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Disruption.

Disruption.

Pubblicato 25 gen 2026 Aggiornato 25 gen 2026 Drama
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L’éveil.


Une luminosité blafarde, j’ouvre les yeux. Le soleil me vrille le cerveau, une douleur sourde, profonde, répétitive. Comme une écharde dans un doigt, comme une dent dont le nerf est à vif, sauf que la lumière me retourne l’intérieur du crâne.

Mes cachets, le Doliprane sur ma table de nuit, mon verre « Mickey Mouse » ramené de Marne-la-Vallée.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Une trace de rouge à lèvre, un rouge vif, comme une blessure qui saigne. Je ne porte jamais de maquillage.

Où ai-je passé la soirée d’hier ? Je ne me souviens pas. Ce rouge est-il à moi ? Je dois en avoir le cœur net, je me lève, je ferme les rideaux, je me déplace dans la pénombre vers le miroir. Une ombre semble me suivre. Je me retourne. Personne. Mais que m’arrive-t-il ?

Choc.

— Mais c’est quoi cette robe ?

J’ai crié tout haut, je deviens dingue ? Je ne me reconnais presque pas, mes cheveux blonds en bataille, une robe de dentelle blanche, des gants de dentelle également, des bas autoportants blancs, souillés, déchirés. Des traces de rouge dans mon cou, sur le bustier de la robe. Je vérifie… Je ne porte pas de culotte. Je tombe a genou, je panique, je pleure, j’ai mal à la tête.

Il me faut un moment pour me reprendre, me relever. Et là, je le remarque enfin, sur le miroir, écrit au rouge à lèvres : « Ne fais pas confiance à la lumière. »

Quelle heure est-il ?

8 h.

Je vais être en retard à la bibliothèque, je dois prévenir Madame Vaubin.

C’est quoi ça encore ?

Trois appels en absence de « Lilou » et un message. Je ne connais aucune Lilou.

Messagerie : Une voix rauque et pourtant familière : « T’es qu’une salope ! ».

Il faut que je me douche, que je m’habille, que je me dépêche, Madame Vaubin va être de très méchante humeur.


La bibliothèque.


Madame Vaubin m’a passé un savon. Pourtant, c’est la première fois que cela arrive, je suis ce que l’on appelle couramment, une employée modèle. Je suis toujours à l’heure, je ne rechigne pas devant le travail, je reste tard. Je ne fais pas de vague, je suis discrète, à la limite timide, mais je crois que c’est aussi ce qui fait partie de mon charme et les membres de la bibliothèque apprécient.

— Élodie, ça va mieux ?

Je sursaute, je n’avais pas entendu Marie-Luce arriver derrière moi.

— Euh oui, pourquoi ?

— Bin, tu as tout planqué là hier vers 15 h en disant que tu devais quitter absolument. Tu es partie en trombe et tu n’as même pas prévenu Vaubin. Elle était en rage.

— Je, je ne me souviens pas.

— Siiii, tu n’avais pas l’air dans ton assiette, j’ai même dû reprendre tous les retours que tu as enregistrés hier, c’était un vrai boxon !

— Je ne comprends pas !

— « Tention v’la la Vaubin, au boulot !

Je suis sous le choc, je ne comprends pas ce qu’il se passe. Madame Vaubin s’absente, j’en profite pour vérifier les caméras de surveillance, hier, 14 h 30. Je n’en reviens pas. Je me vois ranger les retours dans les différents rayonnages, la tranche vers l’avant et le dos vers l’arrière. Mais que m’est-il arrivé ?

Absence.

Je suis assise à mon bureau, Marie-Luce, derrière son moniteur, semble me surveiller sans en avoir l’air.

Je prends conscience que mes doigts sont suspendus au-dessus du clavier. Un mail rédigé à l’écran.

« Ils vont te trouver. Tu as menti à tout le monde. Même à toi. »

Il est signé Lilou.

Je n’ai jamais écrit cela !

