué, toi, ce soir, dit sa mère.

— J’ai marché loin, dit Ti'Lou avec fierté.

— Loin où ?

— Partout, répondit-il, comme si c’était une réponse suffisante.


Sa mère regarda Ti'Lou, puis Symane, puis son bol, sans poser de question. Elle avait ce talent-là : sentir quand il valait mieux ne pas creuser.

Symane, elle, mangeait sans rien goûter. Elle pensait à l’homme qui boitait dans le noir avec son grand sac qui remuait.


— Elle est dans la lune, dit son père.

— Je ne suis pas dans la lune, je réfléchis.

— À quoi ?


Un ange passa48. Symane prit une cuillerée de soupe.


— À rien de particulier.


Ses parents la connaissaient : inutile d’insister.

Sous la table, elle serrait les mains sur ses genoux. Elle savait déjà ce qu’elle ferait cette nuit. Ce n’était pas une bonne idée, elle en était parfaitement consciente.

Ti'Lou fut envoyé au lit. Il râla, comme toujours, c’était un principe chez lui, mais le sommeil le rattrapa avant la fin de l’histoire. Bientôt, de l’autre côté du couloir, il ronflait comme un vieux marin.

Symane, elle, resta allongée les yeux ouverts, à écouter la maison se taire : son père qui soufflait la lampe, sa mère qui fermait le volet, le parquet qui craquait, puis plus rien. Dehors, on entendait les chats sur les toits, les cloches lointaines du port et le cri d’une mouette qui confondait la nuit avec le jour.

Elle pensa à Gros Bec, seul dans le noir, dans un sac ou dans une caisse. Peut-être qu’il appelait au secours sans que personne le comprenne. Personne sauf elle.

Elle se leva, enfila ses vêtements par-dessus sa chemise de nuit, prit ses chaussures à la main et traversa le couloir sur la pointe des pieds. L’escalier avait trois marches qui craquaient. Elle les connaissait par cœur et les enjamba l’une après l’autre. En passant devant la porte de ses parents, elle retint son souffle. Le verrou de la porte d’entrée tourna sans bruit, et l’air de la nuit, frais et salé, entra. Elle mit ses chaussures sur le pas de la porte, referma derrière elle et descendit dans la rue.

Elle longea les murs jusqu’à la ruelle du Chaudron, où habitait Lovis. Sa fenêtre était sombre. Elle ramassa quelques cailloux dans le caniveau49. Pas trop gros, pour ne pas casser la vitre. Pas trop petits, pour qu’il entende.


Premier caillou. Toc. Rien.

Deuxième caillou. Toc. Rien.

Troisième caillou. Tac. Le volet bougea.


Lovis apparut, les cheveux en bataille, avec l’air de quelqu’un qui espère vraiment qu’on lui fait une farce.


— Non, dit-il.

— Tu ne sais même pas ce que je veux, chuchota Symane.

— Je le sais très bien. Et la réponse est non.


Elle lui fit signe de descendre. Il secoua la tête. Elle insista. Il soupira si fort qu’elle l’entendit d’en bas, puis disparut. Deux minutes plus tard, il ouvrit la porte, les bras croisés, les chaussures mal lacées.


— Il est minuit, dit-il d’une voix plate.

— Presque minuit.

— C’est pareil.

— Pas du tout, minuit, c’est dans vingt minutes.

— Symane. Il fait nuit. Nos parents dorment. On est des enfants.

— Mais c’est important. Il faut aller sur les quais et trouver quelqu’un qui connaît l’homme à la canne. Les gens qui traînent la nuit voient des choses.

— C’est dangereux. Les quais, la nuit, ce n’est pas pour nous.

— Il y a des lampes partout.

— Et des gens peu recommandables.

— Je ne parlerai qu’aux animaux, promis.

— Tu me rassures, dit-il d’une voix qui voulait dire exactement le contraire.


Symane baissa encore le ton.


— Lovis, on a une chance. Si on attend, elle disparaîtra. Imagine qu’il veuille vendre Gros Bec au plus offrant50. Ou pire.

— Pire comme quoi ?


Elle le regarda droit dans les yeux, sans rien dire. Il comprit.


— Et si nos parents se réveillent ?

— On sera rentrés avant.

— Et si on tombe sur celui qui a fait ça ?

— On ne l’approche pas. On demande juste où il habite.

— Et si les gens qu’on interroge sont eux-mêmes dangereux ?

— Lovis, s’il te plaît...


Il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il avait l’air de quelqu’un qui savait depuis le début comment ça finirait.


— Attends-moi. Je vais chercher ma veste.


Symane sourit dans le noir.

Ils longèrent les rues silencieuses, Lovis tout voûté, comme si se faire tout petit pouvait le rendre invisible. Les pavés brillaient sous la lune et des enseignes grinçaient dans le vent du port.


— Tu as un plan ? murmura Lovis.

— Je demande aux animaux de nuit : chats errants, chiens de garde, rats. Quelqu’un a forcément vu cet homme.


Devant une forge fermée, un chien de garde attaché à sa longe51 les regarda passer sans aboyer, avec l’air de quelqu’un qui a des choses plus importantes à surveiller.


— Bonsoir, dit Symane tout bas. Un homme avec une canne, qui boite et qui a un œil de verre. Il portait un grand sac qui bougeait. Tu l’as vu passer ?


Le chien renifla, tourna la tête vers les quais et émit un petit grognement.


— Il est passé par là, dit Symane.

— Le chien te dit des trucs ? chuchota Lovis.

— Pas beaucoup. Mais assez. Il n’est pas très bavard.


Lovis regarda vers les quais et avala sa salive.

Aux abords du port, l’odeur de marée était forte et les bateaux grinçaient dans l’obscurité. Ils avancèrent dans l’ombre des hangars, où les planches du quai craquaient, où la nuit sentait le goudron et le varech52. Quelque part, un rat fila le long du bois mouillé. Il lui manquait la queue. C’était lui que Symane espérait trouver. Quelle chance ! Elle s’immobilisa.


