OBSERVATOIRE
De mon observatoire, assis tous les jours, j’assiste solennellement, journalièrement, obséquieusement. J'assiste, je me fixe, je pars. Bref, je ne le quitte plus.
Seul, point de repère de ma vie actuelle qui est tant épuisée, entièrement , il reste mon endroit où se mêle satisfaction, plaisir et voyages tout azimut. Mon corps reste, mon âme s’échappe. Ne souhaitant pas l’emmurement, escapade m’est accordée et se veut vitale. Malgré une opacité environnante, ce lieu par son existence comble un manque que l’avidité orgiaque, la richesse en son symbolisme ou toute autre ne pourrait compenser, combler, acheter, me faire récupérer.
Je me réveille en ce matin hâtif et regard le jour se lever. Il est toujours prêt avant moi. Habillé de ses apparats de la nouveauté, lavé des horreurs de la veille, rasé des soucis antérieurs, il se présente toujours avec une lueur de questions que la nuit amènera en réponses. En cet instant, il pleut. La pluie tombe. En fait pour moi, elle ne tombe pas, elle apparaît. Elle réapparaît en retournant d’où elle vient; la terre sa complice en procréation de vie. Les gouttes ont une forme particulière. La température la définit avec rigueur de circonstance. Fines, grosses qu’importe de toute façon, elles, toutes qu’elles soient, viennent lécher mon observatoire. Elles le lavent des souillures extérieures qui voudraient m’obstruer la vue. Parfois, elles frappent, s’écrasent sur mon observatoire.
Le vent est le coupable tout désigné. Complice dans la course des nuages avec les astres, il ordonnance la pluie. Alors, il chahute les gouttes afin qu’elles tombent plus vite. Des sons lourds et opaques se manifestent bruyamment. Un concert de tambours miniatures rythment ma vision en enchantant mes oreilles. Le désordre voudrait qu’elles tombent en bloc, d’un coup. Il en est autre. Parsemant en ondes, leur arrivée respective en bruit continu est l’amalgame de plusieurs d’elles. Les dociles tombent par tranche, en rythme. Elles tombent, point. Retour immédiat aux origines. Enfin, immédiatement, c’est rapide de le dire. Le point de chute définit la rapidité du parcours. Le toit de la maison est leur pire parcours. Parfois des centaines se feront enfermer dans des robinets, d’autres patienteront la venue de l’été dans une barrique afin de se trouver dispersées dans un jardin. Et puis, il y a les rebelles; les gouttes à gouttes. En tempo, qu’elles seules choisissent, elles défilent. Oui, ces dames défilent au son d’un plic-ploc de circonstance bien à elles. Chaque goutte a son bruit, sa tonalité. Une vraie diversité est derrière cette symphonie. La température, la provenance de l’eau, la pression atmosphérique sont les arrangeurs, les ingénieurs du son. Toute goutte a son propre son, son bruit, son cri lorsqu’elle s’écrase. Alors, elle ruisselle en respect de nulles conditions d’aiguillage. Nul déterminisme. Seule la loi de la probabilité gouverne en despote. Ayant vécue en goutte, elle se transformera en ruissellement pour atteindre la fin de son chemin. Celui-ci toujours frayé, contournera, passera là où on ne l’attendait pas. Prendre la forme de ce qui la contient, la goutte d’eau sait le faire. De ce ruissellement naîtra un cheval, une horde, une harde. Et après plusieurs périples une majorité d’entre elles, elles gouttes d’eau, rejoindront la grande goutte d’eau. Alors, elles s’y fondront dans. Des gouttes de pluie, j’en ai connu et même des gouttes d’eau, de rivière et tant d’autres … Mouillé, trempé, je l’ai été. Aujourd’hui, je suis bien sec. Je profite du spectacle sans pouvoir les toucher. Pourtant accoudé, j’aimerais que cette goutte me touche. Seuls mes yeux essayent de la suivre. Enfant, je rentrais trempé jusqu’au os. Je sautais dans les flaques parsemant le chemin vers la maison. Que de joie dans mes sauts me conduisant à la saucée assurée; quel plaisir de se mouiller. Je rentrais entièrement trempé avec un sourire effronté. Après un virulent séchage maternel, je me couchais enrhumé et grelottant mais toujours enfant. Plus tard, adulte, j’ai remarqué que les gouttes d’eau de pluie ont un goût si différent. En exemple, celles d’Amazonie ont un réel goût sucré qui vous reste en bouche. Celles d’Ethiopie ont un réel goût de sacré qui vous reste en bouche. D’une d’elles je me délectais des autres je revivais. Aujourd’hui la ballerine m’invite à danser avec elle. Ne pouvant chaussures lier à mes pieds, de mon observatoire, je regarde et écoute la pluie tomber. Mon corps résiste facilement à la tentation car maintenant de sucre il est fait. La pluie tombe, virevolte en toute liberté comme les larmes sur mes joues ridées. La pluie occupe bien trop de place; il faut la faire partir. Le vent va s’en occuper, lui. Il arrive !
