5-Le livreur
— C’est lequel ?
Dans un stade rempli à ras bord, Otis et Coralie regardaient un match de Graviball, premier sport de l’empire dont les règles étaient assez simples : pousser le ballon à gravité variable au-delà de la ligne adverse.
C’était un mélange de foot et de baseball, mais surtout, c’était un business à part entière où le pognon coulait à flots. Certaines stars, lors des mercatos, se négociaient en centaines de millions et tout citoyen avait son équipe favorite, tous sauf Otis.
— Sérieux, répondit Coralie. Même à cela tu ne t’intéresses pas ?
— Sport de cons. Courir après un ballon. On ferait mieux de les envoyer sur le front à combattre.
— T’exagères. Je te rappelle que ce Smith Marquit est ambassadeur pour la paix.
Otis regarda Coralie d’un air désinvolte.
— Bon, d’accord. Il n’y a pas que cela… mais cela compte quand même, non.
— Quoi ? La paix ?
— Ah oui, ça, monsieur je peux tuer des gens, tu m’étonnes ! Cette situation t’arrange, mais pense à tous ces civils qui sont bombardés par le bloc commun simplement parce qu’ils veulent s’étendre.
— Et je n’ai jamais dit le contraire, juste que je ne veux pas la paix, je veux qu’on gagne. Le bloc commun doit s’effondrer. Pourquoi crois-tu qu’on aide ses anciens satellites à faire front ? Par plaisir de dépenser de l’argent ?
— Non, mais… juste que si on pouvait trouver un accord ? Un traité ?
— Pour cela, il faudrait que l’Empire le veuille… j’ai un peu de doute, vu qu’on gagne. Tout doucement, avec des pertes, mais on gagne.
— Je sais.
À ce moment-là, le joueur ayant le numéro 25 envoyait le ballon dans la partie adverse. Trois points étaient attribués à l’équipe jouant à domicile et le ballon augmentait de 10 % sa gravité lorsque les maillots jaunes joueraient avec.
— Bien. Voyons de plus près.
Et tous les deux mirent leur holonette à l’oreille, se connectèrent à l’interface du stade et choisirent Smith Marquit : joueur 25. L’interface holographique les envoya dans le casque du joueur sur le terrain. Smith sautait de joie pour son point marqué. Il alla saluer son public, les fit crier, puis alla attraper une des pom-pom girls pour la soulever comme un ballot de paille.
— Il joue si bien la comédie.
— Mouais, rajouta Coralie. C’est quand même dommage, il est plutôt beau gosse. J’aimerais bien être cette pom-pom girl.
Otis regarda par-dessus ses lunettes.
— Tu veux être pom-pom girl ?
— Eh pourquoi pas ? C’est un travail tout à fait honorable. En plus je sais bouger et danser.
— Et servir de sac à patates.
— Non, mais lui, c’est un cas particulier. Tous ne sont pas comme cela.
— Ah bon ? Y en a des comme moi ?
— O_o
— Bon, allons-y. