quand êtes-vous la plus Réelle
Qui pourrait, et de quel droit, déterminer en quoi
que ce soit l’Essence qui vous habitera :
l’Essence de la Folie et les Rêves
gireraient tout autour de vous, en vous
ou bien l’Essence du Réel et la Matière sûre
et palpable ornerait la cimaise de votre corps ?
Non, les choses ne sont pas si simples
et vous n’ignorez nullement que les catégories,
les divisions de tout ce qui vient à nous
sont une simple « Ruse de la Raison »,
un peu de poudre de perlimpinpin,
une pincée d’achillée mille-feuilles, astuces
qui n’ont pour but que de vous égarer, de vous faire
« prendre des vessies pour des lanternes ».
Sans doute, avez-vous maintes fois
éprouvé l’expérience de l’illusion.
Ce, qu’au loin, vous preniez
pour une forme humaine,
n’était en réalité qu’un spectre,
un arbre ou bien une haie,
que le brouillard nimbait
et métamorphosait
à vos yeux crédules.
Ainsi l’Arbre-Vérité
était l’équivalent
de l’Homme-Mensonge.
Apercevez-vous, La Bleue,
combien le fil est ténu qui sépare
une vision nette d’une vision erronée,
la Vérité de l’Erreur,
la Réalité du Songe ?
Toujours, vous avancez, nous avançons
sur cette mince ligne de crête qui,
tantôt se donne sous la Lumière de l’Adret,
tantôt sous l’Ombre de l’Ubac.
Oui, vous tressaillez,
oui, vous frémissez
et ce Bleu qui se décolore,
passe par toutes ses intimes nuances,
teinte qui décroît s’altère successivement
BARBEAU
COERULEUM
CIEL
DENIM
ÉLECTRIQUE
DE FRANCE
pour s’abîmer dans
la TURQUOISE
laquelle cède déjà au VERT
ce qui constituait sa nature,
sa forme première dont on pensait
qu’elle était fixe pour l’éternité.
Alors, La BLEUE,
quand êtes-vous la plus Réelle,
quand êtes-vous le plus dans votre Vérité,
quand êtes vous en vous sans débord,
sans compromission ?
Et cette teinte TURQUOISE
que vous arborez si fièrement,
n’est-ce déjà du SONGE, donc de la FOLIE
qui sinue parmi le lacis de votre cortex,
y allume ses feux de Bengale,
y tire ses salves de joyeux artifices
alors que vos bras et vos jambes sont pris
d’une épileptique dans se Saint-Guy ?
N’est-ce ceci que vous vous êtes
toujours refusée à admette,
sous la férule du souverain Principe de Raison ?
Il vous encageait, il soumettait votre esprit
aux vertus muriatiques d’une sacro-sainte Vérité
dont il ne vous fût jamais venu à l’esprit
de le remettre en question,
d’instiller en son derme
ce que vous considériez
tel le poison du doute.
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