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Épisode 113 :  Déséquilibre
Fiction
Tale
calendar Publicado el 22, oct, 2026
calendar Actualizado 22, oct, 2026
time 9 min
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Épisode 113 : Déséquilibre

🎧 Musique : Deal Gone Wrong – Toby Fox, Andy's Toy Remix

Pour profiter pleinement de l'expérience de lecture en musique, si vous n'avez pas d'abonnement YouTube Premium, je vous conseille de lire ce texte sur ordinateur et d'ouvrir le lien musical dans un nouvel onglet. Ça marche tout aussi bien et ça a l'avantage d'être gratuit 🙂

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Quels que soient les reproches qu'il puisse faire, ou pas, à Mélusine...


Siegfried aurait-il pu faire autre chose que recourir au diable, dans la situation où il se trouvait ?


"Nous ne demandons la charité à personne."

"Nous nous débrouillons malgré toutes les difficultés pour nous en sortir tout seuls et pour n'avoir besoin de personne."


Celui qui a dit cela est un manant.


Pourtant Dieu sait si les manants ont la vie dure, manquent de moyens, et pourraient être bien plus tentés de recourir au diable que Siegfried l'a jamais été. Mais ils ne le font pas. Même Seppi ne le fait pas.


Alors comment s'en sortent-ils ?


Comment font certains pour aller même jusqu'à prospérer ?


Le travail. Le commerce.

Les deux étant des transactions.

Comme ce qu'il a fait avec le diable.


Sauf que ça ne leur coûte pas leur âme.


Du travail contre de l'argent. Du travail contre des biens. Du travail pour produire des biens. De l'argent contre des biens. C'est assez clair. C'est facile à comprendre.


Mais un seigneur n'est pas censé travailler. Ni faire du commerce.


Il peut toujours vendre ou échanger ses terres, s'il en a assez. C'est ce qu'il a fait avec Feulen pour avoir ces terres de l'Alzette.


Et maintenant qu'il y repense, il se demande s'il ne s'est pas bien fait avoir en la matière.


Certes, les terres de Feulen ne valaient pas grand-chose. Du moins c'était ce qu'on en disait. Peu fertiles, impropres à l'élevage. De la rocaille. À peine un ou deux ruisselets. Pas de ville, ni même de village. Un paysage très poétique, certes. Mais pas de quoi faire vivre son homme, et encore moins un seigneur. Pour lui, c'était juste des terres en plus. C'était ainsi qu'il avait appris à les voir. Tout le monde le pensait. Et c'est bien de cette considération-là qu'il est parti à l'époque.


Mais au moins elles comportaient un château.


Celles de l'Alzette étaient bien sauvages elles aussi. Pas de champs, pas de prés, pas de vergers. De ville encore moins. De village non plus. Juste des forêts. Potentiellement giboyeuses, certes. Mais pas de civilisation. Et pas de château. Juste la ruine de ce vieux fort au sommet du Bockfiels.


Il aurait peut-être dû négocier à l'époque plus qu'un simple échange de terres.


Surtout en sachant qu'il y aurait un château à construire – ce vieux fort était une ruine et ne valait rien, la seule chose à en faire était l'abattre. Ce qui était encore pire que pas de ruine du tout, parce que démolir, ça coûte aussi. Sa seule utilité était de prouver par les faits qu'on pouvait bel et bien construire quelque chose sur ce rocher – que l'idée de le faire n'était pas une chimère. Mais au-delà de la preuve de concept, ce fort ne servait à rien.


Le château de Feulen, lui, n'était certes pas grand, et encore moins luxueux, mais au moins il était habitable et fonctionnel.


Il n'y a pas gagné en échangeant globalement une terre certes pauvre, mais qui au moins comportait un vrai château, contre un simple rocher, même entouré de forêts, surplombé d'une ruine qu'il devrait de toute façon abattre. Les forêts de son domaine de Koerich lui suffisaient pour chasser.

Certes, l'intérêt des terres de l'Alzette, pour lui bien sûr, mais aussi pour tout seigneur qui eût été un tant soit peu stratège, c'était ce rocher.


Pour lui-même, parce que c'était là que vivait Mélusine.


Pour un plus stratège que lui, c'était la possibilité de surveiller les environs, notamment le cours de l'Alzette, et de voir venir le danger de loin. D'ailleurs, les Romains y avaient déjà pensé des siècles auparavant. Même si le fait que ce vieux fort ait été entre-temps laissé à l'abandon semblait bien prouver que tout compte fait, surveiller une rivière aussi peu navigable que l'Alzette n'était pas vraiment une priorité stratégique.


Mais qui de sensé aurait trouvé un intérêt à ces terres où à part ce rocher – qui offrait à peine assez d'espace disponible à son sommet pour y construire quoi que ce soit – un cours d'eau à peine navigable, des forêts et une vieille ruine, il n'y avait rien ?


Et pourtant, c'était lui qui était demandeur.


Personne ne se doutait pour quelle raison, bien sûr. Et à l'époque, plus d'un a dû se poser bien des questions. On a même dû se demander – déjà... – s'il ne perdait pas un peu l'esprit. Il n'en reste pas moins qu'il était demandeur, et même, pour tout dire, très amateur.


Ce qui ne le mettait évidemment pas en position de force pour négocier.


Le diable n'avait pas tort, à l'époque, quand il disait que ce qui fait la valeur d'un bien, ce n'est pas ce qu'il a coûté à celui qui le vend, mais ce qu'il représente pour celui qui l'achète. Celui qui a le plus intérêt à conclure l'affaire sera toujours le perdant. Parce qu'il sera prêt à beaucoup plus de concessions pour obtenir ce qu'il veut.


L'Abbaye de Saint-Maximin, à l'époque, a certainement su flairer la bonne affaire.


Les bons moines avaient-ils un intérêt particulier à cet échange ? Pensaient-ils pouvoir faire quelque chose de cette terre de Feulen ? Le château qui trônait dessus leur a-t-il paru être une aubaine ?


Ou bien étaient-ils juste contents de se voir enfin débarrassés de ces terres de l'Alzette dont ils n'avaient que faire et qui ne leur rapportaient rien ? N'était-ce pas plutôt cela, l'aubaine inespérée ? Se débarrasser enfin de terres sans aucune valeur ?


Tout cela est vraisemblable. Mais si c'était le cas, toujours est-il que les bons moines n'en ont rien laissé paraître. Ils étaient visiblement meilleurs négociateurs que lui.

Une chose est certaine, c'est que de leur propre initiative, ils n'ont jamais cherché à faire affaire avec qui que ce soit. Mais si quelqu'un d'autre manifestait un intérêt quelconque pour ce bout de terrain en friche, ils étaient prêts à le vendre. Ils laissaient juste faire la Providence. Ils chercheraient seulement, en cas d'intérêt, à obtenir le meilleur accord possible. C'était tout.


Mais au final, la transaction les a sûrement bien arrangés. Ils en ont certainement obtenu plus que ce qu'ils y ont laissé. Et toute charité chrétienne mise à part, ils ont bien dû en rire dans les capuches de leurs robes de bure, de ce grand dadais de Siegfried de Koerich qui prétendait faire des affaires mais qui n'y connaissait rien. Sûrement un grand mordu de la chasse, ont-ils dû se dire alors. Et c'est vrai qu'il avait une réputation en la matière, comme passionné et comme bon chasseur. Que pouvait-il trouver sinon à ces terres à l'abandon depuis des siècles et jamais vraiment exploitées auparavant ?


Épisode 114 : Mendicité spirituelle


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