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Agriculture : renoncer à l’industrielle pour une reconquête d’une agriculture régénérative désirable
Non-fiction
Ambiente
calendar Pubblicato 1 apr 2026
calendar Aggiornato 1 apr 2026
time 32 min

Agriculture : renoncer à l’industrielle pour une reconquête d’une agriculture régénérative désirable

On parle d’agriculture comme d’un secteur économique parmi d’autres : compétitivité, rendements, normes, simplification. Si techniquement les exploitations agricoles sont bel et bien des entreprises comme les autres, soumises aux lois économiques au même titre que n’importe quelle autre entreprise, philosophiquement, c’est une erreur de catégorie. L’agriculture est la couche biologique de la civilisation : elle conditionne la santé, l’eau, les sols, la biodiversité, donc la capacité d’un pays à durer.


Anthropologiquement, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs étaient nomades parce qu’ils ignoraient la possibilité de cultiver et d’élever. C’est le néolithique qui a permis l’émergence de la civilisation, qui a reposé sur ce que nous appelons aujourd’hui « le secteur primaire ». Durant des millénaires l’Humanité a vécu ainsi, avec « le secteur secondaire », l’industrie, poterie, outils, ainsi que « le secteur tertiaire », les services, balbutiant, sécurité, santé, en arrière-plan. Et c’est la complexification de la société par le progrès qui a modifié structurellement le paysage économique pour en parvenir aujourd’hui à ce que l’agriculture en soit réduite à la portion congrue de l’économie, d’abord portée par le secondaire avec la révolution industrielle, puis par les services finalement. Mais sans jamais la voir disparaître, même avec une part infime du PIB, l’agriculture reste le pan sensible puisque c’est elle qui est à l’origine même de la vie, elle nourrit la population.


Or la trajectoire actuelle ressemble à une régression systémique : l’agriculture s’est industrialisée en détruisant ses propres paramètres de stabilité. Elle s’est aussi financiarisée. Résultat : concentration du contrôle foncier, dépendance aux intrants, pression sur les revenus, destruction écologique, et verrouillage technique des producteurs, qui travaillent comme des damnés pour payer les annuités de leurs infrastructures et machines, des immobilisations comptables considérables, ainsi que le financement des coûteux intrants qui imposent ces infrastructures et machines. Un onéreux cycle de rétroaction industriel présent à toutes les échelles, même celles des exploitations de petite taille qui reproduisent, tant que faire se peut, à leur échelle les pratiques des géants. Avec une exposition au risque d’autant plus conséquente qu’elles ne disposent pas des capitaux nécessaires pour assumer les aléas courants. C’est la raison pour laquelle les agriculteurs qui manifestent bruyamment pour défendre leur modèle, qui leur est insupportable, ne sont pas des géants, qui eux sont à la solde du lobby agroalimentaire et sont les organisateurs de la manifestation. Ils instrumentalisent les petits pour leurs propres intérêts, faisant appel à l’émotion, aux sentiments de la population, qui défend vaillamment ses agriculteurs qu’elle honnit pourtant tout au long du restant de l’année, lui reprochant ses pratiques polluantes et peu qualitatives.

Le moteur réel de la concentration : la dépendance chimique

Le point de départ de tout ceci n’est pas “le foncier trop cher”. Le point de départ est par conséquent la technique industrielle. Le modèle productiviste fonctionne comme une substitution : on remplace des fonctions écologiques (fertilité vivante, régulations biologiques, maillage bocager, diversité variétale, stabilité hydrique) par des intrants marchands et de la mécanisation lourde. Pesticides, herbicides, engrais, semences standardisées, protocoles. Cela donne une impression de maîtrise, mais c’est surtout une dépendance inéluctable et coûteuse parce que nécessitant des machines et des infrastructures adaptées.


  1. Elle impose : Des investissements fixes (machines, bâtiments, stockage) ;
  2. Des dépenses récurrentes (intrants) ;
  3. Une vulnérabilité aux prix de l’énergie et de la chimie ;
  4. Une captation de la valeur en amont et en aval (intrants, transformation, distribution).


