Prologue
Prologue
— Capitaine ! Navire en vue !
Une voix venait de crier à la porte de sa cabine. Altharion se réveilla en sursaut. Un violent mal de crâne le saisit, et la lumière lui brûlait les yeux. Il regarda dehors par les petites lucarnes du gaillard arrière, la journée était déjà bien avancée. Il était encore allongé dans son lit, complètement nu, une femme à son côté, une jambe sur lui. Il la repoussa sans ménagement pour se lever et s’habiller. Encore une nuit où il n’avait pas pu bander pour satisfaire ses envies. Mais en avait-il vraiment envie d’ailleurs ? Cette catin dans son lit, comment s’appelait-elle déjà ? Altharion fouillait sa mémoire mais son prénom ne lui revenait pas. Lymata ? Lyssama ? Qu’importe, elle n’était pas importante.
Il l’avait faite venir à grands frais sur son navire. Il ne voulait pas d’une pute pleine de vérole, il avait besoin de quelqu’un qui présentait bien. Et ça pour présenter bien elle présentait bien. Elle était même jolie. Cela ne devait pas faire très longtemps qu’elle faisait ce travail. Elle était jeune, prenait soin de sa mise et son allure. Elle était instruite mais ça il s’en fichait pas mal. Tout le monde ne peut pas se payer les services d’une fille comme celle-là. Il avait bien cherché pour qu’elle ait les cheveux noirs et ondulés, un petit nez et des yeux verts. Ainsi, il pensait que le désir reviendrait, qu’il pourrait faire son deuil.
Son épouse bien aimée était morte il y avait maintenant plusieurs années et il n’arrivait pas à passer au travers de cette tempête. Après des semaines d’ivrognerie, il avait voulu faire paraître qu’il allait bien, qu’il reprenait la barre, mais ce n’était pas le cas. Il avait fait réarmer sa frégate et avait commencé à commettre des actes de piraterie, avec une violence nouvelle, pour montrer sa peine et sa détresse au monde entier. Il aurait celui qui lui avait enlevé la femme de sa vie. Qu’allait-il faire de cette fille dans son lit ? Vraisemblablement sa thérapie ne fonctionnait pas.
***
Il lui avait demandé hier soir de porter des vêtements qui avaient jadis appartenu à sa défunte femme. La jeune prostituée n’avait pas posé de question et s’était exécutée, c’était son métier. La lumière était très tamisée dans la cabine et cela aidait vraiment à ce que Altharion croit que sa femme était encore là. Il était assis à la table de la cabine et la regardait avec insistance. Il lui avait demandé ensuite de venir près de lui, de s’asseoir à califourchon sur lui et de l’embrasser. Ses yeux étaient fermés. La douceur de sa peau, son goût étaient proches de la seule femme qu’il avait aimée et l’espace d’un instant, il pensa que Veslyne était là, juste pour lui. Elle commença à déboutonner sa chemise, à embrasser son torse. Le capitaine avait toujours les yeux fermés et l’illusion semblait fonctionner. Il sentit une érection poindre dans son pantalon. Sa compagne le sentit et le dégrafa, révélant une belle queue qui n’était pas encore tout à fait dure. Quand bien même la jeune femme n’avait pas eu des dizaines de clients, ce sexe était épais et elle se faisait une joie de s’en occuper, de l’avoir rien que pour elle. Il valait mieux aimer le sexe quand on était une prostituée, même de luxe. Elle se mit alors à genoux entre les jambes de Altharion et prit son sexe dans sa bouche. Il bandait fort maintenant et le sexe tendu écartait les lèvres de la catin. Elle commença à le branler en même temps et sentait le désir monter en elle, une douce humidité la gagner. Elle poussa un petit gémissement, la queue du capitaine dans sa bouche. Celui-ci sentit que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas la voix de sa femme. Jamais elle n’aurait poussé ce petit bruit ridicule. Il ouvrit les yeux et vit la prostituée qui le regardait fixement, sa queue dans la bouche. C’en était trop. Il n’arrivait pas à se détendre et à penser à autre chose que la mort violente de Veslyne, où il avait été l’infortuné témoin, incapable de la protéger.
Son érection disparut et il soupira. Sa compagne essaya bravement de lui redonner un nouvel élan, avec ses caresses expertes mais rien n’y fit. Il se leva, la laissant par terre. Sans un mot, il alla se chercher une bouteille de rhum et se saoula ce soir-là, encore. La jeune femme ne savait que faire, c’était ainsi presque tous les soirs depuis qu’elle était arrivée sur ce bateau. Elle se mit au lit et s’alanguit en attendant que le capitaine vienne se coucher, ivre mort, comme d’ordinaire.