— Attends, chuchota-t-elle. Bonsoir. Je cherche un homme avec une canne, qui boite et qui a un œil de verre. Il transportait un grand oiseau argenté dans un sac, la nuit dernière. Tu l’as vu ?


Le rat remua les moustaches, poussa un petit couinement rapide et repartit d’où il venait.


— Il veut qu’on le suive, dit Symane.

— Un rat, murmura Lovis d’une voix blanche. On suit un rat dans le noir.

— Un rat qui sait peut-être où est Gros Bec.


Lovis poussa un soupir qui ressemblait beaucoup à une prière et suivit Symane dans la nuit.


Chapitre 6 – l’étrange maison

Le rat filait vite. Beaucoup trop vite au goût de Lovis, qui trottait derrière Symane en évitant de penser qu’il suivait un rongeur dans les ruelles sombres de Fierval, à une heure du matin. Sa mère lui aurait dit qu’il avait perdu l’esprit. Il aurait été assez d’accord avec elle.

Au bout d’une ruelle étroite, le rat se retourna une dernière fois vers Symane et disparut dans un trou au pied d’un mur. Sa mission était terminée.

Symane leva les yeux. Devant eux se trouvait une boutique, pas comme les autres. À la lueur de la lune, la vitrine laissait apparaître des formes que Lovis mit quelques secondes à identifier. Et quand il les identifia, il aurait préféré s’être trompé.

Des animaux. Figés. Les yeux de verre grands ouverts dans le noir. Un renard assis sur un billot53. Une chouette aux ailes déployées. Un lapin dressé sur ses pattes arrière, l’air de saluer. Et derrière eux, des dizaines d’autres silhouettes immobiles.

Une enseigne se balançait au-dessus de la porte : « Naturalia. Maître Sordic, taxidermiste. »


— Qu’est-ce que c’est, un taxidermiste ? chuchota Lovis.

— Quelqu’un qui empaille les animaux.

— Pour en faire des statues ?

— Oui.

— Des statues d’animaux morts…


Ils longèrent le mur jusqu’à la ruelle du fond. Une porte de service était entrouverte, coincée par une grosse pierre. De l’intérieur venaient une faible lumière jaune et une odeur difficile à décrire : pas exactement mauvaise, mais pas naturelle non plus.


— La porte est ouverte, murmura Symane.

— C’est très mauvais signe, murmura Lovis.

— C’est plutôt une chance, dit-elle avec un demi-sourire.

Ils entrèrent.


L’arrière-boutique était encombrée d’étagères pleines de bocaux, d’outils et de fils, et d’une grande table couverte de plumes, de pots de colle et de choses que Lovis préféra ne pas examiner de trop près. Et partout, des animaux : un faucon aux serres ouvertes, un hérisson en boule, un vieux chat roux qui ressemblait tellement à Patoune que Symane sursauta.

C’est alors qu’ils entendirent un léger claquement de bec, derrière une armoire à moitié fermée.

Dans l’ombre se trouvait une grande cage. Et dedans, perché sur un barreau, la tête sous l’aile, un cacatoès aux plumes argentées.


— Gros Bec, chuchota Symane.


L’oiseau redressa la tête d’un coup. Ses yeux jaunes les fixèrent.


— Bonsoir, dit-il d’une voix aiguë. Je savais que quelqu’un viendrait.

— On est venus te chercher. Comment tu vas ?

— J’ai faim. Il ne me donne que des graines toutes sèches. Et il me regarde avec un air que je n’aime pas du tout.

— Tu as peur ?

— Un peu... Beaucoup, en fait. Un taxidermiste ne garde pas un oiseau pour faire la causette54 pendant des années… Et j’ai mal aux pattes : ces barreaux sont trop écartés pour mes serres.

— Tu peux crier ?

— Sûrement pas. Il revient souvent la nuit, pour vérifier.


Symane inspecta la cage. Solide, et fermée par un gros cadenas en fer forgé, bien huilé. Elle tira dessus. Il ne bougea pas d’un millimètre.


— On ne peut pas l’ouvrir ce soir, souffla-t-elle.

— Je craignais que tu dises ça.

— On va trouver une solution. Promis.

— Alors écoute, souffla Gros Bec. Va voir Noisette, le furet du cirque. Il peut crocheter un cadenas dans le noir. C’est le roi de l’évasion.


Lovis, qui surveillait la porte, sentit son cœur battre deux fois trop vite. Il entendit un claquement de porte, des pas, et le bruit d’une canne sur les pavés.


— Symane…

— J’entends.

— SYMANE.

— Je sais, on y va.


Trop tard : quelque chose passait déjà la porte de service. Symane tira Lovis derrière l’armoire, dans le coin d’ombre à côté de la cage. Ils s’aplatirent contre le mur, aussi immobiles que les animaux empaillés, et retinrent leur souffle.

Ce qui venait d’entrer était grand, chaud, et reniflait à hauteur de genou. Un chien, avec une tête large comme une enclume55. Derrière lui, un homme, grand et mince, en long manteau sombre et chapeau à large bord. Il s’appuyait sur une canne à pommeau56 d’os et boitait légèrement. Il alluma une lampe à huile et regarda sa boutique avec la satisfaction paisible de quelqu’un qui rentre chez lui.

Lovis avait vu son œil gauche. Celui qui ne bougeait pas comme l’autre, et qui brillait différemment dans la lumière. Un œil de verre, exactement comme l’avait dit Patoune.

L’homme s’immobilisa. Il renifla. Pas comme quelqu’un qui sent une mauvaise odeur : comme quelqu’un qui cherche, méthodiquement, en tournant la tête de droite à gauche. Le chien aussi reniflait, et il avançait vers l’armoire en grognant.