À partir de là, la chaîne économique devient mécanique : Destruction écologique (haies, biodiversité, sols) » fragilisation biologique » nécessité de plus d’intrants pour “tenir” les rendements » hausse des charges et baisse du revenu net » besoin d’augmenter les volumes » besoin d’augmenter les surfaces » besoin de capitaux croissants » avantage structurel aux gros acteurs » simplification du paysage (agrandissement parcellaire, arrachage de haies) » nouvelle destruction écologique » nécessité d’une nouvelle optimisation industrielle » plus de volume » machines plus grosses sur des surfaces plus grandes pour mettre plus d’intrants » plus de capitaux mobilisés » moins de petites exploitations » foncier de plus en plus financiarisé et environnement de plus en plus dégradé » agriculture de moins en moins de survivance » de moins en moins de souveraineté alimentaire » de moins en moins d’exploitations » des géants de plus en plus puissants, etc.


Le cœur du problème est là : l’agriculture industrielle consomme l’écosystème pour acheter, à la place, des substituts industriels. Et plus elle détruit, plus elle doit acheter et plus l’agriculture se distancie des petites exploitations qui se retrouvent à devoir mobiliser de plus en plus de capitaux pour exister alors qu’elles n’en n’ont pas les moyens et sont par conséquent le plus généralement contraintes à renoncer ce qui laisse le champ libre aux géants, qui accroissent leur pouvoir sur le secteur. Une spirale infernale qu’il est impératif de briser.

Les chiffres transcendent la structure : moins d’exploitations, plus grandes, plus concentrées

Les ordres de grandeur officiels sont utiles parce qu’ils évitent les impressions. En 2020, une exploitation agricole en France métropolitaine exploite en moyenne 69 hectares de SAU, et leur nombre est d’environ 389 000. Ces chiffres surprennent souvent car une partie visible du paysage (grandes cultures) travaille fréquemment 150–300 ha et davantage. La moyenne nationale est tirée vers le bas par une distribution très asymétrique : élevage, polyculture-élevage, viticulture, maraîchage, etc. L’Insee le formule clairement : la SAU (Surface Agricole Utile) est inégalement répartie, 5 % des exploitations utilisent 25 % de la SAU. Des exploitations viticoles de 10 hectares contrebalancent des exploitations céréalières de plusieurs centaines ou même milliers d’hectares.



Autre point crucial : la dépossession n’est pas seulement une question de propriété, mais de contrôle. Le faire-valoir en location auprès de tiers est le mode le plus répandu et concerne 51 % de la SAU ; le faire-valoir direct représente 20 % seulement. Autrement dit, le système de fermage est structurant : beaucoup d’hectares “travaillés” ne sont pas en propriété propre et relèvent d’une interaction entre le cultivateur et le propriétaire du terrain. Ici encore le mieux-disant étant évidemment celui qui a le plus de chances d’emporter le fermage.

L’arrachage des haies, une catastrophe écologique à fin d’optimisation industrielle

Le XXe siècle a “optimisé” l’agriculture en supprimant ce qui la stabilisait. Depuis 1950, 70 % du linéaire de haies aurait disparu. La haie n’est pas un décor. C’est une véritable infrastructure écologique : eau, anti-érosion, microclimats, habitats d’auxiliaires, corridors biologiques, résilience. La supprimer donne des gains immédiats d’efficacité machine par l’agrandissement des parcelles, puis fait exploser les besoins en intrants en détruisant les régulations naturelles. L’économie d’échelle industrielle est très souvent une économie d’arrachement. Le surcoût environnemental indirect consécutif de cette politique est lui supporté collectivement, la valeur financière de l’objet spéculatif qu’est devenue la surface étant privatisé au désavantage de l’ensemble.

