"Histoires de la nuit" : quand une adaptation cinématographique réussie donne envie de relire le livre
Le désir impérieux de voir le film
J'aime l'auteur Laurent Mauvignier, et je le suis depuis 2009, depuis son roman "Des Hommes", sur la guerre d'Algérie. En "littérature blanche", c'est-à-dire à la fois générale et, autant le dire, élitiste, je trouve que c'est ce qui se fait de mieux. Une langue travaillée, des phrases longues mais au vocabulaire accessible, le tout mis au service d'une sorte de dissection des méandres de la psychologie humaine.
Lorsque son roman "Histoires de la nuit" est sorti en 2020, je l'ai tout de suite acheté, dévoré, adoré. Selon moi, et selon d'autres personnes, ce roman méritait le Goncourt, beaucoup plus que "La Maison vide", du même Laurent Mauvignier, qui l'a obtenu en 2025.

Quand j'ai appris que l'adaptation cinématographique sortait au cinéma, j'ai eu hâte d'y aller. Très dubitative toutefois. Les acteurs et actrices choisis ne correspondaient pas du tout à l'image construite par mon imaginaire lors de la lecture. Et surtout, je ne voyais pas comment restituer à l'écran l'intériorité psychologique si finement décrite dans le roman ?
Un film d'intrusion, un huis clos, un travail d'orfèvre

Le synopsis
Dans le hameau La Bassée, isolé de tout, vivent Bergogne, sa femme (Marion dans le livre, Nora dans le film) et leur fille Ida. Leur voisine Cristina est une peintre installée là depuis des années ; Ida vient souvent passer un moment avec elle. En revanche, Cristina a peu de lien avec la femme de Bergogne, qu'elle trouve distante et peu aimante.
Alors que l'on s'active pour préparer la soirée d'anniversaire de Nora, des inconnus vont faire intrusion dans le hameau et faire ressurgir le passé trouble de celle-ci et les raisons mystérieuses de son étonnant mariage avec Bergogne.
Le travail d'orfèvre des artistes
Ces actrices et acteurs que je n'imaginais pas du tout dans ces personnages s'imposent immédiatement par leur talent. Toutes et tous parviennent à restituer la complexité et l'intériorité des personnages du roman. Soutenus en cela par le travail minutieux de la scénariste et réalisatrice Léa Mysius (photo ci-dessous).

Celle-ci s'est appropriée ces "Histoires de la Nuit" sans en dénaturer la profondeur. Elle réussit la montée progressive de la tension, restitue à l'écran le huis clos étouffant du livre. Elle réalise un film grand public, accessible. Mais elle donne accès au mal-être de Bergogne, protagoniste principal du roman, au choix criticable de Nora de s'unir à un homme dont elle n'est pas amoureuse. Hafsia Herzi se glisse parfaitement dans ce personnage de femme mystérieuse, un peu en retrait du monde, forte et tranchante quand il le faut. Tous les seconds rôles sans exception jouent à la perfection (dont des découvertes : Tawba El Guarchi dans le rôle de la petite Ida et surtout Alane Delhaye dans le rôle de Bègue, exceptionnel ).
La direction d'acteurs donne à chacune et chacun l'occasion de montrer toute l'étendue de son art. La réalisatrice révèle son talent sans esbroufe. Le roman adapté devient un matériau sublimé, sculpté par la scénariste/réalisatrice pour en tirer le meilleur parti. Bref, cette adaptation cinématographique, n'en déplaise à la presse qui fait la fine bouche, est une réussite. Le film a été sélectionné au Festival de Cannes, avec raison.
Conclusion
J'ai vu le film hier soir et j'ai eu envie d'écrire dès ce matin cet avis, moi qui suis en panne d'écriture, en panne de tout. J'ai tellement aimé le film que cela me donne envie de relire le livre. Si les 634 pages de ce roman vous effraient ( c'est effectivement long et pas forcément accessible à tous les lecteurs/lectrices ), le film est un très bon moment de cinéma qui se déguste comme une œuvre artistique indépendante très réussie.
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Commento (2)
Harold Cath 5 ore fa
Tu me donnes vraiment envie de, si pas lire le livre (ma PàL est full), au moins voir le film dans tous les cas. Et, je te rassure, tu n'es pas en panne de tout, la preuve : tu nous emportes dans ces univers cinématographiques, qu'ils soient réussis ou éloignés de l'œuvre. Merci pour cette découverte.
Alexandre Leforestier 6 ore fa
Super ces chroniques littéraires, cela ouvre les horizons ! ☀️
Line Marsan 5 ore fa
Merci Alexandre. Cela me permet de contribuer à animer le fil d'actualité même si je n'écris plus de fiction.