"Mais rien n'a jamais suffi"
Je suis née dans une famille où le silence n’existe pas,
où le mot « intimité » n’a aucun sens.
Je suis née en entendant ma mère chanter, jouer de la guitare,
et la minute d’après, pleurer et se révéler sans tabou.
Je suis la petite dernière, la quatrième de la fratrie,
l’enfant arrivée sans être réellement désirée.
Je suis née au milieu de ce bruit,
de trois enfants qui m’ont accueillie,
et de parents qui ont dû faire face à cet imprévu.
Je portais les habits de mes frères,
les chaussures de ma sœur,
les pulls de mon père.
J’avais les cheveux courts,
les joues bien gonflées,
le ventre tout rond
et les yeux remplis de lumière.
Ma grand-mère pensait que l’eau bénite me ferait perdre du poids.
Ma mère pensait que les diététiciennes me feraient grandir en m’allongeant.
Mon père, lui, pensait que me faire culpabiliser sur ce que je mangeais m’aiderait.
Moi, je pensais devoir correspondre à leurs attentes.
Je pensais devoir perdre du poids pour leur plaire,
et être aimée à ma juste valeur.
Mais rien n’a jamais suffi.
La petite Anna n’a jamais perdu de poids.
Alors, petit à petit, je me suis effacée.
J’écoutais, je déchiffrais, j’anticipais la moindre envie.
J’étais devenue la petite Anna
trop serviable,
trop gentille,
trop naïve.
Je n’avais pas d’avis,
pas de place,
pas d’attention…
sauf quand j’en faisais trop.
Être parfaite, irréprochable,
aurait dû me donner enfin
le droit de recevoir
un peu d’amour.
Aujourd’hui, j’ai compris
que cet amour
était en moi depuis le début.
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Comentario (1)
Line Marsan hace 23 minutos
C'est touchant. Merci pour cette part d'intime.