La crise des vocations n’est pas due à une vie dure, c’est un refus de participer à un système mortifère


Le discours courant réduit la crise des installations à la pénibilité et auxrevenus. C’est réel, mais incomplet, s’il est vrai qu’en raison de l’industrialisation du modèle productif le travail est devenu de plus en plus harassant et peu désirable, c’est un autre élément qui paraît plus rédhibitoire pour les jeunes. Ce qui induit un phénomène plus profond en cours : le refus moral de contribuer à un modèle perçu comme biologiquement suicidaire. Les mobilisations d’étudiants en agronomie contre le productivisme illustrent cette fracture : la contestation vise l’alignement de la formation et des débouchés sur une agriculture industrialisée et chimiquement dépendante. Les vocations ne manquent pas. Elles se retirent d’un futur jugé toxique : travailler comme des damnés pour une rémunération instable, en produisant de la standardisation à bas prix et en dégradant l’environnement, n’est plus acceptable pour une génération conscientisée et moralement versée à l’écologie.


La conséquence pratique est nette : tant que le métier reste associé à la destruction et à la dépendance, on n’obtiendra pas un renouvellement massif. Dans tous les corps de métiers les « bifurqueurs » sont de plus en plus nombreux, des jeunes, de haut niveau de formation, qui refusent de collaborer avec un système dont ils ont pleinement conscience qu’il compromet leur avenir et celui de leurs enfants. Un double drame, parce que d’un côté le système n’évolue pas, de l’autre il perd les têtes bien faites nécessaires à son évolution.

Requalifier le métier : du technicien d’exploitation à l’agronome-exploitant

Le problème n’est pas tant que les agriculteurs ne sont pas formés. D’un point de vue scolaire ils le sont plus qu’avant. A l’origine le « paysan » était celui qui ne sachant rien faire reprendrait la ferme familiale. Par la suite, avec la mécanisation, puis l’apparition des pesticides, la complexification s’est imposée et ce paysan est devenu agriculteur, ce qui nécessitait déjà un niveau de compétences plus élevé. Puis il est passé à technicien d’exploitation. L’agriculteur contemporain est un véritable gestionnaire qui a appris à suivre les instructions d’un cahier d’exploitation, d’un mode d’emploi des grands semenciers ou marchands phytosanitaires qui le fournissent, ainsi que ses coûteuses machines, désormais informatisées. Le problème est donc ailleurs : la compétence agricole moderne doit être désormais une compétence de systèmes vivants, pas une compétence de protocole. Hier le paysan était peu diplômé, mais “habité” par l’écosystème, connecté à la nature qu’il pratiquait depuis toute sa vie et transmise de génération en génération.


Aujourd’hui, on forme en quelques années des opérateurs de machines et de conformité. On n’acquiert pas la complexité du vivant en accéléré. Si certains sont descendants d’agriculteurs, c’est toujours avec la vision actuelle de l’agriculture, qu’ils vont reproduire, avec ses forces et ses faiblesses. Nés dans cet environnement, ils ont des compétences ataviques et l’expérience familiale et de terrain. Mais beaucoup sont urbains, apprendre le vivant en même temps que de soigner l’animal, entretenir la machine, gérer l’exploitation, n’est évidemment pas réaliste. L’apprentissage du vivant est un travail de patience, qui se fait sur un temps long. La formation d’agriculteur ne fait qu’apprendre à reconnaître les espèces principales, identifier les variétés imposées par la mondialisation agricole, utiliser les intrants, la mécanique de base et les rudiments du maintien d’un troupeau. La grosse part du savoir essentiel touchant au vivant passe à l’as, faute de temps.


Si l’on veut sortir durablement de la dépendance chimique, il faut un saut de qualification : installer une norme de fait « agronome-exploitant », c’est-à-dire un niveau de compréhension incluant des notions de biologie, l’écologie fonctionnelle, la microbiologie des sols, l’hydrologie, l’agroforesterie, l’exploitation des données et l’imagerie satellitaire, le diagnostic et la prévention). Cela implique une formation initiale plus longue pour les futurs installés et une formation continue structurée pour les actifs (certifiante, financée, progressive), afin de convertir des pratiques, pas seulement des discours. Sans montée en compétence, l’agroécologie, impliquant une considérable complexification des techniques, reste un slogan. Avec montée en compétence, elle devient une puissance productive.