Dans sa cage, Gros Bec avait rentré la tête dans les épaules et fermé les yeux, comme s’il pouvait devenir invisible par la seule force de la volonté. Le cœur de Symane cognait si fort qu’elle se disait que tout le monde devait l’entendre.


— Tiens, tiens, dit l’homme d’une voix grave et très calme. Je jurerais sentir une odeur d’enfant.


Lovis ferma les yeux.

La main de Symane rencontra une petite boîte sur l’étagère derrière elle. Elle la prit sans regarder et, au moment où le museau du chien apparaissait au coin de l’armoire, la lança de toutes ses forces à l’autre bout de la pièce.

La boîte rebondit avec fracas contre une étagère et répandit son contenu : des petits yeux de verre, qui roulèrent dans tous les sens sur le parquet.

Le chien fit volte-face57, aboya et fonça vers le bruit.


— Brom ! Du calme ! dit l’homme en pivotant sur sa canne.


Il s’avança, examinant ses animaux un par un, intrigué par ce drôle de bruit. Il s’arrêta devant un renard et l’ajusta sur son socle. C’était suffisant. Symane tira Lovis par la manche, et ils se glissèrent derrière lui pendant que son chien reniflait les yeux de verre éparpillés, puis atteignirent la porte de service en trois enjambées silencieuses.

Dehors, ils ne s’arrêtèrent pas pour vérifier si on les suivait. Ils coururent à en perdre haleine. Quand ils furent épuisés et que leurs poumons les brûlaient, ils tournèrent le coin d’une rue, puis s’adossèrent à un mur en haletant.


— Il reniflait, dit Lovis entre deux respirations.

— Oui, comme le chien. Mais en plus effrayant.

— Les gens peuvent renifler comme ça ?

— Si on n’était pas dans le monde normal, j’aurais cru que c’était un ogre venu nous dévorer !

— Dans ce cas, un taxidermiste, c’est presque trop mignon, termina Lovis.


Ils restèrent silencieux un moment, le temps que leurs cœurs se calment. Aucun bruit de pas, aucun claquement de canne. Le taxidermiste ne les avait pas suivis.


— Bon, dit Lovis, les bras croisés, les cheveux en bataille. Pour résumer : un taxidermiste, un cadenas impossible à ouvrir, et comme seule solution, un furet qu’on n’a jamais vu.

— On doit retourner au cirque demain.

— Un furet crocheteur de cadenas… répéta-t-il. Quelle soirée !


Ils prirent le chemin du retour.


— Tu as été courageux, ce soir, dit Symane.

— J’étais terrifié, admit-il.

— Moi aussi.


Lovis haussa les épaules. Passer une nuit pareille avec sa meilleure amie n’avait pas de prix, même s’ils avaient failli se faire attraper.

Chapitre 7 – les nouveaux amis

Symane se glissa dans la maison comme elle en était sortie : sans bruit, en enjambant les trois marches qui auraient pu la trahir. Ti'Lou ronflait toujours. Elle se déshabilla en vingt secondes et s’endormit presque aussitôt.

Le matin arriva bien trop tôt, sous la forme de sa mère ouvrant les volets avec l’enthousiasme de quelqu’un qui a bien dormi.


— Debout, ma grande. J’ai besoin de toi ce matin. Il y a les draps à laver, des restes à porter chez tante Norée, et les volets du fond à repeindre.

— Hmm, répondit Symane sous l’oreiller.


Sa mère sortit en riant. Symane réfléchit trente secondes à la possibilité de ne jamais se lever.

De l’autre côté du couloir, une porte claqua. Ti'Lou apparut, déjà habillé, plein d’une énergie qui faisait cruellement défaut à sa sœur.


— Je veux aller à la plage.

— Bonjour.

— Je veux aller à la plage.


Symane le regarda. Il avait enfilé son maillot de bain par-dessus son pantalon, et son chapeau de paille de travers. Une idée lui traversa l’esprit.


— Tu veux vraiment aller à la plage ?

— Vraiment vraiment.

— Même si on passe par le port et qu’on s’arrête au cirque en chemin ?


Ti'Lou cligna des yeux.


— Les tigres ?

— Peut-être.

— D’accord. Mais après, on va à la plage.

— Marché conclu !


Symane expliqua à sa mère que Ti'Lou avait une envie de plage irrépressible58 et qu’elle l’accompagnerait bien volontiers, en grande sœur dévouée. Sa mère lui lança un regard qui ne croyait pas un mot de l’histoire, mais décida de ne pas creuser.


— Tu rapportes du pain en passant, et tu rentres avant la nuit.

— Promis ! Merci, Maman !


Elle fila avec Ti'Lou chez Lovis, parce qu’elle ne voyait pas l’intérêt d’avoir un meilleur ami si on ne pouvait pas lui imposer des aventures matinales. Sa maman ouvrit la porte, l’air aussi fatiguée que Symane, mais malgré tout avec un sourire.


— Il finit son petit déjeuner. Entrez, entrez.


Lovis, devant un bol de bouillie d’avoine59, avait manifestement l’intention de prendre son temps. Il leva les yeux.


— Je sais, je sais, on va au cirque… Deux secondes, mademoiselle.


Lovis termina son petit déjeuner et posa sa cuillère. Le cirque, ce n’était pas dangereux. Il reprit :


— Et ?

— Et on a un furet à rencontrer.

— Et ?

— Et ce soir, on retourne chez le taxidermiste libérer Gros Bec.


Lovis soupira, sachant qu’il n’avait pas vraiment son mot à dire et alla chercher ses chaussures.

Au cirque, tout le monde s’activait déjà : des employés transportaient des caisses, nettoyaient les cages, faisaient répéter les chevaux. Ti'Lou tirait sur la main de Symane à chaque animal qu’il apercevait.


— Un chameau ! Il a deux bosses !

— Deux bosses, c’est normal. S’il n’en avait qu’une, ce serait un dromadaire.

