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Chapitre 9 - Morris, viens ici

Chapitre 9 - Morris, viens ici

Veröffentlicht am 23, Apr., 2024 Aktualisiert am 23, Apr., 2024 Young Adult
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Chapitre 9 - Morris, viens ici

Après une longue réflexion et des négociations serrées, ils s’accordèrent pour en parler demain avec un adulte, de préférence avec le directeur. La situation leur semblait presque lunaire. Diane n’avait pas envie de prendre des risques et avait insisté pour aller trouver un professeur le soir même, peu lui importait de savoir si cette lettre était une blague ou pas. Conrad partageait assez son avis, mais il doutait très sincèrement que n’importe quel adulte responsable décide de croire sur parole trois gamins de douze ans. C’était Aloïs qui avait le plus craint la réaction des adultes. Pour lui, une lettre pareille ne pouvait être qu’une farce : si c’était un réel complot, jamais le coupable n’aurait laissé une preuve aussi évidente dans un couloir. Ses deux amis avaient été forcés d’admettre que son argument était très logique et valable.

Pendant un moment, Conrad se sentait partagé entre ses camarades, car aucun ne semblait décidé à lâcher son opinion. Il avait finalement proposé d’en discuter avec un professeur le lendemain, en précisant qu’ils ne savaient pas si c’était une face ou pas. Dans la même journée, ils essayeraient de se renseigner auprès des élèves plus âgés pour savoir s’ils avaient une idée de qui aurait pu faire une plaisanterie d’aussi mauvais goût.

À la limite de la paranoïa, Aloïs avait insisté auprès de Conrad pour qu’ils ferment la porte à clé cette nuit-là. Le rouquin ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il avait vu trop de films d’action, mais accepta.

— Conrad ! Conrad !! LÈVE-TOI !!

Secoué comme un cocotier, le garçon se réveilla assez brutalement. Son camarade de chambre ne le lâchait pas et tirait sur son pyjama de plus en plus fort.

— Keskiya ? grommela-t-il d’une voix pâteuse, peinant à ouvrir les yeux.

— La lettre ! hurla Aloïs d’une voix perçante dans son oreille, le faisant grimacer. Elle n’est plus là !

— Je l’ai mise dans le tiroir de mon bureau… la clé est sous mon oreiller… marmonna Conrad en se retournant sous son édredon.

— Je sais ! cria son ami d’un ton à la limite de l’hystérie. Mais le tiroir est ouvert ! Quelqu’un l’a volée !

Comme si on lui avait collé une gifle dans le visage, le rouquin se redressa d’un coup, parfaitement bien réveillé. Il voyait dans les yeux de son condisciple une panique qu’il n’avait jamais vue avant. Aloïs attrapa le col de son pyjama et le força à se pencher par-dessus son lit pour regarder en bas. Bien que le vide lui donnait envie de vomir, il ne remarqua qu’une chose : le tiroir de son bureau était grand ouvert. Conrad attrapa son oreiller et le souleva d’un coup. La clé y était toujours, elle n’avait pas bougé.

— Qu’est-ce qu’on va faire, maintenant ? demanda le blond avec effarement.

N’ayant aucune réponse, son camarade descendit de son lit et examina ce qu’il restait dans le compartiment. Il y a quelques affaires sans importance, mais aussi son téléphone et son argent de poche, qui étaient toujours en place. Puis il marcha jusqu’à la porte dont il abaissa la poignée. Elle était déverrouillée.

— Tu as ouvert la porte de la chambre ? demanda-t-il après de longues secondes de silence.

— Non ! répliqua Aloïs presque vexé. Quand j’ai vu le tiroir, je t’ai réveillé, je ne suis pas sorti !

— La personne qui est entrée est venue juste pour cette lettre, murmura son ami, un voleur normal aurait au moins pris mon téléphone et mon argent.

— C’est de ma faute ! gronda le blond en attrapant ses cheveux comme pour les arracher de sa tête. Diane avait raison, on aurait dû aller voir un professeur tout de suite ! J’ai été idiot de vouloir attendre !