D’évoluer n’a rien d’extraordinaire, l’agriculture n’a fait que ça depuis la nuit des temps

L’agriculture de subsistance au néolithique. Il s’agit de produire pour se nourrir et obtenir d’autres biens. Ce n’est pas encore un paysan, c’est le mode de vie de chacun dans la tribu où tout le monde doit produire des outils, des poteries, chasser, cultiver et participer à la protection du village, des animaux et des cultures. Il n’est évidemment ni question d’impôt, ni d’employé ni quoi que ce soit, c’est le mode de vie basique. On est installé dans une société grégaire dans laquelle chacun échange avec les autres sa production avec une entraide mutuelle pour la défense comme le travail.


C’est le début de la sédentarisation et de la spiritualité moderne. Comme les cultures nécessitent d’attendre le temps de la pousse, le nomadisme n’est plus possible, ce qui est propice au développement de la spiritualité. Des cultes se développent pour espérer les cultures, c’est l’époque des totems.


L’agriculture féodale. Le paysan est également tâcheron, il assume la Corvée, paie la Dîme sur sa récolte et il a besoin de la protection du seigneur local, généralement propriétaire des terres. La société est déjà plus structurée, il existe une justice, un pouvoir politique, les échanges ont une stature plus commerciale.

Sa production le nourrit lui et sa famille, est vendue partiellement au marché et une partie est prélevée au titre de l’impôt. En échange il bénéficie des avantages que le seigneur peut lui apporter en termes de protection et d’assistance.



L’agriculture moderne. Elle n’a plus besoin de protection spécifique, le paysan ne se réfugie plus dans le château avec sa famille où on lève le pont-levis en cas d’attaque barbare, la sécurité est institutionnelle dans une société très structurée et structurante. Arrivent les machines, de plus en plus puissantes qui font que le paysan qui nourrissait sa famille en vient à nourrir de plus en plus de monde.


Les impôts ne sont plus prélevés sur la production, mais sur le chiffre d’affaires. On observe les bribes de la transformation de la ferme devenant progressivement une exploitation agricole. Il est toujours tâcheron, ce qui lui permet d’aller collaborer à d’autres exploitations. C’est le début de l’exode rural, les machines faisant que moins de monde dans les exploitations permet de produire beaucoup plus. Et il faut des bras pour cette industrie des machines, transformant le paysan en ouvrier d’usine à la ville, avec un salaire.



L’agriculture aujourd’hui. Le paysan est devenu agriculteur puis chef d’exploitation. C’est un patron, il a des salariés selon la taille de son entreprise. Il y a de nouveaux acteurs avec lesquels il interagit de manière intriquée, l’industrie agroalimentaire, qui lui fournit des compétences, ses semences, et des produits phytosanitaires et des engrais pour booster sa production. Une véritable industrie au même titre que les autres. La subsistance familiale n’est plus que secondaire. Les impôts, les charges, sont gérés exactement comme dans n’importe quelle autre entreprise, avec une comptabilité. Il y a encore 100 ans, le raté de la famille dont on ne savait que faire reprenait la ferme, désormais c’est un technicien d’exploitation avec un diplôme, un spécialiste, au même titre qu’un mécanicien ou un électricien.



Le plus naturellement du monde l’agriculture du 21e siècle continue son processus d’évolution, auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. Elle est plus coopérante, les agriculteurs travaillent avec des machines automatiques, robotisées, ce qui leur offre des vacances et plus de confort, une vie plus agréable et plus passionnante. Le temps libéré par les machines permet de mieux s’occuper de ses bêtes, d’avoir plus de temps pour les activités alternatives et la vente directe. De s’occuper de soi et sa famille. La production est plus qualitative, avec moins ou plus du tout de pesticides. L’industrie agroalimentaire voit son rôle modifié. Elle fournit toujours des compétences et des semences, ainsi que des produits phytosanitaires, mais de nouvelle génération, qui ne métabolisent pas, utilisés au compte-goutte dans une agriculture de précision qui ne traite que si nécessaire et uniquement là où il faut avec le dosage suffisant.


