Le bateau blanc
Le bateau blanc
Une voile blanche, une coque en bois et un gouvernail bien solide suffisent pour faire avancer le plus simple des bateaux. Mais celui là avait du mal à déjouer les pièges de l’océan, lorsque les vents et les marées soufflaient leur colère au monde.
Il fut renvoyé en cale sèche pour révision et amélioration. Notre bateau s’ennuyait à mourir avec tous ces ouvriers qui le triturait de partout. Il était déboussolé lorsque son gouvernail fut remplacé par une barre électronique colorée et pleins d’alarmes qui hurlaient à la première manipulation hasardeuse. Sa coque fut restaurée d’un coup de peinture mauve et d’un film protecteur censé prévenir les trous au moindre choc avec un rocher inattendu. Sa voile fut même retirée et remplacée par un moteur surpuissant qui rugissait de plaisir au démarrage.
Notre bateau pleurait toutes les nuits à cause de ces changements intempestifs. Il ne se reconnaissait plus dans ces vêtements bariolés et ne trouvait plus sa direction avec un moteur qui le faisait avancer bien trop vite. En effet, les premières sorties en mer furent catastrophiques. L’équipage se perdait entre les barils d’essence pour ravitailler la machinerie féroce et les canots ds sauvetage pour repêcher les hommes tombés par dessus bord à cause de la très grande vitesse.
Le bateaux était indirigeable, au point de maintenant se retrouver abandonné dans le port de plaisance à la merci du premier milliardaire en manque de sensation forte. Il pleurait de plus belle, ses larmes remplissant le vide laissé par les marées basses. Son inutilité l’avait poussé à s’exclure du monde de l’océan, ou plutôt son incapacité à trouver une solution à ses déboires.

Mais un jour un merveilleux jeune homme, vêtu d’une toge de guerrier remarqua sa présence et lui demanda quel était son problème:
- Pourquoi hurle tu ainsi? Tu m’as sorti de ma sieste!
- Je suis nul et je sers à rien. Personne ne me voit et surtout ne sait comment manier mon nouveau gouvernail tout beau et illuminé de partout.
- C’est ça ton problème? Eh bien franchement il n’y a pas de quoi s’alarmer. Change le et c’est réglé.
- Mais j’ai déjà passé des mois en cale sèche et personne n’a su améliorer ma gouverne ou mon moteur.
- Franchement tu en es encore à compter sur les autres, qui ne savent même pas comment avancer par eux même?
- T’as une autre idée toi?
- Prends ton esquif et part voguer sans te demander si tu vas y arriver ou non. C’est cela apprendre. Et si ton derrière se mouille en cognant la vague de Poséidon, ce n’est pas bien grave, il te donnera un coup de trident pour repartir dans l’autre sens. Laisse les moussaillons à l’atelier et lève ta grand voile. Allez j’attends.
- Si tu insistes, répondit le bateau qui hissa une belle toile multicolore à l’image de sa coque repeinte pour l’occasion.
Il faut dire que notre inconnu n’était pas venu seul. Il avait emmené avec lui ses guerriers pour repeindre une coque qui se devait d’aller au combat, pour retrouver sa dignité perdue dans une cale sèche bien vide d’espoir pour elle.
Le bateau avait du mal à faire demi-tout dans le port devenu bien trop étroit à présent pour sa prestance et surtout pour la belle et magnifique entreprise de paix qu’il devait mener envers lui-même. L’inconnu lui demanda de couper les amarres qui le retenait encore sur la berge.
- Comment je fais l’ami? Questionna le bateau peu au fait de ses capacités à se libérer de ce dont il n’avait plus besoin.
- Prend ton plus beau couteau et coupe la corde.
- Mais je n’ai pas ce genre d’accessoire.
- Regarde bien sur ta proue.
Le bateau n’avait pas vue qu’une belle statue aux dents acérées avait prit possession de son avant, l’empêchant de voguer vers demain. Il la décrocha pour la rendre à la mer, cette sirène des temps anciens et la regarda s’éloigner vers d’autres horizons que le sien. Enfin il put larguer les amarres et partir vers sa destiné, qui n’était pas de rester au port à attendre l’inconnu pour toujours. Mais étonnement il ne resta pas seul avec ses pleurs. Le dieux de la guerre l’entendit jusqu’au plus profond de son âme de vaillant général. Il ne guidait pas que les armées pour détruire le monde, mais le plus souvent menait vers demain les pauvres âmes comme notre bateau qui ne savait pas voguer de leur propre voile. Arès était le dieu le plus mal aimé de son panthéon, alors que de sa voix sûr et assurée il enseignait l’art de la guerre à qui voulait bien écouter son savoir. Et notre bateau eut bien fait de suivre ses conseils, car à présent il put enfin sortir du port du désespoir. En effet son navire était le plus beau, car rénové au son de l’amour.

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