Conrad fut sur le point de répondre à l’affirmative, avant de se faire la remarque qu’Aloïs s’en voulait sans doute déjà assez. Ce n’était pas utile de remettre de l’huile sur le feu, et cela ne les aiderait certainement pas. Décidés à en discuter avec leur amie au petit-déjeuner, les deux garçons s’habillèrent en silence. Tout en s’attachant les cheveux, le rouquin essayait de comprendre pourquoi quelqu’un voudrait ce papier, ou plutôt, il le savait et il tentait de se convaincre qu’il avait tort.

En les voyant arriver pour le repas, Diane leur fit de grands signes de la main pour leur dire de venir s’asseoir avec elle. Elle avait gardé des chaises libres pour eux et avait fait exprès de s’installer à une table isolée.

— Vous avez pensé à prendre la lettre ? demanda-t-elle à mi-voix sans même s’encombrer de salutations.

— Non, répondit Conrad, la mâchoire crispée. Quelqu’un l’a volée…

— Quoi ? feula la jeune fille en fronçant les sourcils. Comment ça, « quelqu’un l’a volée » ? Tu ne l’avais pas mise dans ton tiroir, fermé à clé ?

Tout en rapportant à sa camarade ses découvertes du matin, il tournait sa cuillère dans son bol de céréales devenus maintenant tout mous.

— Maintenant on a plus de preuve à montrer aux professeurs. Personne n’acceptera de nous croire sur parole si on raconte une histoire aussi folle.

— Qui sait, répondit Diane qui semblait essayer de se convaincre elle-même.

— Attends, imagine une seconde que tu es prof, intervint Aloïs. Si trois gamins de douze ans viennent te voir et te dise : « en fait on pense que quelqu’un va se faire tuer mais on se base sur une lettre qui a disparu pour vous dire ça, du coup on a aucune preuve et c’est même peut-être une farce ». Tu les croirais, toi ?

— Ce n’est pas une farce, répondit immédiatement Conrad, sa gorge se serrant en prononçant ces mots. Probablement pas, en tout cas. À ton avis, pourquoi est-ce que la lettre a été volée ?

— Soit pour la récupérer, marmonna son amie en fronçant les sourcils, soit pour la détruire. Et si c’est la deuxième option, on peut supposer que ce n’était pas une blague. Des plaisantins auraient préféré la laisser là, ils auraient été trop contents que leur connerie ait si bien fonctionné !

— Bon, et qu’est-ce qu’on fait ? demanda le blond en émiettant un croissant au beurre dans son assiette pour en manger le cœur encore tiède.

— Tu ne pourrais pas en parler avec ton père, Conrad ? questionna Diane en déposant une large quantité de confiture sur sa tartine.

Le rouquin jeta un rapide coup d’œil au médecin : il était assis à côté de Sieur Malpoli, dont le visage laissait voir sa mauvaise humeur.

— Je vais voir si je trouve un moment pour lui en parler au calme, répondit-il. Je n’ai pas envie d’en parler devant les autres…

Malheureusement, l’opportunité de discuter seul à seul avec Evan ne se présenta pas aussi vite que voulu. Avec l’arrivée de l’automne, du froid et de l’humidité, le médecin se retrouvait partagé entre ses soins à l’école pour les élèves et ses consultations pour des débuts de grippe au village. Dans l’espoir de guetter la moindre minute de libre, Conrad allait le plus souvent possible l’aider à l’infirmerie.

Cependant, les professeurs semblaient estimer que les nouveaux avaient eu le temps de s’adapter au rythme scolaire, car la quantité de devoirs avait nettement augmenté depuis le mois de septembre. Le seul qui ne les noyait pas de travail, c’était Holmes. Mais pour les après-midi de liberté, son caractère en cours était devenu aussi infect que la météo !

Irascible, impatient et d’une incroyable mauvaise humeur, il avait fait des cours de sport et de maîtrise des pouvoirs de réelles épreuves hebdomadaires ! Et Conrad avait rapidement compris qu’avoir réussi à activer son pouvoir ne signifiait pas du tout qu’il le maîtrisait.

Il décollait aléatoirement, sans le vouloir, et retombait parfois — ou plutôt souvent — la tête la première sur le sol boueux. Plus d’une fois, Diane avait dû le traîner jusqu’à l’infirmerie pour ses blessures.

