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L'appel
Fiction
Drama
calendar Pubblicato 28 mar 2026
calendar Aggiornato 28 mar 2026
time 11 min

L'appel

« Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d'une pure coïncidence »


L’appel

Mon téléphone portable sonne. J’inspire à fond et souffle doucement. Je vérifie que l’appelant est bien celui dont j’attends l’appel. J’inspire encore et souffle fortement cette fois pour me dynamiser. Mon cœur bat fort, et trop vite. Mon estomac se noue. Je réponds.


- Allô ? Bonjour mon oncle.

- Bonjour.


Il parle froidement. Le ton est donné. Je sais à quoi m’en tenir… Je commence, taraudée par mon besoin naturel de faire le bien, d’être gentille… Allier politesse et attention bienveillante. J’étais sûre qu’il m’appellerait, mais je ne savais pas pour quelle raison.


- La cérémonie est terminée ? Ça n’a pas été trop difficile ?

- Si, tout comme la semaine passée, comme tu peux t’en douter.


Je sens déjà le poids des remords qu’il tente de me mettre sur les épaules… J’inspire à fond et souffle à nouveau doucement… Ça pique. Je tente de ne pas relever, d’oublier même ! Il est innocent lui, il ne sait pas. Je me concentre sur la suite.


- Il faut que tu signes les papiers au plus vite, pour en finir avec la famille.


Qu’est-ce que cela signifie ? En finir avec la famille ? En finir avec lui, oui. Mais avec les autres, c’est fini depuis longtemps ! Et je n’ai pas renié ma grand-mère, elle est toujours dans mon cœur et je pense à elle chaque jour. Elle ne m’a pas élevée, mais elle seule m’a apporté l’amour bienveillant et sans limite ni concession dont un enfant a besoin… Mes seuls regrets lui sont consacrés d’ailleurs. J’aurais tellement voulu pouvoir rester auprès d’elle…

Cette voix fait remonter les souvenirs à grande vitesse. Mais je dois me concentrer. Ça va aller. On écoute et on raccroche. Et c’est tout. Les souvenirs auront bien le temps de remonter et de me tourmenter plus tard…


- Je ne suis plus une gamine. Je sais comment ça se passe et ce que j’ai à faire…

- Oui…


Sa voix s’est soudainement atténuée, je crois qu’il pleure. J’ai du mal à comprendre la cause de son chagrin… Ils n’étaient pas proches à l’époque ! Il faut croire que les temps ont changé. Je me radoucis. J’ai toujours été sensible aux larmes…


- On aurait voulu que…


Il laisse sa phrase en suspens. Je prends le relais. Je l’encourage alors qu’au fond, je n’en ai pas envie. Je n’ai pas envie de le consoler. Pas pour la perte de l’Autre… Mais je suis comme ça. Je réalise qu’il n’est pas seul. Sa femme est là aussi. Je reprends avec douceur :


- Vous auriez voulu quoi ? Pourquoi est-ce que tu pleures ? Parce qu’il est parti ? Ou bien, pour moi ?


Un espoir imbécile vient de naître dans mon esprit. Pourquoi mon oncle serait-il soudainement préoccupé par moi ? Je m’attends donc à sa réponse… Mais c’est plutôt mal venu. Je ne suis pas en capacité d’entendre...


- Qu’il soit parti…


J’inspire encore et, cette fois-ci, mon souffle fond dans un profond soupir…


- Pardon mon oncle, je sais que je n’ai pas l’air d’être touchée. Je suis sous le choc de son départ soudain, mais, surtout, il m’a fait du mal. Et vous ne voulez pas le savoir…

- Mais enfin, rien ne justifie que tu ne sois pas venue le voir avant son départ ! Tu aurais pu faire un effort !


Le ton est plus agressif, il ne pleure plus. J’ai l’impression que la colère a pris le dessus et que je vais en faire les frais. Je suis piquée : mon comportement a toujours été justifié. Justifié par un besoin de me mettre en sécurité ! Il insiste et j’essaie de rester sur ma décision : je ne lui dirai rien. Il ne mérite pas d’être déçu par l’Autre qu’il a apparemment tant aimé. Je ne veux pas le blesser. Mais il continue…


- … et il a essayé de te joindre à plusieurs reprises…

- Tu ne veux pas le savoir.


Je laisse les paroles défiler, glisser sur moi, tentant de ne plus les entendre… Mais c’est trop. Il s’entête… Le ton de sa voix enfle. Il parle fort dans le combiné maintenant… Et je m’acharne, répétant :


- Vous ne voulez rien savoir.

