Défense de fer
Défense de fer
La structure psychologique de Herta Brigitte Bertel (1943-2024)
La vie de Herta Brigitte Bertel a été marquée par une performance de survie héroïque mais figée, qui peut être appréhendée par la psychanalyse et la science des traumatismes comme suit :
Le noyau gelé et le Moi-survie En raison de l'expérience traumatique précoce en tant qu'enfant placée (Verdingkind) – marquée par le délaissement affectif, la dureté existentielle et le travail exploiteur – aucun Moi stable et intégré ne s'est formé. Au lieu de cela, une structure de défense rigide a émergé, faisant office de Moi-survie. Les affects massifs de honte, de peur et de colère n'ont pas pu être traités psychiquement et sont restés isolés dans le Ça sous forme de fragments non maîtrisés et clivés. Cet état s'apparentait à un « noyau gelé », fixant la personnalité toute sa vie dans une intemporalité traumatique.
Le narcissisme comme armure et l'ascension sociale L'ascension sociale ultérieure, le mariage avec un médecin et l'acquisition de propriétés ne constituaient pas une guérison intérieure, mais servaient d'armure narcissique. La façade bourgeoise faisait office de rempart pour nier la misère passée et la profonde honte qui y était associée. Même la performance physique énorme de 400 000 mètres de dénivelé en randonnée alpine doit être interprétée, dans ce contexte, non pas comme un plaisir, mais comme un travail moteur contre la douleur intérieure et comme une tentative de réassurance physique de soi sous une pression extrême.
Le blocage de la symbolisation Un déficit décisif résidait dans l'incapacité de symbolisation. Comme la résonance nécessaire manquait durant l'enfance formatrice pour transformer la douleur en langage et en concepts, le traumatisme est resté « sans mots ». Sans la possibilité de nommer le vécu et de l'intégrer dans une identité narrative, le passé n'a jamais pu devenir une expérience pouvant être close. Il est resté un état brut, non traité, qui a masqué le présent en permanence.
La dépression comme bouclier régulateur La dépression de toute une vie n'était pas un simple symptôme, mais un mécanisme structurel pour « éteindre » des sentiments incontrôlables et potentiellement submergeants. L'évitement systématique des discussions et d'une proximité plus profonde servait à maintenir l'équilibre intérieur fragile. Toute résonance émotionnelle réelle aurait touché au chaos menaçant des strates de l'enfance, c'est pourquoi la distance émotionnelle a été maintenue comme une protection de soi nécessaire.
L'identification projective et la dynamique de la culpabilité Par le mécanisme de l'identification projective, des états intérieurs insupportables tels que la haine de soi, la honte et la colère face à son propre destin ont été déplacés vers l'extérieur. Son propre enfant a été ainsi utilisé inconsciemment comme « conteneur psychique » pour ces affects intolérables. Les accusations de culpabilité n'étaient donc pas un acte pédagogique, mais une tentative désespérée du Moi de se débarrasser de sa propre dépréciation intérieure par l'externalisation.
La force dans la rigidité Malgré cette charge psychique massive et l'absence de travail de mémoire, une résilience extraordinaire s'est manifestée sous la forme d'une « force dans la rigidité ». Le renoncement constant aux substances addictives comme l'alcool ou les comprimés pour anesthésier la douleur souligne une volonté presque inhumaine. Le sens du devoir tout au long de la vie professionnelle a fonctionné comme une ancre stabilisatrice qui a empêché l'effondrement, même si la retraite de 22 ans a fini par révéler le vide douloureux derrière la structure disparue.
Conclusion Herta Bertel était une battante dont la vie n'a pas été définie par la guérison, mais par une endurance sans précédent. Elle a porté pendant quatre-vingts ans une douleur intérieure massive, sans se briser ni s'y soustraire par l'anesthésie. Cette victoire sur la décompensation totale a cependant été payée au prix d'un isolement émotionnel profond, car la défense contre le traumatisme bloquait simultanément l'accès au soi vivant et à l'autre.