Il était presque impossible de savoir si Holmes détestait les élèves, son travail, ou bien les deux. Il méprisait tout et tout le monde, sans distinction, ce qui constituait à peu près le seul réconfort de Conrad : quitte à se faire engueuler, mieux valait que ce soit avec ses camarades que tout seul.

Ce ne fut que le onze octobre, en plein dimanche, que le garçon eut une idée de ce qui rendait Sieur Malpoli encore plus irritable qu’avant. Il avait décidé de mettre sa journée à profit pour donner un coup de main à son père avec tous les élèves malades. Bien que son pouvoir lui permette de guérir les gens, Evan semblait réticent à l’utiliser pour les soigner de la grippe.

— On parle de s’en prendre à un virus, ce n’est pas forcément le plus simple, et franchement, un peu de repos, du paracétamol et un bon paquet de mouchoirs et ça finit par passer.

Mais la vérité était qu’il y avait plus de malades que ce que Conrad imaginait, et si les pouvoirs utilisaient l’énergie de son propriétaire, son père serait mort d’épuisement avant d’avoir fini de tous les guérir. Les plus atteints restaient à l’infirmerie, tandis que les cas les plus légers gagnaient le droit de se reposer dans leur chambre avec un mot pour les professeurs.

La pluie tapait sur les fenêtres, cette après-midi-là. Le ciel était gris de nuages et bien qu’il ne soit que quatorze heures, il semblait presque faire nuit. Conrad venait de terminer une tournée de distribution d’eau pour ses camarades quand Sieur Malpoli entra dans la pièce. Sa main droite était crispée sur sa canne et tous les traits de son visage appelaient à l’orage.

— Morris ! appela-t-il d’un ton impatient, passant son autre main sur sa nuque avec une grimace.

— Je suis juste ici, pas besoin de crier, répondit calmement le praticien sur sa droite, déposant un médicament pour un élève.

— J’ai besoin d’une autre boîte, répliqua Holmes. Dépêche-toi !

— Ça peut bien attendre deux minutes que je termine ici, non ? soupira Evan avec une sérénité admirable.

— Ah oui ?! ironisa son collègue en haussant un sourcil. Tu crois que je me serais aventuré dans ton repaire de la contamination si ce n’était pas urgent ?

— Premièrement, tu vas te calmer. Deuxièmement, tu tiendras bien deux minutes sans Codifen sans en mourir. Troisièmement, je ne suis pas ta banque de médocs.

— Et qu’est-ce qui est le plus important pour toi ? rétorqua Sieur Malpoli avec véhémence. Torcher le nez de deux-trois morveux ou t’intéresser un peu à la douleur insupportable de ton meilleur ami ?

— Si tu as aussi mal, je peux t’amener à l’hôpital, répondit patiemment le médecin, bien que ses sourcils s’étaient à présent froncés. Ce n’est pas bon, une aussi grande consommation de médicaments aussi forts.

— C’est ça, pour qu’ils me remballent encore une fois avec une boîte d’ibuprofène !

— Arrête de crier ! s’exaspéra son ami en ouvrant violemment une armoire. Je ne suis pas ton chien !

Holmes eut la décence de ne pas répondre, tandis qu’Evan fouillait parmi ses boîtes et ses tablettes de médicaments. Il en ressortit finalement un tube qu’il lança à son collègue.

— Je pensais que ce n’était pas bon pour moi, fit remarquer le noiraud en haussant un sourcil suspicieux.

— Oui, et je le maintiens ! Mais tu es plus supportable sous codéine ! Maintenant, à moins que tu ne sois toi aussi malade, pars !

Ayant manifestement obtenu ce qu’il voulait Sieur Malpoli partit sans rien dire. Conrad pensait que son père passerait directement à autre chose, mais il s’était manifestement trompé.

— M’énerve celui-là ! pesta-t-il en refermant brutalement la porte de l’armoire. Il lui faut toujours tout au moment où il l’a rêvé !

— Tu penses que c’est la douleur qui le met dans cet état ? demanda son fils d’un ton prudent.

— Possible, grommela Evan avec impatience. Mais souffrir ne lui donne pas le droit d’être un sale con !