Quelqu’un veut me rendre folle. Marie-Luce ? Vaubin ? Qui ?

Une pile de livres trône à côté de moi, des ouvrages concernant la psychologie et les troubles de la mémoire. Ils ont tous été loués par moi. Je n’ai jamais demandé à les consulter. Je ne m’en souviens pas. Je vais les remettre à leur place.

Un bout de papier tombe d’entre deux ouvrages.

« Tu as oublié qui tu es. Je vais te le rappeler. »

Je ne connais pas cette écriture, ce n’est pas celle de Marie-Luce, ni celle de Madame Vaubin. Une écriture raide, dure, pas de courbes, des angles, des pointes, comme sur mon miroir ce matin. La même écriture.

Mais que m’arrive-t-il ?

Je retourne à ma place, je suis perdue, je voudrais rentrer, me calfeutrer chez moi, dormir, oublier. Impossible, Madame Vaubin ne me le pardonnerait pas.

— Tu as parlé de démissionner. Tu ne te souviens pas ?

Marie-Luce me sort de ma torpeur.

— Quoi ?

— C’est ce que tu as dit en sortant.

— Je n’ai jamais dit ça, j’aime ma bibliothèque, mes livres, mon refuge, mon travail.

— Je te jure que tu as dit ça en sortant. Heureusement, Vaubin avait fermé la porte de son bureau.

J’ai vérifié les caméras.

J’ai vu une femme ranger des livres à l’envers en murmurant.

Je n’ai pas rangé.

Et pourtant, les livres sont là.

Les caméras aussi.

Les messages aussi.

Les notes aussi.

Je ne sais pas qui a fait ça.

Je ne sais pas si c’est moi.

Je ne sais pas si c’est elle.

Je ferme les yeux.

Quand je les rouvre, la bibliothèque est toujours là.

C’était moi sur la vidéo.

Je suis en cage, ces étagères, ces livres bien rangés, ma prison.


Refuge.


Je suis assise au bord de mon lit. Je ne me souviens pas être rentrée chez moi.

Le message sur le miroir est en partie effacé, de grandes traces grasses barrent mon reflet. Mes cheveux sont décoiffés, mon rimmel a coulé sur mes joues, mon teint est pâle. Une morte-vivante. Je ne ressemble plus à rien.

Le point rouge des messages en absences clignote sur mon portable, je l’avais oublié là ce matin.

« Tu crois que je suis une voix dans ta tête ? Tu te trompes. »

C’est ma voix !

Enfin pas tout à fait, plus grave, plus aboutie, plus sûre d’elle. Mais qui est-ce ?

Je réécoute le message.

Encore.

Encore.

Encore.

Je veux savoir, je veux comprendre, je veux que cela s’arrête.

Ma chambre n’est même plus un refuge. Cette Lilou, elle me harcèle, elle me poursuit, jusqu’ici.

Cette voix, on dirait la mienne, mais ce n’est pas la mienne, ce n’est pas moi.

Je ne me souviens pas avoir laissé ce message.

Je ne me souviens pas avoir appelé.

Et pourtant, elle est là.

Et elle me parle.

Et elle me connaît.

Et elle sait des choses que je ne sais pas.

Je ferme les yeux.

Quand je les rouvre, le bouton « relire le message » clignote encore et toujours.

Comme un cœur qui bat.

Comme un rappel.

Comme un cri que je n’ai pas crié.

Et je commence à avoir peur.

Parce que, si cette voix n’est pas la mienne…

Qui est-elle ?

Et pourquoi elle ne s’arrête pas ?

J’enfouis ma tête dans l’oreiller. J’ai peur.


Une heure du matin. Je relève la tête, je me suis endormie… sur le clavier de mon ordinateur. Je ne me souviens de rien, je sors l’écran de sa veille. Je consultais mon historique de prêts à la bibliothèque.