— Il s’appelle comment ?


Symane s’approcha discrètement de la barrière.


— Bonjour. Tu t’appelles comment ? murmura-t-elle.


Le chameau la regarda avec un profond ennui, renifla longuement, puis grogna du fond de ses trois estomacs.


— Belzar, traduisit Symane. Il dit que tout le monde lui pose toujours cette question et qu’il en a assez.

— Bonjour, Belzar ! dit Ti'Lou avec enthousiasme.


Belzar détourna la tête avec la dignité blessée d’un aristocrate60 qu’on salue dans la rue. Lovis hocha la tête, comme quelqu’un qui a vu trop de choses étranges pour s’étonner encore.

Symane demanda à un vieux chien de cirque, le nez sur ses pattes près d’une roulotte61, où trouver le furet.


— Noisette ? dit-il en ouvrant un œil las. Derrière les roulottes des acrobates. Mais méfiance : il n’aide jamais pour rien, et il a toujours l’air occupé à quelque chose qu’il ne devrait pas faire.

— Merci. Tu ne l’aimes pas trop, on dirait ?

— Oh, moi, je ne suis qu’un vieux chien. Ce que j’aime n’a pas d’importance. Je t’informe, c’est tout.


Il referma l’œil et poursuivit sa sieste.

Derrière les roulottes, dans un coin encombré de cordages62, Noisette était en train d’ouvrir un cadenas. Celui d’un coffre qui n’était sûrement pas à lui. Il travaillait avec deux bouts de fil de fer, le bout de la langue dépassant, avec l’air concentré d’un artiste dans son atelier.

Clic.

Le cadenas s’ouvrit. Noisette souleva le couvercle, ne regarda même pas dedans, referma et reverrouilla comme si de rien n’était.


— C’est impressionnant, souffla Lovis.

— Chut.


C’était un furet roux et blanc, avec une bande sombre autour des yeux qui lui donnait l’air d’un brigand masqué dans les histoires de cape et d’épée63. Il regarda Symane avec une assurance tranquille.


— Gros Bec m’a dit que tu viendrais.

— Tu lui as parlé ?

— Par une corneille64 qui passe parfois par ici. Nous avons nos réseaux, entre animaux.

— Alors tu sais ce dont on a besoin.

— Un cadenas Durofer en fer forgé, sur une cage, chez un taxidermiste nommé Sordic. Trente secondes, pas plus, à condition que personne ne me dérange.

— Tu ferais ça ?


Noisette se lécha une patte avec soin, puis l’autre.


— Je n’aime pas les taxidermistes. Et Gros Bec est quelqu’un de bien : il m’a raconté des histoires de pays lointains, avec des arbres dont les feuilles font de la musique quand le vent souffle dedans. J’irai.

— Ce soir ?

— On ne peut plus attendre : la première représentation du cirque est demain. La porte de service sera ouverte ?

— On s’en occupera.

— Rendez-vous à l’entrée de la ruelle alors, à minuit.


Il disparut derrière le coffre avec la fluidité d’une ombre.

Ti'Lou, qui s’était accroupi pour observer le furet de très près, se redressa.


— Il s’appelle comment ?

— Noisette.

— Je l’aime bien. J’aimerais l’emmener à la maison.


Symane respira un grand coup. Elle avait ce qu’il lui fallait.

Ils allèrent ensuite à la plage, comme promis. Ti'Lou courut dans les vagues pendant une heure, ramassa des coquillages avec méthode, essaya d’attraper un crabe à mains nues, sans succès, le crabe étant apparemment au courant de la tactique, et déclara que c’était la meilleure journée de sa vie. Il avait déjà dit la même chose mardi dernier et le samedi d’avant, mais il était sincère à chaque fois.

Lovis, assis sur un rocher, écoutait Symane lui raconter le plan.


— Et si Sordic est là ?

— À minuit ? On fera diversion.

— Et si son chien est là ?

— Je lui parlerai.

— Et si la porte est verrouillée de l’intérieur ?

— Noisette passera par le toit.


Une vague vint mourir contre le rocher. Au loin, un pélican piqua dans les flots.


— Et moi, je sers à quoi ?

— Tu surveilleras la ruelle.

— Tout seul, dans le noir. Super.


Symane éclata de rire. Lovis rit aussi, un peu malgré lui, et la tension se dénoua. Ils aidèrent Ti'Lou à finir son château de sable.

Sur le chemin du retour, Ti'Lou prit la main de sa sœur, les cheveux pleins de sel.


— Symane, le furet, il nous aide vraiment à libérer l’oiseau ?

— Oui.

— C’est bien. L’oiseau, il doit avoir peur tout seul.


Elle le regarda. Il avait compris plus de choses qu’elle ne le croyait.


— Oui. C’est pour ça qu’on y retourne ce soir.

— Je viens aussi ?

— Non.

— Parce que c’est dangereux ?

— Parce que c’est l’heure où tu dors.


Il réfléchit, les yeux fixés sur les pavés.


— D’accord. Mais tu me raconteras demain ?

— Promis.


Ce soir-là, Ti'Lou s’endormit dans son assiette, ce qui faisait toujours rire son père, et leur mère le porta jusqu’à son lit sans le réveiller. Symane mangea sagement, aida à débarrasser en enfant modèle, souhaita bonne nuit à tout le monde et monta dans sa chambre. Encore une fois, elle ne dormit pas.


***


La lune se déplaça dans le carré de sa fenêtre. Minuit approchait.

Faisait-elle le bon choix ? Un grand doute se fraya un chemin dans son esprit. Et s’ils se faisaient attraper par le taxidermiste ? Elle n’avait pas envie de finir empaillée !

Elle secoua la tête. Elle n’allait pas commencer à avoir les chocottes comme Lovis ! Entre avoir peur et laisser Gros Bec finir en trophée, le choix était vite fait.