Elle avait été grassement payée pour accompagner Altharion en mer et chaque journée lui rapportait de l’argent, qu’il veuille d’elle ou non. Elle s’appelait Lyssara et avait accepté sans trop réfléchir. Il était beau, jeune. Cela lui changeait bien des hommes vieillissant voire complètement décatis qu’elle devait accompagner au théâtre pour faire croire à leurs amis qu’elle était leur nouvel amour. Personne n’était dupe mais si leur talent de séduction n’était pas là, leur argent le remplaçait presque. Souvent, ils voulaient d’elle ensuite mais leur âge avancé, leur embonpoint, leur consommation d’alcool déraisonnable étaient la garantie qu’ils ne banderaient pas et la laisseraient tranquille. Quelques fois, il fallait qu’elle honore son contrat malgré tout mais l’appât du gain était plus fort et elle oubliait vite ce qu’elle avait dû faire pour cet argent. Là, c’était un peu différent. Enfin quelqu’un avec un âge plus raisonnable, bien plus raisonnable même. Le capitaine Altharion ne devait pas avoir passé sa trentième année. Lyssara imagina qu’il la prendrait pour de vrai. Le premier soir, elle avait vu cette queue et en avait salivé d’avance. Puis elle avait découvert qu’il était impuissant, que sa présence était une simulation morbide. Vu le prix qu’elle était payée, elle essayait de faire un effort dès que cela était possible, mais en vain. Elle passait donc le plus clair de son temps sur le pont du bateau, à profiter des belles journées. Les marins n’étaient pas habitués à voir une si belle femme. Ils étaient plutôt relégués à des putains dans leurs moyens. Ils n’arrêtaient pas de la reluquer, comme si elle arrivait d’un récif magnifique, telle une sirène enchanteresse. Même si elle les trouvait repoussant, Lyssara aimait être regardée, être au centre de l’attention. Les formes de son corps et son visage angélique étaient sa fierté en plus d’être son outil de travail. Elle aimait beaucoup se contempler dans un miroir en se caressant. Finalement, elle n’aimait peut-être pas vraiment les hommes, mais plus l’image qu’ils lui renvoyaient d’elle.
***
Altharion était sur le pont et regardait dans sa lunette le navire au loin. Son estomac se serra quand il vit le pavillon : une seiche qui emprisonnait un navire dans ses tentacules. Il était temps de commencer sa vengeance. Il donna les ordres pour s’approcher du bâtiment. Alors qu’ils approchaient, il put lire son nom : le Jugement des Flots. Son premier message allait pouvoir être entendu. Ils étaient à portée de canons. La vigie du bateau les regardait, encore indécise sur l’intention d’Altharion. Soudain, les ordres furent donnés et les dix-sept volets de sabord à bâbord furent ouverts, découvrant des canons impressionnants. Les marins de Altharion étaient doués et les canons tirèrent presque en même temps quelques secondes plus tard. Lyssara, qui ne connaissait pas grand-chose aux batailles navales n’avait pas anticipé l’action. Le bruit des canons la terrifia au plus haut point. Le déchirement de feu lui vrilla les tympans et elle perdit l’équilibre sur le pont. L’instant d’après elle courait dans la cabine du capitaine pour se réfugier. La vigie sur le Jugement des Flots n’avait pas eu le temps d’alerter ses pairs que déjà des boulets traversaient la coque du navire de part en part. Il n’eut pas le temps de riposter, les voies d’eau étaient trop importantes et le bateau mal aligné. Une deuxième salve fut tirée et le navire commença à sombrer. L’attaque était si soudaine, si imprévisible que personne n’aurait pu la prévoir. Altharion avait fait monter un pavillon de commerce très classique dont personne ne se méfiait. C’était fourbe, mais en même temps, sa femme était morte à cause de manœuvres bien pires. Plusieurs marins étaient déjà morts, transpercés par des éclats de bois. Quelques rescapés eurent le temps de mettre une chaloupe à l’eau et essayèrent de s’écarter au plus vite du capitaine et de ses hommes. C’était une action désespérée, le gros vaisseau pouvait les rattraper en quelques minutes et les broyer sous sa coque. Un marin vint auprès du capitaine et demanda, en mangeant à moitié les mots :
— Cap’taine, qu’est qu’on fait d’ceux-là ?
— Rien.
— Rien ? le marin ne semblait pas comprendre.
— Rien, j’ai dit. J’ai un message à faire parvenir à leur employeur. Il devrait je pense commencer à le considérer avec sérieux.
Le capitaine souriait d’un sourire satisfait, les yeux enflammés de colère et d’excitation. Il aimait les combats et la violence. Les messages de Altharion ne faisaient que commencer. Il alla dans sa cabine, prit d’une soudaine envie, attrapa Lyssara qui s’était réfugiée sur le lit. Il lui arracha ses vêtements et pour la première fois, il la besogna avec rudesse. La jeune femme ne comprit pas ce qui lui arrivait.
Découvrez la suite (chapitre 1), dès lors que le livre papier sera officiellement paru (aux environs du 15 février).
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