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Le chat
Non-fiction
Cultura
calendar Pubblicato 15 mag 2026
calendar Aggiornato 15 mag 2026
time 6 min

Le chat

Un après-midi, en rentrant du travail, un chat s’était faufilé sous la carrosserie de ma voiture. Il fallait que je prenne une décision rapidement : freiner brusquement, au risque de provoquer un accident, ou continuer en espérant que le chat éviterait les roues et s’en sortirait. Après tout, ne dit‑on pas que le chat a sept vies ?


Ainsi, je continuai à rouler, espérant une fin heureuse pour le matou.


J’étais chez moi quelques minutes plus tard, avec toujours à l’esprit ce moment et ces questions : avais‑je vraiment pu l’éviter ? S’en était‑il sorti ?


Pour en avoir le cœur net, je décidai de refaire le trajet à l’envers pour voir ce qu’il en était, avec l’espoir de trouver des indices de sa survie. Mais hélas ! Son corps était aplati sur l’asphalte. Il n’était plus qu’une peau avec une excroissance en forme de tête. Je fus pris d’une tristesse qui ne me quitta pas pendant trois mois environ. Je pensais et repensais à ce moment. Et toujours la même question : aurais‑je pu faire autrement ? M’arrêter, freiner, pour le sauver, quitte à provoquer un accident mineur, un enfoncement de la voiture, ma tête contre le volant… N’avais‑je pas été égoïste, et surtout considéré sa vie comme ne valant pas une égratignure sur ma voiture ?


Le regret était d’autant plus incisif que j’avais, dans mon enfance, dans une vallée au pays du Gros Oiseau disparu, un chat qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau — pardon : comme les oreilles dressées de deux chats curieux.


Je pris la décision de faire amende honorable et d’avoir pour compagnon un « chatounet » identique, avec l’espoir d’apaiser le bouleversement que m’avait provoqué son décès.


Cet accident eut lieu devant un café.


Je commençai à fréquenter l’établissement pour discuter de ce chat. Le bistrot n’est‑il pas aussi un endroit où se faire psychanalyser pour les démunis, ceux qui ne peuvent s’offrir tout au plus qu’un ballon de piquette et le plaisir gratuit de discuter, dire ce qui leur passe par la tête et, parfois, cracher sur les autres sans qu’on soit jugé, avec tout au plus un ordre du patron quand on devient trop lourd à son goût ?


— Allez, Marcel, il est temps de rentrer. Bobonne t’attend. Si tu traînes trop, tu dormiras sur le palier.


Bien sûr, je me gardais bien d’évoquer l’accident pour ne pas éveiller de soupçons sur ma culpabilité.


Je n’étais pas habitué aux troquets. Un peu gauche, j’essayai de prendre la pose du pilier de comptoir. Comme souvent, les novices tombent dans l’exagération : ils pensent qu’il faut incarner le personnage jusque dans ses moindres détails pour être identifié comme tel et être accepté, sans même se rendre compte qu’ils sombrent dans la caricature.


Ainsi, je commandai une bière blonde.

— Et que ça mousse ! lançai‑je au cafetier, qui me jeta un regard désespéré avant de rincer ma chope à l’eau et de faire couler ma blonde. Un houblon clair où surnageait une mousse dansante.


Je posai mon coude droit sur le zinc et empruntai un air assuré. Je fis tourner ma tête dans toutes les directions. Je bus une première gorgée dont l’excès dégoulina légèrement sur mes commissures, que j’épongai furtivement, gêné, avec un Kleenex.


J’essayai de trouver les traces de l’existence d’un chat. La probabilité que ce chat appartînt au patron était assez importante, sachant que, très souvent, les patrons de café laissent en liberté leurs animaux de compagnie. Le chat avait sûrement l’habitude de traverser la rue pour se rendre dans le square d’en face, chasser quelques insectes ou simplement traquer des ombres, loin du bruit et des commérages du bistrot qui devaient le soûler à la longue.


Il me fallait un fil, un prétexte pour parler du chat. Ce n’était vraiment pas facile.


Puis, éclair de lumière : une femme entra, accompagnée d’un magnifique Birman sous les bras.


— Bonsoir, qu’il est magnifique !

— Elle est magnifique ! C’est une demoiselle. D’ailleurs, elle vient de se faire toiletter comme il se doit, corrige-t-elle d’une voix rauque, empreinte d’années de bibine.

— Ça me rappelle des souvenirs de mon tigré .

— Vous êtes l’heureux propriétaire d’un tigré, et vous ne l’emmenez jamais au bistrot ? La socialisation, ça vous connaît ?


J’hésitai à répondre que le bistrot n’était pas l’endroit pour la socialisation des chats mais des humains, quand la vieille dame surenchérit :


— Le bistrot est l’endroit idéal pour la socialisation des chats quand on n’a plus de mouflets à traîner dans les parcs.

— Mon tigré , c’est toute mon enfance. J’ai grandi avec lui. Ah ! C’était une vraie star.

— À qui le dites‑vous ! Il y a un connard de chauffard qui a écrasé le mien comme une vulgaire crêpe.


Je faillis m’étouffer : la bière me remonta dans les narines.


— Si je l’attrape, celui-là, il va passer un mauvais quart d’heure.

Le regard du cafetier me foudroya de malaise. La panique d'un accusé, effrayé d'être démasqué.





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