Elle se leva, s’habilla dans le noir et descendit l’escalier en enjambant les trois marches traîtresses. Son cœur battait plus vite que d’ordinaire.

Chapitre 8 – la grande évasion

Symane se glissa dans la ruelle, ses chaussures à la main pour ne pas faire de bruit, et s’adossa à un mur pour attendre. Une minute passa. Deux. Puis elle entendit des pas lourds et hésitants. Lovis apparut au coin, les joues rouges et le souffle court, comme s’il avait couru, ou peur, ou les deux.


— Merci d’être là, Lovis.

— Ne me remercie pas. Attends qu’on soit rentrés vivants.

— J’ai peur, avoua-t-elle.

— Toi ? Peur ?

— Je ne suis pas une héroïne. Parfois j’ai peur, mais je ne le dis pas. J’ai peur que tu trouves ça nul…

— Je crois que tu es la personne la plus forte que je connaisse. J’aimerais être comme toi.

— Toi, tu es bien plus courageux que moi : tu as peur, tu me le dis, et tu viens quand même. Merci.


Lovis ravala la boule qu’il avait dans la gorge et sourit.


— Bon, c’est pas tout, mais on y va ?


Ils prirent la direction de la rue du Mât-Brisé, serrés l’un contre l’autre. La nuit, les odeurs changeaient : le bois mouillé et les algues remplaçaient celles du marché.

Noisette les attendait à l’entrée de la ruelle du taxidermiste, assis sur une pierre, avec l’air de quelqu’un qui attend depuis cinq minutes et trouve ça un peu long. Autour de lui : le vieux chien du cirque, un petit singe aux yeux dorés, une belette brune, et deux chats de gouttière qui regardaient le ciel avec l’indifférence supérieure de ces animaux.


— Des renforts ? s’étonna Symane.

— J’ai fait passer le mot. Ce taxidermiste nous est antipathique65 à tous. Et puis l’idée de Gros Bec m’a semblé intéressante.

— Quelle idée ?

— Il m’a fait dire par la corneille qu’il avait une suggestion pour créer une diversion.


Symane fronça les sourcils. Gros Bec avait donc organisé sa propre évasion depuis sa cage ! Décidément, leurs réseaux étaient très au point.

Elle s’accroupit devant le groupe.


— Dites-moi.


Noisette parla. La belette ajouta un détail. Un chat désigna quelque chose d’un air expert. Le singe montra ses dents dans un sourire. Et Symane sentit quelque chose de chaud et de léger se déployer dans sa poitrine : le plan était non seulement réalisable, mais magnifique.


— Ils ont un plan, dit-elle à Lovis. Et il est sacrément bon.

— Okay… Mais tu ne me dis rien, c’est ça ?

— Ce sera encore mieux si c’est une surprise !

— Tu sais que je déteste les surprises, surtout quand on risque notre vie.

— Fais-moi confiance.

— D’accord. Je fais toujours la surveillance ?

— Oui, ça ne change pas.

— Parfait.


Cette confiance totale touchait Symane à chaque fois. Elle savait qu’elle allait parfois trop loin, et pourtant, il était toujours là.

Noisette entra le premier, coulant sous la porte de service comme de l’eau entre des pierres. Les deux chats le suivirent. Puis la belette. Le singe s’arrêta une seconde pour hocher la tête avec gravité avant de disparaître. Symane fit un clin d’œil à Lovis et entra à son tour, suivie du vieux chien du cirque. Lovis se cacha dehors, contre le mur, pour surveiller la ruelle.


***


L’arrière-boutique sentait la cire et la naphtaline66. La cage était toujours là. Gros Bec, perché et immobile, avait l’air d’une pièce de collection. Pendant un instant, Symane craignit qu’il soit trop tard. Mais ses yeux étaient bien vivants, et il fit un tout petit mouvement de tête.


— Tu es venue, dit-il très bas.

— Tu doutais de ma parole ?

— Les humains sont parfois… étranges.

— Je ne suis pas une simple humaine.

— C’est bien mon impression.


Noisette était déjà au travail sur le cadenas. Ses pattes bougeaient avec une précision que Symane n’aurait jamais crue possible chez un si petit animal.


***


Dehors, Lovis vit une lueur descendre l’escalier, à l’étage. Sordic ! Il approchait déjà, comme s’il avait senti quelque chose. Le cœur battant, Lovis fit un signe aux animaux à travers la vitre.


***


Chacun prit aussitôt sa place : les chats sur les étagères, le singe contre le mur, la belette dans un coin sombre, le vieux chien assis près de la porte. Tous immobiles, dans des poses que les animaux empaillés auraient pu avoir. C’était presque artistique.

Clic. Le cadenas tomba dans la patte de Noisette, qui le posa sans bruit. Gros Bec sortit lentement de sa cage, comme pour savourer67 chaque centimètre de liberté, et déploya ses ailes d’un blanc nacré68. Puis Symane l’entraîna derrière l’armoire avec Noisette, juste avant que la porte de l’arrière-boutique s’ouvre.

Sordic entra. Il portait une chandelle69 et un bonnet de nuit, réveillé par un bruit ou par une intuition70. Il s’arrêta sur le seuil et regarda ses vitrines avec les yeux ensommeillés de quelqu’un qui vérifie que tout va bien avant de retourner se coucher.

Tout avait l’air en ordre.


Sauf que.


Sauf qu’il avait eu l’impression, l’espace d’une seconde, que le chat à droite sur l’étagère avait cligné de l’œil. Mais non : les chats empaillés ne clignent pas des yeux. Il approcha la chandelle. Le chat ne bougea pas. Sordic hocha la tête et fit demi-tour.

Dans son dos, le chat tourna lentement la tête vers lui.

Sordic s’arrêta. Il n’avait rien entendu, rien vu. Et pourtant. Il se retourna. Les chats étaient immobiles. Le singe était immobile. Tout était immobile. Il se passa la main sur le visage : il avait vraiment besoin de sommeil. Il fit de nouveau demi-tour.