Il va s’en occuper, lui, le vent mais sous quel manteau aujourd’hui ? Devant son dressing, il doit hésiter. Vent doux et léger; pondération et prévention seront actées. Les nuages de pluie seront guidés, accompagnés vers d’autres terres. Frivole, fripon, il est communément appelé brise. Légère, douce, elle a son charme. Elle, enfin lui, je l’affectionne. Me tournoyant autour, elle me décollait mes cheveux en les frottant, en les entremêlant. Une bourrade douce amicale était son geste. Également se faufiler dans ma barbe et mes vêtements. Ah mes vêtements, elle les fouillait avec tellement de douceur qu’elle m’en chatouillait. Un peu comme les enfants du Magreb … ils vous courent autour lorsqu’ils vous accueillent en leur village. Dans mon pays, personne ne le fait. L’étranger n’y est pas célébré. L’humanisme a ses frontières propres. La civilisation n’est point progrés; elle est conjuration. Ces enfants me fouillaient les poches, me sautaient autour, riaient en chantant comme la brise fait. A eux, je distribuais des bonbons en bon occidental sucré. Ils me touchaient, s’intéressaient à mon être jamais vu parmi eux.Peut-être aujourd’hui vent fort, style cyclone voire tornade; de l’express de centrifugeuse. Lui, je le regarde avec recul, peur et méfiance. Il reste une brute sanguinaire brisant tout sur son passage et ne portant nulle attention. Il se croit dans le maintien de l’ordre par la destruction, par anéantissement de tout ce qui se trouve sur son passage. Il me fait penser à ces hordes de CRS qui nous chargeaient dans les pays de l’est. L’agressivité pure contre le mouvement muet et transparent. D’ailleurs, ce dernier existe toujours sous ma peau. Ces coups arrivaient en rafales, faisaient un détour et revenaient avec la même hargne. Du coup par coup ou en rafale comme ses enfants d’Afrique Centrale en sont tombés. Figés enfants à jamais, le corps mutilé au fond d’un fossé, ils y dormiront à jamais. Tout compte fait, cela sera vent doux. Les nuages légers se porteront en groupe changeant
allègrement de forme. C’est des nuages d’un gris très clair. Ils sont conciliants, à l’écoute et laissent leur place avec confrérie. Au début, ils sont gris, bien gris. Nous pourrions dire qu’ils sont tristes. Chargés d’eau, ils avancent peu vite, non pas de forme particulière. La tristesse noie les individus en eux-mêmes. Ainsi, elle coupe de tout sauf d’elle même. Cette bougresse n’est jamais à la traîne. Une fois que les nuages déversent leur eau de pluie, le sombre gris s’étiole en place d’un gris plus frivole. D’un ton clair, les nuages ne cachent pas leur tristesse; ils montrent leur joie. Au firmament de cette dernière, ils sont tout blancs. Blanc comme un onctueux lait d’où une douce et sirupeuse odeur s’échappe. En y pensant, le goût du lait m'apparaît en bouche; je ne l’ai pas oublié. Ces nuages là sont cotonneux. Du vrai coton doux, moelleux. Ils prennent diverses formes et sont ainsi revêtus d’un nom latin. Pourquoi leurs donner un nom sérieux, froid ? L’enfant que je suis encore, s’arrachait les cheveux à les retenir. La rêverie était tuée, sacrifiée sur l’autel du savoir; savoir en lieu de ressentir! Je chaussais mes godillots pour un course folle avec eux. Et me couchant dans l’herbe haute, je les nommais à ma façon. La plus forte contemplation fût au Pérou. Je les regardais avec mes yeux d’enfants, que j’ai toujours d’ailleurs, en leur découvrant de nouvelles formes. L’imagination me faisait voir ce que mes yeux ne pouvaient entrevoir. Ma douce compagne est toujours là et elle me fait autant voyager ancré dans cette terre que je ne veux quitter. Soudain, mes yeux m’ont alerté. Les nuages blancs faisaient place au maître de cérémonie; le soleil. Tout le monde peut le voir et ne peut le regarder fixement. Même pour les noctambules, il est là à condition qu’ils acceptent la course avec lui, qui ne sera jamais gagnée disons le. Comment cet astre peut-être aimé ou haï, idolâtré ou rejeté par les hommes. On ne peut pas plaire à tout le monde malgré que sans nous ce monde n’existerait pas. En Egypte, je le détestais. Il me brûlait la peau, asséchait ma gorge en me fatiguant énormément. J’avais beau lui demander de reculer poliment mais il ne bougeait pas. Les pyramides m’ont protégé plusieurs fois. En Islande, je m’en délectais. Six mois de nuit et il se présentait. Là, je lui demandais d’avancer mais il ne bougeait toujours pas. J’espérais que mon jardin puisse recevoir ses rayons honorifiques afin que la vie naisse, grandisse tout en sachant qu’elle doit mourir. Le soleil lèche ma ligne d’horizon. Il se cache furtivement, lentement, m’offrant ainsi des derniers rayons de vie. Aujourd’hui, c’est la fournaise. Je veux dire qu’elle est là. Lourde, moite, sourdine, sournoise. Elle a mis son manteau de plomb pour mieux me peser; je ne peux réagir, lutter. Elle me cloue, me crucifie en mon tombeau. Je suis St Georges contre le Dragon. Et d’épée, je n’ai. Mais d’un climatiseur, je mets. Ah mon ennemie, te voilà vaincue ! La chaleur a toutes les tenues. Au Vietnam, elle mettait sa robe d’humidité et se promenait ainsi. Bien au ras du sol, elle ne pas décoller. La végétation l’aimait, je la maudissais. Alors elle se fatiguait et son ardent camarade entrait en scène. Mesdames, Messieurs à tambours battants et lumière flashante voici l’orage. Grommelant tel un vieux misanthrope ou je ne sais quel ermite, il bousculait les nuages. En sacré bagarreur, il frappait tout sur son passage. Il faisait peur aux enfants et surtout aux moutons. Un partait en courant et tout le monde suivait. C’est ainsi que je fûs allègrement en Nouvelle Zélande. L’orage jouait avec eux. Un coup à droite, un coup à gauche et au fond … Troupeau qui court, homme piétiné suggère que l'homme se venge par le barbecue accompagné par une bonne boisson glacée.