Elle assiste l’agriculteur en lui apportant ainsi des moyens auxquels il ne pourrait pas accéder par lui-même comme de l’imagerie satellitaire et son interprétation par des agronomes. L’exploitation est diversifiée, elle produit de l’énergie et méthanise. Les machines sont plus nombreuses mais plus petites, bien moins conséquentes, électriques, solaires, silencieuses, pratiques, confortables. Comme les nouvelles techniques agricoles imposent de ne plus labourer et de ne plus traiter massivement, il n’y a plus besoin de puissants tracteurs. De petites machines autonomes sarclent, désherbent, récoltent, plantent… et l’exploitant vaque à ses occupations, remplaçant son collègue, s’occupant de ses bêtes, de ses clients, de ses machines, de ses hôtes, de ses activités alternatives, de sa famille, de lui-même…



Sortir les anciens sans casse sociale : libérer la place, éviter la capture

La concentration foncière s’alimente aussi d’un fait démographique : la transmission. Quand les exploitations ne trouvent pas repreneur, ou quand l’environnement rend la reprise indésirable, le marché est capté par les acteurs solvables — donc souvent les plus gros. Lorsque les terrains appartiennent en propre à l’exploitant qui prend sa retraite, il conserve un contrôle sur leur devenir et le plus souvent rejette toute idée qu’un gros se les approprie. Eventuellement il les donnera en fermage pour arrondir sa retraite, mais cela reste réversible. Seulement comme la grosse part des surfaces exploitées est en fermage, cela signifie que le retraité ne va pas conserver ces surfaces et payer un loyer à vide, il va rendre le fermage et la terre ne trouvant pas preneur, soit sera en déshérence, soit son propriétaire sera bien obligé ou de la vendre ou de la mettre en fermage à un gros exploitant.


Il faut donc organiser une sortie digne et incitative des anciens, non pour les stigmatiser, mais pour libérer des « droits d’exploiter » de manière contrôlée et ainsi empêcher la capture pour l’agrandissement. En choisissant d’accompagner la mise à la retraite, par un financement, cela permet de décider du moment et de le faire coïncider avec l’apparition d’un éventuel repreneur qui ne pourrait pas s’installer si la terre avait déjà été transmise à un plus gros. Et ce tout en permettant à l’ancien de sortir dignement et plus tôt sans se retrouver contraint à devoir adhérer à de nouvelles techniques qu’il ne maîtrise pas et ne souhaiterait pas acquérir au vu de son âge et de ce qu’il lui reste de carrière. Concrètement, cela passe par des mécanismes de transition : départs aidés, transmissions accompagnées, contrats de tutorat rémunérés, et conditions qui favorisent la reprise par des jeunes (plutôt que l’extension par les voisins les plus capitalisés). C’est un levier majeur : sans place libérée, il n’y a pas de renouvellement ; sans renouvellement, la concentration continue.

Stimuler les vocations : rendre l’installation désirable et possible

La clé est de rendre le métier “sexy” au sens strict : désirable, valorisé, et praticable. Cela exige une combinaison :


  1. Mission claire et positive, conforme aux attentes de la nouvelle génération (régénération biologique) ;
  2. Statut social rehaussé (métier scientifique, pas « ouvrier de la chimie ») ;
  3. Revenu garanti et stabilisé pendant la formation et l’installation ;
  4. Accès au capital productif ;
  5. Cadre législatif et systémique écologique qui protège le modèle (et empêche le dumping industriel).


Une mesure structurante est simple à formuler : une filière d’installation agronomique financée et rémunérée, où la collectivité finance la formation et un revenu de vie pendant les études, en échange d’un engagement d’installation et de pratiques conformes à un cadre écologique. C’est précisément ce qui transforme une intention en bascule de masse. La diversification, comme la production d’énergie photovoltaïque en protégeant certaines cultures ou sur les toits des hangars ou encore la méthanisation, mais aussi l’automatisation, rendent le métier plus passionnant, plus rentable, plus écologique, plus confortable et donc plus désirable.