Et le vieux chien éternua.

Un tout petit éternuement, presque discret. Mais les chiens empaillés n’éternuent pas.

Sordic se retourna d’un coup. Deux chats le regardaient fixement. Le singe avait les bras dans une autre position. Et il était presque certain de ne pas avoir remarqué la belette en entrant.

La chandelle trembla dans sa main. Il y eut un silence. Puis le singe leva très lentement un bras et pointa un doigt vers le taxidermiste.


— MAMAN ! hurla Sordic. DES FANTÔMES !


Il lâcha la chandelle, pivota sur ses talons et s’enfuit à toutes jambes. Son gros chien, réveillé par le cri, le rejoignit en aboyant, et ils disparurent tous les deux dans la rue, dans un bruit de pantoufles et de griffes sur les pavés.

Il y eut deux secondes de silence.

Puis Symane sortit de sa cachette, Gros Bec à ses côtés, et tout le monde se retrouva dans la ruelle. Lovis pouffa. Symane éclata carrément de rire. Gros Bec produisit un son qui ressemblait beaucoup à un rire, et c’était un magnifique bruit. Les chats descendirent des étagères avec dignité. Le singe fit une petite révérence. Le vieux chien éternua à nouveau, cette fois exprès et fier de lui. Sous la lune, ils rirent pour de bon, d’un rire silencieux et secoué, qui mélangeait le soulagement et la joie.


— Des fantômes ! dit Lovis entre deux hoquets. Il a crié « Maman » !


Gros Bec, très satisfait, s’envola pour goûter l’air frais de la liberté.

Ce fut le singe qui rappela tout le monde à l’urgence. Il tira la manche de Symane : un doigt sur les lèvres, un geste vers le bout de la rue, puis l’imitation de quelqu’un qui écrit. Le mot pour la garde de nuit !

Symane sortit de sa veste un feuillet71 plié en quatre, qu’il avait rédigé72 à la hâte, d’une écriture volontairement déguisée : « Sordic, le taxidermiste de la rue du Mât-Brisé, détient73 illégalement des animaux vivants et travaille sans brevet de la Guilde74. Signé : un ami des animaux. »

Le singe glissa le feuillet sous sa chemisette et disparut dans les ruelles avec la fluidité d’une ombre.

Ils rentrèrent chacun chez eux. Noisette leur adressa un très bref signe de tête, le vieux chien bifurqua vers les lumières du cirque, et les deux chats étaient déjà partis. Les chats ne font pas d’adieux.


***


Le lendemain matin, Ti'Lou frappa à la porte de Symane avec l’enthousiasme de quelqu’un qui a dormi douze heures d’affilée.


— On a un truc à faire ce matin, dit Symane. Suis-moi.


Ils retrouvèrent Lovis sur des marches, d’où l’on voyait l’angle de la rue du Mât-Brisé. Il avait apporté une galette au fromage de chèvre : il apportait toujours quelque chose à manger quand il prévoyait une longue attente. Ils n’attendirent pas longtemps.

Deux gardes de Fierval, en manteau bleu foncé et badges de cuivre, entrèrent dans la boutique de Sordic. Il y eut des cris, puis Sordic ressortit, le bonnet de travers, les mains liées dans le dos, suivi de son gros chien qui n’avait pas l’air de s’en remettre non plus.

Lovis mordit dans sa galette.


— Mission réussie, dit-il la bouche pleine.

— On est les meilleurs, ajouta Symane.

— C’était lui, le méchant qui voulait faire du mal à Gros Bec ? demanda Ti'Lou.

— Oui, et maintenant il ne fera plus de mal aux animaux, répondit sa sœur avec un grand sourire.

Chapitre 9 – le spectacle

Le soir même, alors que Symane repensait à ces deux derniers jours dans sa chambre, Gros Bec vint se poser sur le rebord de sa fenêtre, tout calme, comme si c’était prévu.


— Gros Bec ! Tu es content de faire ton spectacle ce soir ?


Il tourna la tête et la regarda un long moment.


— Je suis content de tout. Le cirque. Les histoires que je pourrai encore raconter. Notre rencontre, et ce, malgré les circonstances.


Symane sourit.


— Tu reviendras me voir, parfois ?


Il lissa une plume de son aile gauche avec soin.


— Les corneilles savent où je suis. Et tu sais parler aux corneilles.


C’était une réponse à la manière de Gros Bec : ni oui ni non, mais avec quelque chose dedans qui ressemblait à une promesse. Symane décida que ça suffisait.

Convaincre ses parents d’aller au cirque fut plus facile que prévu. Symane avait préparé un discours, des arguments, et même des contre-arguments aux contre-arguments. Mais quand elle dit que le Cirque du Sud donnait sa grande première ce soir et qu’il serait dommage de rater ça, son père répondit simplement :


— Bonne idée ! Je demande à la maman de Lovis si elle veut venir aussi.


Symane regarda Ti'Lou. Ti'Lou lui rendit son regard, aussi étonné que quelqu’un à qui une porte s’est ouverte toute seule.

Sous le chapiteau, des lanternes de couleur pendaient entre les mâts, et l’air sentait les noisettes grillées et la sciure75 chaude. Le papa de Symane acheta un cornet de noisettes à une fille de la troupe qui passait dans les gradins76. Symane et Lovis s’assirent côte à côte.


— Tu penses que Noisette va nous voir ? murmura Lovis.

— Bien sûr ! Et les autres aussi.

— Et si nos parents remarquent que les animaux nous regardent ?

— Aucun risque. Pour eux, c’est normal : ce sont des animaux de cirque qui regardent le public. Les adultes voient ce qu’ils s’attendent à voir, de toute façon.


Lovis trouva cette dernière phrase très pertinente77.

