RÉFLEXIONS D'IMPACT- Pleurer ne vous fera pas plus de mal
Si vous aviez la possibilité de savoir combien de litres de larmes vous avez écoulés depuis votre naissance, voudriez-vous avoir l'information ?
À cette question, respirez, réfléchissez un instant et mesurez tout ce que ça sous-entend. Souvenez-vous consciemment de toutes les fois où la marée émotionnelle s'est emparée de vous, dans l'empressement, dans l'inattendu. Car c'est bien là une des caractéristiques principales des pleurs : parvenir à vous attraper sans que vous ne puissiez prévenir la chose.
Pour certains ça ne représente pas tant que ça : les pleurs du nourrisson, les égratignures de l'enfant, les possibles deuils et les plus ou moins grands chagrins essuyés le court de la vie avançant. Mais pour d'autres, c'est la pleine ouverture à la noyade dans son océan personnel, là où les vagues s'agitent, là où elles savent revenir avec force, avec constance. Un cycle semble demeurer -vous persécuter- un cycle réveillé par des situations spécifiques. Comment s'en défaire ? Le rivage n'apparaît que partiellement.
Vous avez peut-être grandi dans cette croyance précise : pleurer devant tout le monde signifie être faible, signifie avoir la honte. Et alors, vous avez continué à avancer dans la vie, en fervent élève d'une discipline spartiate, celle du "ravale tes larmes".
Mais ravaler ses larmes, est-ce vraiment une bonne chose à faire ? Est-ce utile ? À qui est-ce que ça sert ? N'avez-vous jamais entendu dire que pleurer peut faire du bien ?
Dans le propos du jour, je vais tenter de démontrer que peu importe ce que vous traversez, pleurer ne vous fera pas plus de mal.
Quelques précisions sur la nature des pleurs
Lorsque l'on pleure quelque chose vient stimuler la réaction rencontrée. Les larmes arrivent à vous au détour d'un souvenir, d'une situation précise, d'une voix, d'une odeur, d'une émotion que l'on n'a pas bien réussi à laisser passer. C'est impossible de prévenir ses pleurs car les pleurs s'ancrent dans le moment présent. Les pleurs ne peuvent se ressentir que dans le présent.
Vous ne pourrez pas pleurer au souvenir d'avoir pleuré car ce ne sont pas les pleurs qui rappellent aux pleurs. Comme toute autre réaction, pleurer ne se programme pas.
Bien que l'on puisse se forcer à pleurer, l'état naturel des pleurs, c'est la spontanéité.
De façon plus évidente, vous n'avez qu'à constater de ces moments où vous pleurez sans que cela ne soit lié à la sphère émotionnelle. À savoir deux exemples que je cite ici mais qui sont non exhaustifs : couper des oignons et avoir une poussière dans l'œil.
Ces larmes sont le fruit d'une réaction corporelle. Les yeux rencontrent un stimuli, un élément étranger qui demande "un nettoyage" (le gaz dégagé à la coupe de l'oignon, la poussière envoyée dans l'œil). Le corps réagit en cherchant à expulser la gêne, à protéger l'œil.
D'une autre manière, le fait de pleurer peut également résulter d'une réaction émotionnelle. C'est tout à fait remarquable chez un nourrisson dérangé pour une quelconque raison. Ou chez l'enfant qui, en apprentissage de ses émotions, évacue par les pleurs. On n'arrive pas à exprimer un sentiment, on ne parvient pas à le comprendre, alors on pleure, on libère cette émotion parce que c'est l'unique processus que l'on connaît.
À un âge où l'expression demeure en construction, communiquer par les larmes offre une perspective de discussion et vient libérer l'enfant.
Qui souffre plus après avoir pleuré ? Qui se lamente d'avoir encore plus mal après avoir pleuré ? Vous connaissez bien la réponse, alors pourquoi se priver ?
Si ce n'est pas en public, pleurez en privé. Vos larmes vous appartiennent, et votre manière de procéder vous regarde, mais si vous en ressentez l'envie, laissez vous aller.
Quelles autres peines pourraient s'ajouter ? Pleurer ne peut que vous soulager.
Le bénéfice des pleurs
Les larmes offrent, n'en doutez jamais.
À la consommation d'un chagrin, les larmes offrent de quoi laisser passer. Comme un ticket vers une destination inconnue et une destination plus confortable. Au-delà des yeux rougis, boursoufflées, du nez bouché et du passage de la douleur, les larmes offrent un après. Et dans cet après, vous avez la possibilité de rebondir, saisir un potentiel de paix dans l'horizon à votre portée.
Pleurer permet de nettoyer l'oeil et de réajuster la vision lorsque celle-ci est troublée, au sens propre comme au figuré.
Se refuser à la libération de ses larmes, revient à réprimer des émotions. Et réprimer ses émotions, c'est refuser de faire face à ce que l'on ressent. Tout ça vient gangréner notre monde émotionnel.
Si la libération ne se fait pas, les larmes se transformeront. Les larmes viendront "sortir" de manière différente, au même titre que d'autres émotions refoulées.
Par nature, le corps ingère et nettoie. Prenez un aliment que vous ingérez, à un moment ou à un autre, il devra s'évacuer. C'est le même procédé pour les émotions qui passent par les larmes ou par des réactions physiques "sortantes" (vomissement, toux...). C'est essentiel de les laisser circuler au risque de se condamner à les retrouver ailleurs et autrement.
D'un point de vue plus spirituel, pleurer nettoie l'âme. Pleurer permet à l'âme de se purifier, de libérer des mémoires. On parle du "don des larmes", le présent de Dieu, qui se reflète dans la prière, dans la méditation. Une grâce divine nous semble accordée ; la proximité avec une puissance lumineuse ouvre et adoucit le cœur, calme l'âme, offrant ainsi un allègement, une perspective de purification durable.
Lorsque les larmes s'invitent, concédez, abandonnez-vous à vos réactions ; pleurer ne saurait aggraver votre situation.
Dans sa forme la plus commune, pleurer est le résultat d'une douleur traversée.
C'est la dernière étape que suit une émotion afin d'être libérée. Alors oui, parfois on pleure plusieurs fois pour la même raison, l'affre nous tient à vif, on réagit à cet affre. Et on pleure, bien sûr que l'on pleure, rien n'est plus naturel.
À noter que bien évidemment, chacun fonctionne différemment et que pleurer n'est pas une condition sine qua non au bon fonctionnement d'une personne. Le tout est de parvenir à considérer ses ressentis, écouter son corps et trouver son moyen de libérer ce qui sévit intérieurement.
C'est donc un encouragement. Pleurer ne se genre pas, pleurer ne concerne que vous. Consommez et entendez vos larmes, elles savent ce qu'elles font.
Pour clore ce propos, je vous laisse sur une citation d'Alfred de Musset que je trouve particulièrement pertinente : "Les larmes du passé fécondent l'avenir".
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