Portrait biographique : Herta Brigitte Bertel (née Krug)
Référence pour les réformes institutionnelles et la documentation des traumatismes
Données personnelles & État civil
- Nom de naissance : Herta Brigitte Krug
- Date de naissance : Mardi 21.12.1943 (Salzbourg, Landeskrankenhaus/SALK)
- Date de décès : Vendredi 12.04.2024, à 15h37 (Salzbourg, Hellbrunner Str. 7/b)
- Apparence : Cheveux noirs, très mince, visage émacié. Sa nature a été marquée toute sa vie par la mélancolie, le sérieux et la tristesse ; elle pouvait rarement rire.
Enfance et jeunesse (Les racines du traumatisme) La vie de Herta Brigitte Krug a été marquée dès le début par le déracinement. En tant qu'enfant naturelle (stigmate social à l'époque), elle a passé son enfance chez divers parents nourriciers dans des fermes à Lessach, Lungau.
- Négligence systémique : Son enfance a été définie par le travail acharné plutôt que par le jeu. Elle a souffert de la faim et de l'humiliation publique en tant qu'« énurétique » – un symptôme de sa détresse psychique pour lequel elle était forcée de traverser le village avec son drap mouillé d'urine à la vue de tous.
- Origine : Sa grande-mère maternelle était sourde-muette et était donc considérée comme « idiote » à Lessach. Sa mère, Maria Krug, est venue plus tard à St. Veit et est enterrée au cimetière de Lessach.
Parcours professionnel et ascension sociale Malgré une faible scolarisation (école primaire uniquement) et l'absence de formation, elle a réussi à s'installer dans la capitale régionale.
- Service public : Elle a travaillé pendant des décennies comme secrétaire au Service de Santé de Salzbourg (Anton-Neumayr-Platz 3) jusqu'à sa retraite.
- Compagnon de route : Une amitié collégiale de plusieurs décennies la liait à Josef Mlcak (1926-2012), un bénévole engagé à la Croix-Rouge et au secours en montagne.
Mariage et structure familiale
- Premier partenaire : Siegfried « Sigi » Gmachl (futur parrain de son fils).
- Père biologique du fils : Selon Herta Bertel, il s'agissait du Dr Peter Strobl, un médecin blond de grande taille, avec qui elle a été en relation entre 1962 et 1966 environ. Il l'a poussée à l'avortement et n'a versé aucune pension alimentaire.
- Mariage : Le 5 août 1977, elle a épousé le Dr med. Michael Bertel (né le 09.06.1944). Le mariage a duré 47 ans jusqu'à son décès. Le Dr Bertel a pris soin d'elle jusqu'à la fin.
Domiciles à Salzbourg
- Müllnerhauptstraße 18 : Lieu de résidence à la naissance de son fils.
- Goethestraße 12, Itzling : Un appartement social de 32 mètres carrés (1976-1978).
- Künstlerhausgasse, Nonntal : Premier appartement en copropriété.
- Hellbrunner Str. 7/b : Un appartement en copropriété de 119 mètres carrés au dernier étage, son dernier domicile.
La relation avec son fils, Peter Siegfried Krug La relation a été marquée par la séparation institutionnelle et la distance émotionnelle.
- Séparation précoce : Immédiatement après la naissance le 23.11.1966, elle a placé son fils dans une pouponnière, puis plus tard au foyer pour enfants d'Itzling.
- Barrières de communication : Les visites hebdomadaires étaient marquées par le mutisme et les accusations. La dépréciation de son fils, qualifié de « raté », a conduit en 2011 à la rupture définitive. Peter Siegfried Krug n'a plus revu sa mère de 2011 jusqu'à son décès en 2024.
Intérêts et traits de caractère
- Nature et sport : Elle était une randonneuse alpine endurante (environ 400 000 mètres de dénivelé avec le Dr Bertel) et pratiquait le ski de fond.
- Mémoire musicale : Elle avait le don de reconnaître des morceaux classiques dès les premières mesures.
- Mode survie : Malgré la sécurité matérielle apportée par son mariage avec un médecin, elle est restée intérieurement figée dans un « mode survie », habitée par des angoisses existentielles et une fixation sur les symboles de statut social.
Décès Après une erreur médicale (une seule hanche a été opérée), elle a passé ses deux dernières années alitée dans son appartement. Elle s'est éteinte paisiblement le 12 avril 2024.