De la grêle est tombée; la pluie a rencontré la styliste température. Elle lui a dit de changer de tenue car celle-là n'est pas de circonstance. De la glace qui tombe du ciel. A elle, potager, toitures, vitres et têtes de passants. Elle est venue me cogner la tête à la Tour Eiffel. Oh, il ne me restait que peu de cheveux; je dirais qu’elle a enlevé les derniers. Maintenant, les médicaments m’enlèvent réellement les derniers. Et oui, le jour se finit. Le rideau tombe. C’est l’entracte du théâtre. La vie est un théâtre. Les spectateurs changent. Les acteurs changent. La scène demeure et moi je reste. Ce soir, oui ce soir, que des actrices. La nuit est lieu et moment de féminité. Se draper pour mieux charmer. En actrice principale, la lune. De New York à Rio, de Durban à Londres, de Tokyo à Sydney, je vous confirme que c'est la même. Féminine, sensuelle, envoûtante, aguichante et d’autres encore … Je n’arrive pas à imaginer une femme qui soit pâle copie de mon amoureuse nocturne. Elle est sûrement la réponse pour le poème de Paul VERLAINE et de son rêve pénétrant …
Ce soir, elle veut me charmer. Elle s’est habillée d’un voile. Oh pas trop, c’est juste ce qu’il faut. Un voile nommé brouillard; idée d’un nom de parfum …A brouillard présent, j’éprouve des difficultés à saisir les formes de la lune. Cet usurpateur de scène vient de faire son entrée. J’ai des difficultés à voir la lune. le brouillard s’épaissit au fur et à mesure. j’ai souvent songé que c’était ma vue qui se floutait, qui se couvrait d’un brouillard. De ce brouillard s’échappe du blanc. C’est un blanc qui fond. De la neige tombe. Elle vient recouvrir le sol comme à Stalingrad, elle en cache le sol. La place Tian'anmen est céleste sous la neige; toutes les traces de chenilles sont recouvertes, immaculées. N’empêche que cette neige tombe bien drue! Un rideau qui s’épaissit et qui domine le brouillard. Le rideau de fin de spectacle. Mieux blanc que rouge, il se fige, se fixe devant moi. Le gel entre en scène avec la glace; le frère et la soeur. Combien de fois ces deux garnements ont recouverts mes trous de pêche sur la banquise. Ça est le rideau est figé gèle blanc signifiant la fin de tout. La lumière s’est tût au profit de l’obscurité. L’une s’est volatilisée, l’autre éternisée; le silence fait mesure. De mon observatoire, j’assiste solennellement, pieusement à l’égrennement de mes derniers grains de vie. Vous savez c’est la première fois que je possède un observatoire. Avant, je m’arrêtais et j’observais. Les pieds un peu sur terre, la tête toujours en l’air, les jambes soutenantes, les bras vers le ciel et l’inconnu. Maintenant, allité, mon tombeau de fer et de plastique remplace la nature. Des tuyau de diverses poches sont mes derniers camelbaks. Ne pouvant plus m’enneiger, me mouiller, me brûler, me faire chaud, me faire froid, me faire souffler, je laisse la vie s’amuser un dernier tour empli d’envie et de regrets. Je reconnais que je suis trempé et brûlé par cette fièvre qui me fait des coups de chaud et de froid. Mais ce n’est pas pareil, la joie n’est pas là. Mon corps se sèche et tout courant d’air lui serait fatal. Mes yeux sont couverts de brouillards et la gelée arrive.
Mais il me reste ma fenêtre. La fenêtre qui fait face à mon lit; impossible à ouvrir, fermée à vie. Je ne pensais pas avoir un jour, juste pour moi, une fenêtre sur le monde.
Et je réalise qu’il reste le même et que même si je m’y accroche, je ne pourrais l’accompagner dans sa fin proche.
Diogène de mes pensées ...
Écrit d'un auteur qui a voyagé et qui fait une introspection de surface; n'allons pas en profondeur.
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