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L'étrange magnétisme des mots

L'étrange magnétisme des mots

Publicado el 25, feb, 2026 Actualizado 25, feb, 2026 Society
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Il y a des mots qui nous habitent sans raison apparente.


Des mots qui n'ont rien de particulier, qui ne désignent rien d'extraordinaire dans nos vies, mais qui pourtant exercent sur nous une fascination inexplicable. Des mots qui même après répétition à en perdre leur sens gardent un charme curieux.


Pour certains (pour moi), c'est "pamphlet", pour d'autres, ce sera "crépuscule", "échalote" ou "réverbère".


Pourquoi diable "pamphlet" ?


Ce n'est pas comme si je passais mes journées à lire ou à écrire des pamphlets. Certains diraient que ce n'est même pas un mot particulièrement beau ou mélodieux.


Et pourtant, il est là, tapi dans un coin de mon esprit, prêt à surgir sans prévenir. Je le prononce parfois à voix haute, juste pour le plaisir de sentir les consonnes claquer contre notre palais.


Pam-phlet.


Deux syllabes sèches, presque rebelles. Le mot sonne comme ce qu'il désigne : un petit objet de colère, compact et percutant.

Nous collectionnons ces mots comme d'autres collectionnent des cailloux brillants.


"Apoplexie" nous plaît pour sa démesure médicale.


"Cucurbitacée" nous amuse notamment par son absurdité botanique. Notamment.


"Baliverne" nous enchante par sa sonorité désuète.


Nous ne savons même pas toujours ce qu'ils signifient précisément, et d'ailleurs, est-ce vraiment important ? Leur charme réside ailleurs, dans leur texture phonétique, dans l'image mentale floue qu'ils évoquent, dans le simple fait qu'ils existent.


C'est un peu comme tomber amoureux d'un objet inutile dans une brocante. Cette théière ébréchée ne nous servira jamais, nous n'aimons même pas particulièrement le thé, mais quelque chose dans sa forme, dans sa couleur passée, nous attire irrésistiblement.


Ah! Les mots fétiches sont nos théières ébréchées linguistiques.


Et puis il y a ce moment étrange où nous essayons de les placer dans une conversation.


Nous guettons l'occasion, nous tournons autour du pot (ou du pamphlet, encore et toujours), nous tentons de faire bifurquer le dialogue vers un terrain favorable. "Tiens, justement, en parlant de littérature engagée, les pamphlets au XVIIIe siècle..."


Nous savons que nous forçons un peu les choses, que c'est presque embarrassant, mais nous ne pouvons pas résister au plaisir de le prononcer à voix haute, devant témoin.


Parfois je me demande si les autres aussi ont leurs mots secrets.


Si vous avez aussi des mots qui vous inspirent et vous obsèdent.


Si ce collègue de bureau ne cache pas une passion inavouable pour "parallélisme" ou si ce voisin ne vocalise pas "virevolter" dans sa voiture.


J'imagine un monde parallèle où les gens s'échangeraient leurs mots préférés comme des cartes à collectionner : "Je te donne deux “pamplemousse” contre un “pamphlet”."


Le plus absurde, c'est que ces mots finissent par nous définir un peu.


Si nous devions nous présenter non pas par notre métier ou nos hobbies, mais par nos mots fétiches, que diraient-ils de nous ? Que nous aimons les sonorités rugueuses ? Que nous avons un faible pour l'outrance littéraire ? Ou simplement que nous sommes d'étranges créatures qui trouvent du réconfort dans l'arbitraire du langage ?


Peut-être qu'au fond, cette fascination pour certains mots est notre façon à nous de réenchanter le quotidien.


Dans un monde où nous parlons surtout pour communiquer, pour transmettre des informations utiles, ces mots-là n'ont pas besoin de justification. Ils sont là pour le plaisir pur, gratuit, de leur existence sonore. Ils sont nos petites rébellions linguistiques, nos jardins secrets phonétiques.


Et si quelqu'un nous demande pourquoi "pamphlet", nous haussons les épaules.


Parce que.


Parce que pam-phlet.


Parce qu'il n'y a pas toujours besoin de raison pour aimer les choses, même les mots.


Surtout les mots.


Pamphlet.


Pam-phlet.

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