la poésie prend souvent forme
Nous disons de cette photographie qu'elle est belle. Sans doute l'est-elle, mais encore faut-il savoir à partir de quoi une telle affirmation peut être formulée. La décrire consisterait déjà à en cerner quelques nervures signifiantes. Dire le visage pareil à une terre parcourue de profonds sillons, le dire en tant que cuir tanné par les ans, comme un bois antique dans lequel se seraient imprimés les signes du temps; le dire, en somme, métaphoriquement. Ceci serait une première tentative mais, de prime abord, nous sentons que cela ne suffit pas, que nous ne faisons qu'effleurer le problème, que nous demeurons en surface.
Or, si nous ne souhaitons avoir recours à la métaphore - cette merveilleuse figure de rhétorique par laquelle la poésie prend souvent forme - , alors nous comprenons que cet Existant, nous ne pouvons davantage l'aborder à l'aune d'une icône, pas plus qu'à la mesure d'une idole. Car, à le considérer de cette manière, nous ne ferions que le reconduire à ce qu'il n'est pas. A savoir une image, fût-elle celle d'une nature transcendant le réel qui nous affecte quotidiennement.
Une autre perspective consisterait à lui assigner quelque identité ou fonction sociale concourant à le déterminer. Et alors nous pourrions l'envisager sous les auspices du moine, de l'ascète, du pèlerin, peut-être même du chemineau longeant les sentiers du monde. Mais, ce faisant, nous le limiterions à quelque hypothétique silhouette, la condition humaine en comptant à foison.
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