Note documentaire & Mission
- Pour la transparence numérique : Comme Herta Bertel a systématiquement retiré les photos de son fils des albums, rendant difficile la reconstruction de l'histoire familiale, cette biographie sert de document sécurisé contre l'oubli.
La pathologie de la force fonctionnelle : une analyse de la « défense de fer » dans les traumatismes transgénérationnels
En psychologie clinique et en recherche sur les traumatismes, l'accent est souvent mis sur les stratégies de survie régressives telles que l'addiction, la désintégration sociale ou la décompensation psychique. Le cas de Herta Brigitte Bertel (1943-2024) illustre toutefois un phénomène complémentaire : la pathologie de la force extrême. Il s'agit d'une forme de compensation traumatique qui ne se caractérise pas par la perte de structure, mais par un figement hyper-fonctionnel.
L'évitement de l'addiction comme compulsion de contrôle rigide L'expérience de l'impuissance totale dans la petite enfance – manifestée ici par l'exploitation en tant qu'enfant placée – conduit souvent à la formation d'une terreur phobique face à toute perte de contrôle. Les substances addictives comme l'alcool ou les psychotropes, habituellement utilisés pour la régulation des affects lors de traumatismes, représentent dans cette structure psychique spécifique une menace, car elles sapent l'autonomie maintenue à grand-peine. La volonté de survie se transforme en une compulsion de contrôle qui interdit strictement le « luxe » d'une addiction. Cette abstinence ne doit donc pas être interprétée comme l'expression d'une liberté intérieure, mais comme le résultat d'une structure rigide du Surmoi protégeant le Moi-survie de la décomposition.
La structure fonctionnelle comme objet de substitution Au lieu de fuir dans le chômage, la voie de l'accomplissement inconditionnel du devoir a été choisie. L'activité de plusieurs décennies dans la fonction publique (Service de Santé de Salzbourg) a servi ici de squelette externe pour une personnalité intérieurement fragmentée. La structure administrative imposée compensait le manque de cohérence psychique intérieure. Parallèlement, des performances physiques excessives, comme la réalisation de 400 000 mètres de dénivelé en terrain alpin, ont servi de décharge motrice aux affects accumulés. Cette forme d'épuisement physique fonctionne comme une « drogue sèche » : elle génère un vide cognitif et une absence temporaire de douleur, tout en servant simultanément le récit bourgeois de l'assiduité et de la vitalité.
Le paradoxe de la pétrification émotionnelle La « défense de fer » conduit à un paradoxe cliniquement pertinent. Alors qu'elle préserve l'individu de l'abîme social, de l'itinérance ou de la maladie psychique visible, elle mène inévitablement à la pétrification émotionnelle. La force nécessaire pour contenir le passé traumatique n'est plus disponible pour le développement de l'empathie, de la chaleur maternelle ou du remords. La patiente était « trop forte pour devenir tendre ». Un assouplissement du front de défense aurait signifié la confrontation avec la misère originelle, ce que le système psychique considérait comme une menace vitale.
Le traumatisme derrière la façade du succès Pour le travail scientifique de mémoire et la documentation des abus institutionnels, la déconstruction de ce « visage fonctionnel » du traumatisme est d'une importance centrale. Il ne s'agit pas ici de l'image de la « faible victime », mais d'une dynamique agresseur-victime qui se cache derrière un mur de statut social, de respectabilité et de succès bourgeois. Le mariage avec un médecin et l'acquisition d'une propriété immobilière représentative font office de validation finale du déni. Pour la génération suivante, cette constellation complique massivement le travail de mémoire, car la douleur et le déracinement se heurtent à un mur d'intégrité socialement reconnue. La documentation de cet état est donc un acte nécessaire de transparence numérique pour rendre visibles les mécanismes cachés du pouvoir et de la privation émotionnelle au sein des structures privées et institutionnelles.
Explications des termes :
- Pathologie de la force : Un état psychique dans lequel la force et la fonctionnalité sont utilisées comme mécanismes de défense compulsifs contre des traumatismes profonds.
- Verdingkind : Désignation historique pour les enfants issus de milieux pauvres ou de foyers placés dans des fermes comme main-d'œuvre (souvent dans des conditions d'exploitation).
- Identification projective : Un mécanisme de défense par lequel ses propres parts émotionnelles insupportables sont projetées dans une autre personne (souvent son propre enfant).
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