- … et ta grand-mère…


C’en est trop. Pas elle. Il n’a pas le droit de la citer. Il doit se taire. Je n’en peux plus. La colère et l’indignation montent subitement. Je lâche froidement :


- Il n’a jamais versé de pension, il n’a même jamais su ma date de naissance, il ne s’est jamais intéressé à moi que pour… Il buvait comme un trou ! Et ensuite, il venait m’embêter dans mon lit.


C’est sorti. Ça soulage… D’un poids. Mais je réalise l’implication… Il m’a poussée à bout. Tant pis. Après tout, j’ai toujours cherché à protéger tout le monde, mais je réalise à cet instant que personne (sauf grand-mère) ne m’a protégée… Il était temps. Peut-être. Il s’est tu dès que j’ai parlé. Le silence s’éternise quelques secondes…


- Oui… Mais il a arrêté de boire…


Son ton est comme outré. Comme si cette information, invalidait les actes de mon père !

- Oui, mais le mal est fait.

- Mais enfin, depuis tout ce temps, tu aurais pu lui pardonner.


C’est reparti… Il recommence… Je me sens malmenée. La colère est toujours là, mais je la contiens avec peine. C’est une colère froide, sourde.


- Bon, tu veux vraiment savoir ? Très bien. Je répète : il me rejoignait dans mon lit.


Ma tante répond alors d’une petite voix :


- Oui, mais il buvait à cette époque-là.

- C’est donc une excuse ?!


Je suis surprise. Sa petite voix semble me dire qu’elle-même n’est pas très sûre de ce qu’elle pense… Et puis soudain, l’ombre du doute… L’impensable !


- Non ! Mais…

- Vous saviez ?! Pendant toutes ces années ? Vous saviez ?! J’ai subi ses attouchements, sa violence, son comportement répugnant… Pendant des années ! J’ai fini par me protéger à l’âge de 12 ans, seule, en décidant de ne plus jamais le voir. J’ai dû quitter grand-mère et les autres que j’aimais… Personne ne me croyait, pas même ma mère !!! Et depuis tout ce temps, vous saviez ? Mais où étiez-vous ?

- Mais enfin, tu ne te souviens pas que tu passais parfois quelques jours chez nous ?


Je ravale un hoquet. Un espoir a de nouveau pointé dans un coin de ma tête… Je me radoucis instantanément, mais la réalité, l’évidence, reviennent au galop…


- C’était pour me protéger ?

- Te protéger ? Arrête ! Tu en fais trop ! Tu dérailles complètement ! T’as perdu la boule ?!


Son agressivité aussi revient au galop…


- Non seulement, j’ai subi ses attouchements et son alcoolisme, mais en plus, je n’étais pas la seule ! Il frappait ma mère quand ils étaient mariés, et l’a même poursuivie avec une hache devant moi ! Une hache ! Il a même frappé sa propre mère, ma grand-mère, encore devant moi ! Il m’a frappée aussi d’ailleurs ! C’était un obsédé sexuel. Et en bon vieux pervers qu’il était, il a même fini par se trouver une femme plus jeune que moi, en Afrique, et par lui faire un bébé ! Et cette pauvre femme n’a jamais pu s’émanciper, il l’a installée dans un endroit retiré et ne lui a même pas fait passer son permis de conduire !


La machine était lancée… Je déversais les mots qui me donnaient l’impression de bouillonner à l’intérieur de moi. Mais il m’interrompit, d’une voix froide et implacable.


- Tu es encore plus conne que je ne le croyais !

- Très bien. Je n’ai donc plus rien à te dire.


Je raccrochais enfin et m’effondrais sur le sol, me retenant de hurler… Si la mort de l’Autre avait encore réveillé mes cauchemars, la douleur ne me quittait jamais. Elle m’accompagnait partout, toujours, depuis bien avant mes 5 ans, et je la ramassais pour la ranger à sa place, au fond de ma tête… Le pervers était parti, mais je savais qu’il continuerait à me hanter.



J’ai grandi à une époque où certaines pratiques étaient courantes, où on taisait certaines choses, où ce qui se passait dans les familles, comme dans les églises, était tabou… Minimisé.

C’était une époque où mettre une main aux fesses était considéré comme un compliment et où violer sa femme était normal. Toucher un enfant n’était qu’un dérapage dérangeant, et on gardait les secrets dans les familles.

Pourtant, les victimes, non protégées par la société, ont été marquées et leurs proches et elles ont souvent du mal à se reconstruire. Certaines n’y arrivent pas.

Dans toutes les situations où il est plus facile de tourner la tête, prenons garde aux cris silencieux. Parce que l’innocence ne devrait jamais se muer en souffrance.



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