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Solitude
Fiction
Poetry and Songs
calendar Pubblicato 27 set 2026
calendar Aggiornato 27 set 2026
time 3 min
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Solitude



La solitude, chapelle invisible d’autel et de feu, veillait sur mon enfance malgache comme une flamme sans cendre. Elle versait dans l’air une clarté blessée, une aurore immobile, et le temps lui-même, depuis son premier battement, semblait n’avoir été créé que pour me faire entendre la voix du manque.


J’étais seul.

Non de cette solitude ordinaire qui passe, mais de celle qui s’enracine dans l’être, qui prend la chair, la mémoire, le souffle, et les transforme en désert intérieur.

Je n’avais ni l’art, ni la langue, ni l’asile où déposer ce vide en marche ; il brûlait doucement ce qui demeurait d’humain en moi, et mes yeux n’étaient plus que des éclats farouches, des fragments de nuit frappés par une lumière rongeuse.


Il faudrait parler de l’ouragan du solitaire, de cette tempête sans horizon qui traverse l’âme avant même qu’elle sache son nom.

Mais aucun baiser ne se penchait sur le ravin sinueux de ma mémoire ; aucune main ne venait refermer la plaie d’où s’écoulait mon enfance comme une eau perdue.

On me dit peut-être élu.

Je ne l’ai compris qu’après, quand le jour s’était déjà mal accordé à mon passage, comme si mon premier cri avait manqué la musique du monde. Car c’est dans les premiers pas que les rossignols donnent leur chant le plus pur à la lyre scintillante des noces bleuâtres, et déjà j’étais du côté de l’absence.


Pourtant j’aspire à la retrouver.

Une femme ? Peut-être.

Ou bien cette présence sans visage qui aurait pu faire de ma solitude l’histrion invisible de l’être, la figure secrète qui tient ensemble la blessure et la grâce.

Je la devine dans le tissu lointain des nénuphars qui s’irisent hors du tintamarre des ondes, là où le monde, enfin, cesse de se dévorer lui-même. Dans cet ailleurs plus doux que l’enfer humain, excité, névrosé, tremblant sous ses propres éclats, quelques chutes de martins-pêcheurs suffisent à troubler l’équilibre des fils argentés du printemps.


Alors la solitude n’est plus seulement un gouffre : elle devient une nef.

Elle porte, sous sa voûte obscure, l’écho des enfants d’avant le monde et des amants de l’extrême futur ; elle recueille ce que les siècles ont brisé, ce que les bouches ont tu, ce que les mains ont manqué.

Et dans son centre immobile, plus haute que la douleur, plus fragile que l’aube, persiste une flamme : mon désir, ton absence, notre rencontre ajournée, le chant suspendu des rossignols au bord d’une lyre que nul encore n’a osé toucher.

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