Haies, parcelles, foncier : pourquoi la contrainte écologique change le prix et l’accès

Limiter les surfaces continues, imposer un maillage bocager, fragmenter les parcelles n’a pas pour effet automatique de faire baisser les prix. En revanche, cela modifie la structure du marché en affaiblissant la rentabilité spécifique des stratégies d’économies d’échelle. Les gros acteurs rentabilisent leur modèle en optimisant l’homogénéité : grandes parcelles, grosses machines, réduction des temps morts, export à faible marge. Si la réglementation réintroduit des paramètres écologiques qui empêchent cet optimum (haies obligatoires, limitation des grands “déserts” agricoles), le coût unitaire remonte pour ce modèle exportateur. L’appétence foncière des acteurs d’échelle se réduit, la pression spéculative se détend.

En parallèle, la fragmentation change l’accessibilité : une parcelle de 500 ha, même bon marché au m², reste inaccessible à un petit exploitant. Une mosaïque de 5–20 ha, même plus chère au m², redevient finançable. Cela augmente mécaniquement la probabilité d’attribution à de petits installés et empêche la captation par “coups” massifs. La baisse du foncier, lorsqu’elle se produit, est alors un effet de second ordre : moins d’acteurs capables d’extraire une rente d’échelle, plus d’acteurs capables d’acheter pour produire. Dès lors, d’introduire des mesures édictant par exemple l’interdiction de parcelles de plus de 5 hectares ou sans haie sur plus de 900 mètres linéaires, compromet clairement les prix à l’export d’une production industrielle de masse ce qui favorise les exploitations à taille humaine.

Les multinationales : de la rente chimique aux services écosystémiques

Sortir de l’agro-chimie systématique n’implique pas de contrainte sur l’agro-industrie. Bien au contraire, cela signifie simplement changer sa fonction. La transition agroécologique est une transition d’échelle. Des petites exploitations familiales de très petite surface en bio et/ou en permaculture, c’est bien, évidemment, mais ce n’est pas ça qui va nourrir le monde. C’est une vision purement idéologique de l’agriculture, inconsciente de la réalité de l’ampleur de la production alimentaire. En réalité, ces petites exploitations écologiques ne représenteront jamais plus qu’une fraction infinitésimale de la production globale qui a besoin d’une industrie agricole massive, même si respectueuse de l’environnement : données, diagnostics, surveillance, assistance, logistique, standardisation de la qualité (pas du vivant). Les multinationales sont, de fait, les seules capables d’opérer certaines infrastructures à grande échelle, de disposer des moyens, des capacités structurelles et des compétences pour gérer un marché à telle échelle. Elles peuvent donc avoir un avenir majeur en basculant vers des services écosystémiques :


  1. Surveillance satellitaire et détection précoce ;
  2. Analyses avancées de sols et de biodiversité ;
  3. Collecte des informations des observateurs de terrain ;
  4. Constitution de bases de données agronomiques territoriales ;
  5. Assistance technique locale de pointe ;
  6. Outils de pilotage multi-critères (sol, eau, biodiversité, carbone, rendement).


Un avenir technologique donc, à très forte valeur ajoutée, à la fois productive et écologique, où cette industrie qui aujourd’hui vit de la vente de produits phytosanitaires se transforme en prestataire de services, orchestrant des représentations locales qui interagissent avec les cultivateurs qui eux n’ont pas les capacités de maîtriser l’ensemble des données dans un système agricole encore bien plus complexe qu’aujourd’hui, scientifiquement plus avancé. Leur chiffre d’affaires ne disparaît par conséquent pas nécessairement, il se réoriente structurellement. On vend moins de molécules, mais plus d’intelligence, de stabilité biologique, des services. Mais cette bascule suppose une maturation politique et un cadre juridique protecteur : non pas seulement pour contraindre à cette évolution, mais aussi et surtout pour établir une trajectoire claire qui sécurisera et orientera les investissements dans ces nouveaux métiers.

