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Lâcher-prise d’été

Lâcher-prise d’été

Veröffentlicht am 30, Aug., 2025 Aktualisiert am 30, Aug., 2025 Sea and ocean
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Lâcher-prise d’été

- Maman, c’est bon !

- Oui, arrête, maman !

Je ne prête aucune attention aux jérémiades de ma progéniture et continue de les recouvrir de crème solaire. Voilà près d’une heure, temps de trajet compris, que je supporte les piaillements impatients, les bagarres pour les jeux de plage, les chansons de marins criées à tue-tête… Et je sais que ce n’est pas fini : au retour, j’aurai droit aux gémissements de faim, au sable qui gratte, aux affaires trouées ou perdues.

Malheureusement, quand on réserve des vacances à la mer, c’est le prix à payer et je me console en me disant que mes deux loustics vont vraiment s’amuser cet été. D’ici dix minutes, le moniteur de char à voile me délivrera temporairement de mes obligations parentales.

Je claque la portière de ma Clio et nous nous dirigeons vers la plage, d’où je pourrais observer leurs progrès.

Me voilà transformée en sergent-chef, un costume que j’ai l’habitude de porter : scan de la zone pour déterminer le meilleur emplacement. Etablissement du camp de base. Sanction des déserteurs qui partent au front sans leur paquetage : casquette et t-shirt.

Enfin ! Je livre la marmaille au moniteur, et lui souhaite bon vent en pensées. Je retourne au campement et m’installe sur ma serviette.

Je m’ennuie deux minutes, avant de prendre mon sac de plage pour chercher mon livre.

Catastrophe ! Il manque à l’appel.

Je râle. Je me sens soudain bête, assise au milieu de la plage, sans enfants, sans livre.

J’attrape mon téléphone. J’ai reçu un mail d’une collègue et un message de mon ex-mari. J’éteins mon téléphone.

Je maugrée. J’ai enfin du temps pour moi, mais rien à faire. Je n’ai pas envie d’aller me baigner, je reste dans ma forteresse, retranchée. Je ne quitterai pas mes positions au risque de laisser mes affaires sans surveillance.

Je croise les bras sur mes genoux et pose ma tête dessus.

Je soupire.

J’essaie de fermer les yeux pour combattre la colère qui m’envahit. Le vent se met à souffler, quelques grains de sable s’envolent et me chatouillent les jambes.

J’entends la mer en toile de fond, les vagues font de plus en plus de bruit.

Une inquiétude me traverse soudain : est-ce marée montante ? Me suis-je installée suffisamment loin ou est-ce que d’ici une demi-heure je me retrouverai les pieds dans l’eau, à devoir déménager en catastrophe ?

Je grogne en me rallongeant. Je suis ridicule ! Depuis quand est-ce qu’une simple virée à la plage est devenue un parcours du combattant ?

Où est passée la fille qui partait avec une serviette de bain et une paire de lunettes de soleil, et qui se fichait qu’il lui manque quelque chose ?

Je regarde les gens autour de moi. La plage n’est pas bondée. Il y a un couple qui se bécote en plein soleil, des retraités marchant sérieusement avec des bâtons de randonnée, une famille qui se lance dans un grand chantier à l’aide de pelles et de seaux.

Soudain, je me sens seule.

Qu’à cela ne tienne ! Je vais m’allonger et tâcher de profiter de l’instant.

Je regarde les motifs sur mon parasol, et le ciel qui se dessine en arrière-plan. Il n’y a absolument aucun nuage. Cela fait longtemps que je n’avais pas vu ce bleu. C’est plutôt rare, dans la ville où je travaille.

Je prends conscience qu’on pourrait aisément se perdre dans cette immensité, et l’avion qui laisse une trace blanche me parait soudain gâcher une œuvre d’art.

J’entends un cliquetis et tourne la tête. Le sable, poussé par le vent, frappe les barrières en bois qui délimitent la dune interdite au public.

C’est un bruit léger et plaisant, comme celui d’un bâton de pluie. Je me surprends à aimer la façon dont les herbes folles percent les dunes. Je ferme les yeux.

Le sable est doux. En comparaison, ma serviette me parait rêche, mais d’une façon étrangement agréable. Le soleil me réchauffe un peu trop, j’enfonce mes pieds plus profondément dans le sable jusqu’à ce qu’il soit frais.

Les bruits du vent et des vagues se mêlent.

Le temps s’étire, le rythme ralentit.

J’entends des éclats de rire au loin.

Je m’imagine me lever et marcher vers la mer.

Mon paréo s’envolerait, emportant mes soucis, tandis que l’étoffe douce caresserait ma peau. Arrivée à la lisière, j’observerai les vagues avant de m’avancer.

L’eau serait d’abord trop froide, le sable mouillé désagréable. Puis, je m’habituerais à cette fraicheur bienvenue.

J’irai un peu plus loin, frissonnante jusqu’à ce que l’eau m’arrive au ventre.

Là, je plongerais d’un coup, et l’eau m’envelopperait tout à fait.

Moi qui d’habitude déteste me mouiller les cheveux, je sentirais ceux-ci s’éparpiller dans le courant. Tout est léger et velouteux sous l’eau, et lorsque je remonterais à la surface, la pesanteur et le vent me pousseraient à replonger.

Sans réfléchir, j’ouvrirais les yeux sous l’eau. On décrit souvent le fait de marcher au bord de l’eau comme quelque chose de beau, à la lisière entre terre et mer, entre tangible et inconnu. Moi, cela m’a toujours fait l’effet d’arpenter un cimetière de coquilles vides, de crabes morts et d’algues pourrissantes.

Et pourtant, il suffit d’avancer un peu plus loin seulement pour retrouver la vie. Comme lorsque j’étais enfant, je m’émerveillerais de découvrir de tous petits poissons, des rochers recouverts d’anémones, et peut-être même un calmar qui s’enfuirait dans une gerbe d’encre…

- Maman ! Mais… tu dors ?

J’ouvre les yeux. Mon aîné me regarde, surpris.

Je réalise que je me suis assoupie.

- C’est l’heure ?

- On a fini… on peut aller jouer maintenant ?

- Oui, oui…

- Tu viens ?

Ma bouche forme « non » par réflexe, mais je retiens les mots avant qu’ils franchissent mes lèvres. Je m’aperçois que ce n’est pas ce que je veux.

- Oui.

Mon fils se retourne, surpris. Avant que je ne change d’avis, je me lève et lui sourit.

- On prend les masques ?

Le rire dont il me gratifie suffit à me combler, et la façon dont il attrape son frère en criant « maman vient avec nous ! » me fait sourire.

Je sens le goût du sel sur mes lèvres. Et quand je retire mon paréo, il sent bon.

Il existe un mot pour désigner l’odeur agréable de la pluie.

Mais il faudrait en inventer un aussi pour désigner, sur les vêtements, cette odeur de sable, de soleil et de vacances.


Image par Kanenori de Pixabay


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