Chapitre 9
Plus d’une centaine de personnes bougeait, sautait, dansait, et au fond, une scène surélevée était occupée par un groupe de musique. Batterie, guitare, basse, chanteur, Cassie les vit mais ne s’arrêta pas sur eux. Elle s’arrêta sur la personne qui était à côté du chanteur. Une personne qui vivait le moment avec passion, comme en transe. Une personne qui interprétait la musique en chansigne. La gorge de Cassie se serra. Elle avait vu des concerts en chansigne sur internet, mais jamais en vrai. Les vibrations habitaient son corps tout entier, et le chansigne donnait un sens à tout cela, magnifique. Elle sentit un contact sur sa main, et tourna la tête. Loris la regardait en souriant, floue à travers les larmes. Elle savait exactement ce que ressentait Cassie en ce moment. La musique était une des formes d’art et de culture qui leur était inaccessible, elles n’avaient pas la moindre idée du son que faisait un violon, de la différence entre un piano et un saxophone, ce n’étaient que des formes, des couleurs, mais elles en ignoraient le son. Le chant n’avait aucune signification pour elles, mais là, tout prenait sens. Tout s’éclairait. Et c’était beau, si beau.
Sulej se rapprocha, un verre dans chaque main, et les leur tendit en souriant. Il posa un baiser sur la tempe de Loris et leur fit signe d’avancer. Cassie sirota son verre, excessivement sucré, en s’approchant de la scène. De chaque côté de la scène, de grosses enceintes pulsaient au rythme de la musique. Sulej glissa des bouchons dans ses oreilles pour les suivre, et Cassie remarqua que la foule était moins dense juste devant les enceintes. Elle reconnut une artiste de la colline des Pères qu’elle avait déjà croisée aux archives lorsqu’elle étudiait un courant spécifique. Elle se souvenait d’elle moins par son physique extravagant que par son remerciement en signe lorsqu’elle lui avait tendu l’ouvrage. Cette enceinte était tournée de telle façon que les gens qui lui faisaient face voyaient la scène, et pouvaient profiter de la chansigneuse et des vibrations en même temps. Cassie dansait en rythme, sans même s’en rendre compte, absorbée, transcendée, ignorant le temps qui passe.
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