Intégration néocapitaliste : AMI, capital distribué, souveraineté productive

La transition agricole est un cas d’école : le problème n’est pas le capitalisme, c’est la concentration du capital et la privatisation des paramètres vitaux. L’AMI (Action Mutuelle d’Investissement) est précisément un outil de redistribution du capital productif : la population cesse d’être consommatrice passive et devient co-investisseuse, et par conséquent co-responsable, de la base de survivance. En finançant l’installation agroécologique par un mécanisme mutualisé et gouverné démocratiquement, on crée :


  1. Un accès équitable au capital ;
  2. Un partage du risque ;
  3. Une conscience collective des enjeux renforcée ;
  4. Un intérêt public plus proche de la production alimentaire ;
  5. Une valeur qui reste territorialisée ;
  6. Un contrôle mieux maîtrisé de la production de denrées, aujourd’hui externalisé dans des groupes internationaux ;
  7. La possibilité d’introduire la revisitation de la mondialisation agricole en documentant la production plutôt que de l’exporter ;
  8. Un regain de diversité variétale correspondant à la demande locale ;
  9. Une souveraineté productive renforcée.


C’est une reconnexion anthropologique : la population se reconnecte à son essence originelle — participer au maintien de la chaîne de vie —, non par morale, mais par architecture économique. Tout en facilitant l’accession à l’installation pour les jeunes agriculteurs, qui bénéficient d’une formation, une législation et un soutien par la population, un cadre dynamique et valorisant, stimulant.

Diversité variétale et remondialisation régénérative

La monoculture est une économie de simplification, on a réduit la diversité variétale parce qu’il s’agissait de produire des variétés compatibles, miscibles dans des bateaux et des silos. Il fallait donc bannir l’excentricité ou la spécialité, ce qui a entraîné l’attrition constante de la diversité variétale. L’agroécologie, tout au contraire, est une économie de complexité, qui doit être maîtrisée. Il s’agit de rétablir les écosystèmes, cultiver les variétés endémiques locales originellement, qui conviennent à la population d’insectes, ce qui permet à la population d’oiseaux de se reconstituer. Moins de pesticides, c’est moins de toxicité, des variétés locales c’est de la spécialisation et donc de la valeur ajoutée à l’export, la diversification nécessaire pour ces exploitations c’est un meilleur revenu, il s’agit vraiment d’introduire une nouvelle systémique dans la profession agricole, sans revenir en arrière, mais au contraire d’exploiter les nouvelles possibilités.


Fragmentation écologique, on travaille localement selon des paramètres locaux, montée en compétence globale, mais aussi montée en compétence locale, services écosystémiques, la combinaison vers un retour possible de la diversité variétale. Ce qui débouche ensuite sur l’horizon cohérent de la remondialisation agricole fondée sur des productions certifiées et traçables, non sur la standardisation de masse. Les technologies de certification distribuée (dont blockchain, lorsqu’elle sert d’infrastructure de confiance plutôt que d’argument marketing) peuvent soutenir cette mondialisation de singularités vérifiables : on n’échange plus seulement des volumes, on échange des qualités territoriales démontrables, issues de territoires régénérés.


Sortir du productivisme n’est donc absolument pas décroître, mais changer de modèle de puissance. L’agriculture industrielle a construit une puissance fausse : produire des volumes en détruisant les paramètres qui rendent la production durable. Elle remplace le vivant par des intrants, puis devient dépendante de cette substitution. La sortie est une montée en gamme civilisationnelle : rendre l’agriculture plus scientifique, plus capitalisée, plus distribuée, plus régénérative. Former des agronomes-exploitants. Former les actifs. Organiser la transmission et la sortie digne des anciens. Stimuler les vocations par une filière financée et une installation rendue possible. Restaurer les haies et les règles écologiques qui protègent les équilibres. Et intégrer les acteurs d’échelle comme opérateurs d’une infrastructure de régénération, encadrée et orientée.


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