La musique commença, à la fois guillerette78 et dramatique, le genre qui fait battre le cœur un peu plus vite. Le vieux chien ouvrait le cortège79, plus droit et plus solennel80 que jamais, avec la dignité d’un général au défilé. En passant devant leur rangée, il ferma les deux yeux une fraction de seconde : un clin d’œil, à sa façon.

Vinrent ensuite les deux chats, qui firent leurs acrobaties avec une nonchalance81 totale, sautant d’un perchoir à l’autre comme si la chute n’était pas une option. L’un d’eux fixa Symane et cligna lentement des yeux. L’autre regarda ailleurs avec une suprême indifférence, mais le bout de sa queue bougea comme un salut.

Le singe arriva dans un tonnerre d’applaudissements, en chemisette rouge et petit chapeau. Il jonglait avec trois balles et sautait d’un trapèze82 à l’autre. En passant devant Lovis, il posa un doigt sur ses lèvres avant de lui faire un petit salut. Le garçon comprenait le petit sage lui aussi, à sa façon.

Noisette entra à son tour, annoncé comme « le plus grand crocheteur de cadenas du monde connu ». Sous les yeux stupéfaits du public, il ouvrit sept cadenas en moins d’une minute, les yeux bandés. Puis il se tourna vers les enfants, inclina la tête avec l’élégance d’un artiste qui reconnaît son public, et eut un très léger sourire de furet.

Ti'Lou se dressa debout sur son banc et applaudit de toutes ses forces.


— C’est mon ami Noisette !

— Ti'Lou, dit sa mère.

— Je le connais vraiment !

— Assieds-toi ! chuchota Symane en tirant sur sa veste.


Il se rassit, rayonnant, les joues roses.

Il y eut encore un jongleur de feu, et Lovis recula un peu sur son banc, par principe. Puis Belzar fit le tour de la piste avec une solennité royale, en dédaignant83 le public entier, ce qui déclencha une vague de rires. Un homme cria : « Belzar ! » et le chameau se tourna vers lui avec l’expression de quelqu’un qui n’était pas préparé à ça. Symane faillit s’étouffer.

Puis les rideaux se fermèrent, et la musique devint plus lente, plus majestueuse. Le maître de cérémonie84 s’avança au centre de la piste.


— Mesdames, messieurs, habitants de la belle ville de Fierval ! Pour clôturer cette première soirée, voici l’oiseau le plus rare que nos voyages nous aient permis de rencontrer. Venu des îles lointaines des Mergia, il vole libre, il pense, il observe… et parfois, il parle ! Voici Gros Bec, le grand cacatoès d’argent !


Les rideaux s’ouvrirent et Gros Bec entra, sur un grand perchoir doré porté par un employé. Ses ailes, déployées juste assez pour qu’on devine leur envergure85 hors norme, captaient chaque lanterne dans des reflets d’argent. Sa crête86, jaune d’or sur fond blanc, était dressée, et il regardait la foule avec le calme d’un roi qui inspecte ses sujets87.

Personne ne parlait. La maman de Lovis chercha son mouchoir. Ti'Lou avait les yeux si grands qu’ils remplissaient tout son visage.

Symane frissonna : le frisson de quelqu’un qui a failli perdre quelque chose de précieux et qui le retrouve, libre, sous les lanternes.

Gros Bec s’envola et fit lentement le tour de la piste, saluant à droite, saluant à gauche. Quelqu’un lui tendit une noisette ; il se posa sur la balustrade88 et l’accepta avec la dignité d’un roi qui reçoit un tribut89. Puis il passa devant les bancs des enfants et s’arrêta. Il tourna la tête. Ses yeux croisèrent ceux de Symane.

Et il dit, très clairement, d’une drôle de voix de perroquet qui porta jusqu’au fond du chapiteau :


— Maman ! Des fantômes !


Il y eut une seconde de silence.

Puis toute l’assistance éclata de rire, les adultes, les enfants, tout le monde. Le maître de cérémonie écarta les bras avec le sourire de quelqu’un qui s’attribue le mérite de quelque chose qu’il ne comprend pas. Ti'Lou faillit tomber du banc tellement il riait.


— Mais pourquoi il dit ça ? demanda la maman de Lovis.

— Les cacatoès répètent ce qu’ils entendent, il me semble, répondit le papa de Symane. Quelqu’un a dû lui apprendre.

— C’est certainement ça, ajouta Lovis en cachant son sourire, avant d’enfourner une poignée de noisettes grillées.


Symane, elle, regardait Gros Bec. Il ne riait pas, mais il y avait dans son regard une profonde satisfaction, et peut-être aussi de la gratitude90. Il inclina très légèrement la crête vers elle. Symane hocha la tête en retour.


— C’est lui qui a le dernier mot, souffla Lovis.

— C’est normal, dit Symane. C’est son histoire.


Les applaudissements montèrent jusqu’en haut du chapiteau, où les lanternes se balançaient doucement dans l’air chaud.

Il y a des aventures qui finissent comme ça : en lumière, en bruit, en rires partagés qu’on n’explique pas aux adultes. Personne ne saurait jamais que c’étaient eux qui avaient prévenu la garde, qu’un furet avait crocheté un cadenas et que des animaux immobiles avaient fait fuir un homme en bonnet de nuit.

C’était très bien comme ça.

Les meilleures histoires ne sont pas toujours celles que l’on raconte.


FIN

Glossaire

1Qui n’a pas peur de grand-chose et prend parfois des risques de façon imprudente

2Atelier du cordonnier, qui fabrique et répare les chaussures

3S’esclaffer : éclater de rire bruyamment

4Un maquereau est un petit poisson de mer qu’on peut manger froid, en salade.

5Espiègle : malicieux, qui aime faire de petites farces sans être méchant

6Une tradition

7Avoir de la connivence avec quelqu’un : être très complice avec cette personne

8Piaffer : taper des pieds sur place parce qu’on est impatient, comme le fait un cheval

9Résigné : qui accepte quelque chose sans protester, même si ça ne lui plaît pas vraiment

10Une échoppe est un petit magasin

11Un armateur est un chef d’entreprise qui achète des bateaux et les fait naviguer pour transporter par exemple des marchandises.

