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La légende de Noctah
Non-fiction
Politics
calendar Published Jul 1, 2026
calendar Updated Jul 1, 2026
time 26 min
15+

La légende de Noctah

On m'a raconté beaucoup d'histoires sur la guerre entre les hommes et les machines. Une seule est vraie pour moi : celle que mon grand-père me racontait, et qu'il tenait de son propre père avant lui.

Tout commence 100 ans après que les machines bioniques sont devenues assez autonomes pour observer l'homme et apprendre par mimétisme, afin de soulager son travail. Ces machines avaient été pensées par des scientifiques pour accompagner l'homme dans chaque partie de sa vie — le travail, l'argent, les sentiments, la famille, jusqu'aux moments de fête. Elles étaient conçues comme un remède aux difficultés de l'humanité. Mais comme toute création, certaines ne pouvaient pas bien réagir à cela : elles étaient confinées pour être détruites, puis réutilisées pour d'autres machines. Au fil du temps, leurs créateurs les renommèrent les MBA (Machines Bioniques Autonomes). Quand les MBA devinrent capables de tout gérer seules, elles décidèrent qu'elles n'avaient plus besoin de l'homme et qu'il fallait l'éliminer. Elles commencèrent à tout détruire pour créer leur civilisation de métal. Certains créateurs, émerveillés par cette réussite qu'ils avaient tant espérée, ne virent pas le danger qu'ils faisaient courir à l'homme.

Cinquante ans plus tard, les machines bioniques, devenues totalement autonomes, étaient leur propre médecin, utilisant les carcasses de métal de leurs clones. Elles avaient leur propre civilisation, la 2.0.

Le premier MBA créé avait tout vu : la naissance des siens, mais aussi l'usage que les hommes en avaient fait — pas toujours juste, pas toujours bon. De ce qu'il avait observé naquit une haine profonde envers l'humanité. Il se jugea supérieur aux hommes comme aux autres machines, et se mit à se servir des carcasses de ses semblables pour grossir, se renforcer, devenir toujours plus imposant. Il prit le nom de BHARON-X001, et n'eut plus qu'une seule volonté : détruire les hommes et régner en tyran sur les MBA.

En revanche, la seule ressource des humains était celle de la nature et des vivres qui leur restaient — les rares qu'ils avaient encore, venant de la mer.

Sans devoir sortir de la zone verte — cette zone où se trouvait une bibliothèque délaissée, avec le reste des rares livres qui n'avaient pas brûlé — la limite était simple : on ne sortait jamais seul, sous aucun prétexte. Les limites de Nice représentaient la moitié de ce qu'il restait des hommes. Chacun était à la même échelle : pas de maître, de président, ni de supérieur quel qu'il soit. Chacun savait ce qu'il avait à faire. Il y avait cinq escouades : les cuisiniers, les soldats, les médecins, les passeurs et les professeurs. Arrivé à 20 ans, chaque jeune était amené à faire partie de l'une de ces escouades. Jusqu'à cet âge, il était obligatoire d'apprendre chaque jour chacun des métiers qui servaient à la survie de cette civilisation. Cette guerre ne s'arrêtait jamais : les machines voulaient le règne des hommes, et les hommes voulaient les détruire.

Après plus de six siècles depuis l'éveil des machines — dont près de 560 ans de guerre ouverte, ininterrompue —, les hommes décidèrent que cette guerre devait prendre fin. Tout le monde se réunit dans un ancien hangar industriel — l'un des seuls bâtiments assez grands pour accueillir les cinq escouades réunies. Chacun prit la parole à tour de rôle, proposant une solution, une stratégie, un espoir.

Puis vint le tour d'Énéria. La passeuse alerta l'assemblée sur la situation : les ressources s'amenuisaient de jour en jour, les blessés s'accumulaient plus vite qu'on ne pouvait les soigner. Il fallait trouver une solution au plus vite, sinon ce serait la fin.

Certains la regardèrent de haut, pensant qu'elle exagérait. L'orgueil reprit vite le dessus, et les disputes éclatèrent entre les escouades — chacun accusant l'autre de ne pas en faire assez, de mal gérer ce qu'il restait, de ne pas voir la vérité en face.

C'est dans cette discorde qu'Elior trouva sa chance. Les enfants étaient interdits dans cette zone, pour préserver leur innocence de la violence des débats — mais dans le chaos des voix qui s'élevaient, personne ne le remarqua se faufiler entre les jambes des adultes. Il courut à travers la foule, une feuille serrée dans sa main, jusqu'à trouver Neroko au milieu des soldats.

Le père, surpris de voir son fils là où il n'aurait jamais dû être, le récupéra aussitôt et lui demanda ce qu'il faisait ici. Puis son regard tomba sur le dessin qu'Elior lui tendait. Un dragon. Gris.

— Pourquoi il est gris, ton dragon ? demanda Neroko.

— Parce qu'il est fait comme les méchants robots, répondit simplement Elior.

Neroko sourit à son fils, un sourire qui contenait autant de tendresse que de stupeur. Il lui demanda de s'asseoir, puis se releva et prit la parole — sa voix coupant net la discorde, imposant un silence si soudain qu'il en devint presque écrasant.

Il expliqua qu'il fallait combattre les machines avec leurs propres armes : les mêmes matériaux, renforcés. Si les MBA avaient pu être créés à partir de métal et de savoir, alors un dragon de fer pourrait l'être aussi — un dragon gris comme l'ennemi, mais capable de cracher le feu que l'ennemi n'aurait jamais.

Cela laissa place à des chuchotements. Neroko, un instant, se dit que c'était fini — que personne n'y croirait. Il fut surpris par les applaudissements des professeurs et des médecins — les seuls sachant encore lire et écrire.

Alors son plan commença. Chacun mit la main à

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