Il y eut alors une brève sonnerie de téléphone et le médecin sortit le sien de la poche de sa blouse.

— J’ai bientôt une consultation au cabinet, annonça-t-il à moitié désespéré. Madame Girard a sans doute encore trouvé une nouvelle maladie à ajouter à sa panoplie. Je vais passer cinq minutes à l’ausculter, et vingt-cinq à essayer de la convaincre que ce n’est pas un cancer en phase terminale. Conrad, je te laisse gérer l’infirmerie pendant ce temps, s’il y a un problème, n’hésite pas à me téléphoner.

— Ça marche, répondit le rouquin avec un hochement de tête. Bonne chance !

— À tout à l’heure !

La pluie continua encore le lundi et le mardi matin, mais dès l’après-midi, les nuages cessèrent de lâcher des trombes d’eau, laissant un ciel encore couvert, mais plus clair. Après deux cours de sport dans le gymnase pour éviter le déluge, les élèves pourraient retourner à l’extérieur. Le mercredi, un bout de ciel bleu était apparu entre le manteau gris et l’air était encore chargée d’humidité.

Mais si la météo s’était améliorée, les douleurs de Holmes n’en avaient pas fait de même. Du moins, c’était ce que Conrad avait déduit de sa mauvaise humeur. Et sa crispation ne se résumait plus seulement à son expression, mais était apparemment descendue dans son cou et ses épaules, car une grimace de douleur apparaissait sur son visage à chaque fois qu’il étirait sa nuque.

— Qu’est-ce que vous avez à tous me regarder comme ça ? marmonna Sieur Malpoli quand ses élèves l’eurent rejoint dehors. Allez, échauffement ! Vos cerveaux sont aussi lents que vos jambes ou quoi ?

Les étudiants de première et de deuxième année ne réagirent même pas à cette remarque provocante et commencèrent leurs trois tours habituels dans le bois. Mais bien que l’air frais leur faisait du bien, le terrain était glissant à cause de la boue et des feuilles mortes humides.

— Aujourd’hui, jeu du drapeau, annonça Holmes lorsqu’ils eurent terminé. Quelqu’un pour expliquer les règles ? Tiens, Rousseau, vas-y.

Un élève de deuxième année se lança dans les explications du classique jeu du drapeau, où deux équipes s’affrontaient pour prendre le drapeau de l’autre et le ramener dans son camp. Conrad ne l’écoutait que d’une oreille, occupé à fixer leur professeur. Ce dernier venait de prendre deux analgésiques, adossé au tronc humide d’un bouleau.

— Je vous laisse une demi-heure, reprit Sieur Malpoli une fois que son élève eut fini de parler. L’équipe gagnante sera celle qui aura ramené le plus de points.

Ils se répartirent en deux équipes, et l’une d’elles partit de l’autre côté du bois pour s’installer dans leur camp. Le jeu commença, et se révéla bien vite plus fatigant que le rouquin ne s’y attendait ! Dès que la personne qui volait le drapeau était touchée par un ennemi, il devait le remettre en place et retourner dans sa zone.

Haletant, Conrad s’arrêta deux minutes pour reprendre son souffle. Il avait ouvert son gilet malgré les températures relativement basses. Mais au moment où il s’apprêtait à repartir, il entendit.

— Morris… viens ici…

Le garçon tourna la tête vers Holmes, qui n’avait pas bougé depuis le début. Il était toujours appuyé contre un arbre, mais il ne semblait pas très en forme. En s’approchant, Conrad remarqua que son front était couvert de sueur.

— Qu’est-ce qu’il y a, monsieur ? demanda-t-il sans parvenir à cacher la nuance d’inquiétude dans sa voix.

Il entendait sa respiration sifflante, et le professeur avait l’air d’avoir du mal à tenir debout. D’une main, il chercha quelque chose dans la poche de sa veste et en sortit son téléphone. Tout en prenant appui sur l’arbre, il lâcha sa canne pour le déverrouiller avant de tendre à son élève.