« Le Trouble Dissociatif de l’Identité — Comprendre et vivre avec un double intérieur. Dr. Jean-Marc Boulanger — psychiatre, spécialiste des troubles dissociatifs, ancien chef du service de psychiatrie à l’hôpital Sainte-Anne (Paris). »

Deux autres ouvrages à propos du même sujet ainsi qu’une thèse universitaire sur les jumeaux et la mémoire fusionnelle.

Je n’ai jamais emprunté ces bouquins !

Un mail non lu dans ma boite : « Tu as oublié qui tu es, je vais te le rappeler ! Lilou. ».

Est-ce cette Lilou qui les a empruntés ? A-t-elle décidé de me rendre dingue ?


Psy.


J’ai décidé de consulter, je veux savoir si je deviens folle. Il m’a reçue plusieurs fois, il m’a questionnée, il m’a testée. Je suis restée calme malgré ce ressenti d’une intrusion dans ma vie, dans ma tête, dans mes souvenirs, dans mon intimité.

Il m’a demandé de tenir un journal.

Il m’a parlé de TID, le trouble identitaire dissociatif.

J’aurais une personnalité alternative à l’intérieur de moi.

Il est pas bien lui !

Je ne suis pas folle !


J’ai joué le jeu, j’ai rempli mon journal.

Seulement voilà, des pages ont été arrachées, des annotations en marge, toujours cette écriture, celle du miroir, celle des bouts de papier. Et ce n’est pas moi, je m’en souviendrais. Ce n’est pas mon écriture ! Je suis adepte de la calligraphie, ces lettres sont laides, tranchantes, acerbes. Je ne peux pas avoir rédigé de la sorte !


Je ne suis plus retourné chez le psy, il m’énerve.

Je suis si fatiguée.


J’ai froid, je suis trempée, j’ouvre les yeux. À nouveau cette robe de dentelle. Je l’avais jetée aux ordures pourtant. Il fait sombre, où suis-je ?

Terreur !

Je suis couchée dans une allée, dans un cimetière ! Je me retiens de crier en serrant les poings contre ma bouche. J’ai quelque chose en main. Une photographie en noir et blanc. C’est moi, enfant, je dois avoir douze ou treize ans. Une autre gamine qui me ressemble près de moi, avec de longs cheveux. Au dos, encore cette écriture : « Tu m’as abandonnée ».

Je ne me souviens pas de cette prise de vue ni où, ni quand, ni qui est cette fille.

Je ne sais pas comment j’ai fait pour retrouver ma maison, je suis crasseuse, en guenilles, entièrement nue sous cette dentelle. Je dois me laver, je dois dormir.


Surveillance.


Madame Vaubin ne me lâche pas. À tout moment, sur mon dos, je la sens me regarder. L’œil de Moscou dans toute sa splendeur.

Je me noie dans le travail pour ne pas penser, pour ne pas douter, pour ne plus pleurer. Aujourd’hui, je suis de relance : je dois envoyer un mail à toutes les personnes qui n’ont pas rentré leurs ouvrages à temps.

Je remarque un brouillon dans le menu de la messagerie. « They're going to find you. You lied to everyone. Even to yourself. Lilou. ».

Je ne parle pas anglais, je passe par un traducteur, « Ils vont te trouver. Tu as menti à tout le monde. Même à toi. »

Cette garce a accès à ma messagerie.

Vérification faite, c’est le cas depuis plus de deux ans.

J’hallucine.

Je suis profondément choquée et décidée à déposer une plainte, j’ai la preuve que quelqu’un me harcèle. Ce que je ne comprends pas : j’ai oublié tous les autres messages qu’elle a déjà « abandonnés » dans ma boite. J’ai beau essayer, je ne me souviens pas les avoir lus.

— Mademoiselle Lesparre, vous allez encore rester longtemps à bâiller aux corneilles ?

La Vaubin…


« Tu crois que c’est toi qui décides ici ?

Tu crois que ton regard me fait peur ?

Je suis celle que tu as effacée —

Et je reviens pour te briser. »


— Quoi ?

Je suis assise au café à côté de la bibliothèque, Marie-Luce, en face de moi, vient de me raconter ce que j’ai fait.

