Au bouton doré...
Au bouton doré...
Comme chaque matin depuis plus de trente ans, Micheline descendit de sa Renault 5 GTL pour rejoindre son collègue, Roger, devant la petite manufacture de boutons en tous genres « Au bouton doré ».
— Boujou ma Miche, ça va ti ? Fait plutôt frisquet ce matin !
— Boujou mon Gégé, bah on est debout pis on est là, donc c’est qu’ça va ! Et pis un grand week-end de quatre jours comme ça, bah c’est plutôt pas mal ! hein… Mais bon, maintenant, il faut s’y remettre. Allez en piste.
Plus de trente années que ces deux collègues, devenus complices, amis, comme frère et sœur, arrivaient ainsi les premiers à l’entreprise pour lever le lourd rideau métallique de la devanture, allumer les grands éclairages blancs, et les vieux radians électriques qui faisaient ce qu’ils pouvaient pour chauffer les lieux.
Puis invariablement, ils enfilaient presque religieusement leur blouse de travail, avant de préparer le café pour les six autres employés.
Mais ce lundi matin là, ils n’en crurent pas leurs yeux en entrant dans les lieux.
Ils restèrent bouche bée et muets, leurs regards faisant des allers-retours entre l’atelier et le visage de l’autre.
— Nan, mais qu’est-ce c’est que ce bordel ? Tu vois ce que je vois ma Miche, ou je rêve ?
— J’allais te poser la même question Gégé !
L’endroit avait été vidé de toutes les machines de fabrication, de tout ce qui servait à l’emballage avant expédition, des rayonnages de stockage. Jusque dans le bureau de la comptable et du patron tout, absolument tout avait été emporté. Même la cafetière, la vieille table et les chaises métalliques avaient été enlevées.
Seuls quelques vieux catalogues de présentation des boutons, quelques documents sans grande valeur et des cartons vides jonchaient le sol.
— Tu crois que la boîte a été cambriolée Gégé ?
— Euh… je ne suis pas flic, mais ça me paraît assez improbable, puisqu’aucune serrure n’a été forcée.
Alors, à moins que tu ne sois toi-même venue ce week-end pour tout emballer…
Roger n’eut pas le temps de finir sa phrase que Micheline lui sauta presque au visage comme une tigresse enragée :
— Nan, mais Roger, tu te fous de moi là ! Comment peux-tu imaginer un truc pareil ? Je te rappelle qu’on est trois à avoir les clés, toi, moi et monsieur Buzz le nouveau patron !
Roger sentit bien que sa blague n’était pas passée auprès de sa vieille complice.
— Allons, ma Miche, calme-toi, je déconne bien sûr ! Je sais bien que t’aurais jamais fait un truc pareil ! Par contre, ce monsieur Buzz, je t’avais bien dit que je ne le sentais pas depuis son arrivée, en mode bobo parisien, y a un an !
— Oui mon Gégé, c’est vrai. Et encore moins depuis le mois dernier, quand il nous a donné un jour de congé exceptionnel pour faire une visite privée de la boîte avec de soi-disant investisseurs des pays de l’Est…
Deux jours plus tard, on pouvait lire dans la presse locale :
« Scandale à la manufacture : Au bouton doré »
Les employés restent sans nouvelle ni explication de leur patron, qui semble avoir pris la fuite sans crier gare et en emportant tout avec lui.
De là à penser que ce monsieur Buzz est devenu le roi de la fermeture éclair, il n’y a hélas qu’un pas, que les employés démunis se voient contraints de franchir.
PascalN — Auteur
Le contemplateur éphémère ©
« Histoires vraies... ou presque »
Note de l’auteur : Pascal Nicod, alias « PascalN — Auteur Le contemplateur éphémère », est l’unique propriétaire et auteur de ce texte « humanuscrit », ainsi que de tous les droits connexes. Il n’en autorise pas l’utilisation sous quelque forme que ce soit, sans accord préalablement écrit et signé par lui-même, ou via la notice de transparence qui accompagne ce texte sur le réseau Panodyssey. Les IA du logiciel Antidote et de ChatGPT ont été utilisées uniquement à des fins de correction orthographique, grammaticale et typologique. L’illustration a été créée avec IA-ChatGPT-6 Astra.
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Ici écrit PascalN — auteur Le contemplateur éphémère. J’observe les humains, le monde, la vie… et même les machines. Mais contempler ne signifie pas consentir à être dévoré.
Mes mots sont nés d’une plume humaine, sensible, atypique et non académique. Vous pouvez les lire, peut-être même les méditer — mais pour vous en nourrir, il faudra montrer patte blanche… et obtenir mon accord.
Moralité : le contemplateur est éphémère, ses droits ne le sont pas.
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Comentario (2)
Jackie H hace 1 minuto
Beau détournement de l'expression "fermeture éclair", et très réussi ! 👍🏻
Dans la vie réelle, ça ne se passe sans doute pas aussi vite ni à l'insu de tous – d'habitude, les fermetures d'entreprises sont connues d'avance et mettent du monde en émoi – mais le résultat est hélas bien réel... Des gens qui ont travaillé toute leur vie active dans une entreprise pour laquelle ils ont tout donné se retrouvent sur le carreau avec les ruines de ce qui fit et fut toute leur existence.. 🙁😢
Harold Cath hace 2 horas
Criant de vérité. Le nombres d'ouvriers, arrivés un matin et restés bouches bées avant de rentrer chez eux, bouches cousues.
Pascaln — Le Contemplateur Éphémère hace 2 horas
oui... je ne sais pas comment est venue cette association d'idée, mais elle a été très spontanée. Peut-être les stigmates de mon passé de syndicaliste 🤔🙃