— Appelle… ton père… souffla-t-il à voix basse. Dis-lui… que c’est vraiment urgent… je ne me sens pas…

Il n’acheva même pas sa phrase et tomba sur le sol humide, inconscient. Immédiatement, Conrad regarda autour de lui, et vit avec soulagement qu’Aloïs n’était pas très loin d’eux.

— ALOÏS !! appela-t-il avec précipitation. VA CHERCHER MON TÉLÉPHONE DANS MON SAC ! DÉPÊCHE-TOI !

Le blond le regarda avec surprise, avant de se précipiter vers le gymnase. Attirés par l’agitation, d’autres élèves se retournèrent.

— Eh, il se passe quoi, l’anormal ? interrogea Jules en arrivant en courant près de lui. Il lui arrive quoi, au prof ?

— Aide-moi ! demanda le rouquin sans se soucier de l’identité de la personne, lui tendant le téléphone toujours allumé. Trouve mon père dans ses contacts et appelle-le !

— Hein quoi ? marmonna le brun avec surprise. Euh, OK…

— Il l’a sans doute enregistré sous le nom « Evan Morris ». Après passe-le-moi !

Il s’accroupit à côté de Holmes, son cœur tambourinant dans sa poitrine, essayant tant bien que mal de rassembler ses pensées. Ce n’était vraiment pas le moment de céder à la panique !

Il posa son index et son majeur tremblant sur la carotide de l’enseignant pour essayer de capter un battement de cœur. Mais si le sien faisait un solo de batterie dans sa cage thoracique, celui de Sieur Malpoli était à peine perceptible. Son pouls était irrégulier, presque inefficace pour envoyer du sang dans tout son corps. Cependant, sa seule consolation était de remarquer qu’il respirait toujours, sa poitrine se soulevant lentement. Aloïs revenait au même moment, le visage rouge, le téléphone dans les mains.

— Appelle les secours ! s’exclama Conrad en le voyant rester immobile.

Moins d’une seconde après, Jules lui tendait le téléphone de Holmes après avoir lancé un appel avec le médecin. Jusqu’à l’arrivée de son père ou des secours, il ne pouvait pas rester sans rien faire.

— Qu’est-ce qu’on peut faire, maintenant ? interrogea le brun sans trouver à quoi il pourrait être utile.

— Massage cardiaque, répondit son camarade par automatisme. Jusqu’à ce qu’on ait de l’aide. Tiens le téléphone, s’il te plaît.

Tout en joignant ses mains pour les poser sur le sternum de son professeur, il écoutait avec impatience les bips à son oreille. Heureusement, Jules le tenait pour lui, car il aurait largement besoin du reste de son corps. Avec soulagement, alors qu’il commençait les compressions thoraciques, il entendit la voix du médecin.

— Allô ?

— Papa, c’est moi, il faut que tu viennes dehors ! déballa le rouquin d’une seule traite.

Et avant même qu’Evan ne puisse lui demandait pourquoi il lui téléphonait alors qu’il était censé être en cours, ou encore comment il pouvait l’appeler avec le portable de son enseignant, il reprit à toute vitesse.

— Je crois que Holmes fait une crise cardiaque. Il respire toujours, mais il est inconscient et son cœur ne bat pas bien !

— Quoi ?! s’étrangla son père à l’autre bout du fil. Mais c’est toi qui es inconscient ! C’est le 112 qu’il faut appeler ! Pas moi !

— Aloïs est déjà en train de le faire ! répliqua Conrad avec impatience. J’ai commencé un massage cardiaque, mais je préfèrerai…

— J’arrive tout de suite ! l’interrompit Evan, tandis qu’un raclement de chaise se faisait entendre. Vous êtes où ?

— À l’entrée du bois, près du gymnase.

— D’accord.

Le médecin raccrocha, et le rouquin remarqua seulement à cet instant que les autres élèves s’étaient rassemblés autour d’eux. Et il constata aussi que la panique semblait s’être emparée de tout le monde, y compris d’Aloïs qui ne pouvait pas aligner trois mots cohérents pour prévenir les secouristes. Jules déposa le portable de Holmes sur le sol, se leva et attrapa celui de Conrad.

— Il te sert à quoi, ton téléphone ?! cracha-t-il avec hargne. Jouer à Candy Crush ?