— J’te jure, si tu avais vu la gueule à la Vaubin.

— Mais, mais, ce n’est pas possible, je ne peux pas avoir osé dire ça !

— Si, ta voix était bizarre, grave, profonde, tu as déclamé ton couplet, tu as pris ta veste et tu t’es barrée. Je crois que tu peux bien te trouver un nouveau boulot. Elle est restée sans voix la Vaubin, puis elle est rentrée dans son bureau en claquant la porte.

Je suis vidée, le psy avait-il donc raison ? Je file aux toilettes, je dois me rafraîchir sans quoi je vais tomber là. Je rince mon visage à l’eau froide, je me regarde dans la glace. Mon reflet me sourit, un sourire torve, mauvais, alors que je ne souris pas. Je suis folle ! Je jette de l’eau sur le miroir.

— Tu m’as enfin trouvée

Cette voix, celle du répondeur… Le miroir explose en morceau, un fragment de papier flotte sur l’eau de l’évier, souillée de sang : « Je suis toi et je suis revenue ».

Je sors du café en courant, j’abandonne ma veste, Marie-Luce et l’addition.

Je cours sans plus m’arrêter, je cours et je pleure.


Qui je suis.


Je rentre chez moi, le poing en sang. La nuit est tombée depuis longtemps. La porte de l’appartement n’est pas verrouillée. La peur m’enserre l’estomac, prête à le broyer comme elle a déjà réussi à réduire ma lucidité en miettes.

La luminosité de mon écran éclaire la pièce d’une opalescence mortelle.

Là, près de mon lit, une silhouette. Je suis terrorisée, mais c’est plus fort que moi, je dois m’avancer, je dois savoir.

L’ombre s’avance vers moi au même rythme, mon reflet. Je suis folle, je perds la boule, je suis dingue…

Non, une disruption apparaît nettement, ce n’est pas mon reflet, c’est moi, des cheveux roses, certes, mais c’est moi, un livre à la main.

— Tu as fini par me trouver, tu vas comprendre maintenant.

Ce n’est pas moi, mais elle semble moi, elle me ressemble, mais cette voix, la voix de la messagerie. Ce rouge à lèvres qui lui dessine un sourire carnassier.

— Tiens, tu le liras plus tard !

Elle me tend un livre, « Les jolies choses » de Virginie Despentes. Je le saisis machinalement. Impossible de sortir un mot, je suis bloquée par l’angoisse.

— Bin dis donc sœurette, t’es pas très loquace !

Sœurette ? Qu’entend-elle par là ?

— T’es ma sœur jumelle, t’as oublié hein ? Je vais te rafraîchir la mémoire.

Elle me raconte alors notre enfance, nos parents, l’accident de voiture et le décès de ceux-ci. Elle, laissée pour morte. J’ai été adoptée. Elle a passé un an dans le coma avant d’être mise à l’assistance publique après son rétablissement précaire. Elle m’a retrouvée, m’a suivie, m’a étudiée et s’est lentement immiscée dans ma vie. Elle voulait que je me souvienne de moi-même. Elle m’en veut, je l’ai oubliée, elle jamais. Maintenant, je sais. Et ensuite ?


Renaissance.


Le bruit du sac tombant dans l’eau avait fait s’envoler l’oiseau de proie posé sur le poteau d’éclairage. Elle avait regardé le corps s’enfoncer doucement dans les eaux noires du lac de Chevril, à cet endroit la profondeur affichait 180 mètres, personne ne le retrouverait jamais. Lilou avait teint ses cheveux d’un joli blond clair, elle repoussa ses cheveux derrière ses oreilles comme Élodie en avait l’habitude. Il était temps de retrouver une vie normale, posée loin de tous ces souvenirs perturbateurs. Elle s'appelait désormais Élodie, bibliothécaire, encore fallait-il trouver un nouvel emploi, cette garce de Vaubin l’avait virée.

Pas grave, elle avait de la ressource.



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