12Attachés

13Musculeux : avec des muscles, musclé

14Une redingote est une sorte de manteau long et un tricorne est un chapeau qui a trois pointes, d’où son nom.

15Être enjoué : manifester de la joie, de la bonne humeur, de la gaieté

16Arborer : afficher, montrer

17Garni d’ornements aux couleurs éclatantes

18Un forçat : autrefois, un prisonnier obligé de faire des travaux très durs. Ici, ce sont les artistes qui portent les lourdes caisses, les uns derrière les autres

19Un chapiteau est la grande tente d’un cirque

20Une massue de jongleur est un objet en bois, gros d’un côté et fin de l’autre, que les jongleurs se lancent en l’air

21D’une voix forte et assurée

22Mépris : sentiment de quelqu’un qui pense que les autres ne valent pas grand-chose et qui les regarde de haut

23Qui ne fait pas d’effort

24Déguerpir : partir très vite, se sauver à toute vitesse

25Interlocuteur : la personne (ou l’animal) à qui on parle

26Un cacatoès appartient à la grande famille des perroquets.

27Le clou du spectacle : le moment le plus attendu et le plus impressionnant

28S’offusquer : se fâcher parce qu’on trouve que ce n’est pas juste ou pas correct

29Un forain : une personne qui travaille dans un cirque ou une fête foraine

30Fiasco : échec

31Les serres : les griffes puissantes d’un oiseau

32Jonchée : recouverte

33Irisées : qui brillent de plusieurs couleurs, comme l’arc-en-ciel

34Un dompteur : quelqu’un qui dresse les animaux sauvages, comme les lions, et qui s’en occupe dans un cirque

35Capituler : finir par céder, accepter d’abandonner

36Un mijoté : un plat qui cuit longtemps et doucement dans une casserole

37Avec de l’ail

38Bedaine : gros ventre

39Une ardoise : ici, un tableau noir sur lequel on écrit à la craie

40Les fourneaux : la cuisinière, l’endroit où l’on fait cuire les plats

41Voûté : dont le dos est un peu courbé

42Un gourmet : quelqu’un qui aime la bonne cuisine et qui sait la juger

43Perspicace : qui comprend très vite les choses. Ici, Symane plaisante : la réponse était évidente, elle se moque gentiment de Patoune

44Délibérée : faite exprès

45Auditoire : les personnes qui écoutent

46Les babines : les lèvres d’un animal, ici celles du chat

47Boiter : marcher de travers parce qu’on a mal à une jambe ou qu’elle est plus faible

48Un ange passe : expression qu’on utilise quand un grand silence s’installe d’un seul coup dans une conversation

49Un caniveau : le petit canal au bord de la rue par où s’écoule l’eau de pluie

50Au plus offrant : à la personne qui propose le plus d’argent

51Une longe : une longue corde ou une longue lanière qui sert à attacher un animal

52Espèce d’algue de bord de mer

53Un billot : un gros bloc de bois

54Faire la causette : bavarder tranquillement

55Une enclume : un énorme bloc de fer sur lequel les forgerons tapent avec leur marteau

56Le pommeau : le bout arrondi d’une canne, là où l’on pose la main

57Faire volte-face : se retourner brusquement

58Irrépressible : impossible à retenir

59L’avoine : une céréale qu’on fait cuire dans de l’eau ou du lait pour en faire une bouillie

60Un aristocrate : une personne de la haute société, souvent très fière de son rang

61Une roulotte : une petite maison sur roues qu’on tire pour voyager

62Cordes

63Histoires de cape et d’épée : des récits d’aventures avec des duels et des héros courageux

64Une corneille : un oiseau noir, cousin du corbeau

65Antipathique : détestable

66La naphtaline : un produit à forte odeur qu’on met dans les armoires pour éloigner les mites

67Savourer : profiter de quelque chose lentement, en prenant le temps d’apprécier

68Nacré : qui brille avec des reflets doux et lisses, comme l’intérieur d’un coquillage

69Une chandelle : une bougie

70Une intuition : l’impression de savoir ou de sentir quelque chose sans pouvoir l’expliquer

71Un feuillet : une feuille de papier

72Rédiger : écrire un texte

73Détenir : garder quelqu’un ou quelque chose chez soi, de force

74Un brevet est un papier officiel qui donne le droit de faire un métier. La Guilde est l’association des artisans de la ville, qui fixe les règles de leur métier

75La sciure : les petits copeaux de bois qui tombent quand on scie du bois

76Les gradins : les rangées de bancs où le public s’assoit, comme des marches

77Pertinente : qui tombe juste, qui est très bien vue

78Guilleret : joyeux et plein d’entrain

79Un cortège : un groupe de personnes ou d’animaux qui avancent les uns derrière les autres pour un défilé

80Solennel : très sérieux et plein de dignité, comme pour une grande cérémonie

81Nonchalance : manière de se comporter tranquille et détendue, sans se presser

82Un trapèze : une barre suspendue en l’air, sur laquelle les acrobates se balancent

83Dédaigner : ne pas s’intéresser à quelqu’un ou à quelque chose, le trouver trop peu important

84Le maître de cérémonie est la personne qui présente le spectacle au public

85L’envergure : la largeur d’un oiseau quand il déploie ses ailes

86La crête : les plumes dressées sur le dessus de la tête de certains oiseaux

87Les sujets d’un roi : les habitants de son royaume

88Une balustrade : une petite barrière qui entoure un balcon, un escalier ou, ici, la piste

89Un tribut : un cadeau qu’on offre à un roi pour lui montrer son respect

90Gratitude : sentiment de remerciement envers quelqu’un qui nous a aidé


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