Il le colla à son oreille et, contrairement à son condisciple, s’exprima d’une voix claire et directe.

— Je m’appelle Jules Metz, je suis élève à l’école privée ACÉSO et mon professeur, monsieur Holmes, est en train de faire une crise cardiaque. C’est au croisement entre la Rue de la Fontaine et le Chemin des Bois à Ayrith ! Mon camarade lui donne les soins de premiers secours !

Après quelques secondes, il écarta le téléphone pour s’adresser à Conrad.

— Ils arrivent d’ici un quart d’heure, je reste en ligne avec eux. Ils disent de continuer le massage cardiaque.

— Comme si j’allais m’arrêter, grommela le garçon en fronçant les sourcils.

— On devrait aller les attendre à la grille, proposa Diane qui revenait du camp adverse, la respiration haletante. On pourra les guider jusqu’ici plus vite !

— Bonne idée, approuva la voix d’Evan. Allez-y, tous les deux ! Tu as fait du bon boulot, Conrad, je prends le relais.

Soulagé, le rouquin s’écarta, massant ses épaules endolories alors que son père reprenait son travail. Pendant ce temps, Diane et Jules partaient en courant en direction des grilles de l’école.

— Conrad, le pouls, demanda le médecin avec fermeté.

Pour ne pas gêner son père, il prit le poignet de Holmes et posa deux doigts sur son poignet, à la base de son pouce.

— Toujours irrégulier, informa-t-il en essayant de ne pas céder à la panique.

— Allez… gronda le praticien avec une nuance de colère. Je t’interdis de claquer maintenant, espèce de salopard aigri !

Conrad n’était pas certain que l’insulter l’aiderait à rester en vie, mais il se doutait bien que voir son ami dans cet état ne devait pas être facile si c’était déjà compliqué pour lui alors qu’il n’était qu’un de ses élèves. Il gardait cependant ses doigts sur le poignet de Holmes, dans l’espoir de sentir que son cœur prenne le relais des compressions thoraciques.

Soudainement, entre deux appuis, il ressentit une pulsation dans les veines.

— Attends une seconde, papa…

Son père s’arrêta immédiatement et inconsciemment, il cessa même de respirer. Conrad ne bougeait même plus, espérant ne pas avoir rêvé. Et il n’avait définitivement pas halluciné, car il ressentit un nouveau battement dans les phalanges de son index et de son majeur.

— Son cœur repart normalement ! annonça-t-il en lâchant une puissante expiration.

— Merde, il m’a foutu une sacrée peur, soupira Evan en passant une main sur son front.

— Qui… m’a traité… de salopard aigri… ?

En tournant la tête, père et fils purent constater que Holmes reprenait conscience. Le médecin le redressa légèrement contre un arbre pour le mettre en position semi-assise, ce qui soulageait la pression sur le cœur et facilitait la respiration, avant de sortir une aspirine de la poche de sa blouse.

— C’est moi qui ai dit ça. Prends ça, et essaye de rester calme…

— Je suppose que c’est aussi toi qui as fait de la batterie sur ma poitrine, marmonna son collègue en avalant le comprimé.

— Moi et Conrad, corrigea le médecin. Je pense que toute ta classe a eu une sacrée peur…

Il fut interrompu par un cri de douleur de Holmes, qui posa une main sur son genou avec une grimace de douleur aiguë.

— Qu’est-ce qu’il y a ? interrogea Evan. C’est ta jambe ?

— Non, je m’entraîne pour The Voice, haleta le professeur, les dents serrées, sans la moindre envie de rire. Bien sûr que c’est ça, crétin ! C’est encore pire qu’avant !

— Tes analgésiques ?

— Poche droite…

Le praticien glissa sa main dans la poche de la veste de son ami et en sortit le tube de médicaments. Il en prit un et le déposa dans sa main.

— Vu la distance entre ici et l’hôpital, ils ne devraient plus tarder, marmonna le brun d’un ton dangereusement bas. Ils vont m’entendre, ceux-là !

— Par ici !

Au même moment, Diane et Jules revenaient en courant, accompagnés par trois secouristes. Mais malgré tout, Conrad avait le désagréable sentiment que les ennuis n’étaient pas encore terminés…

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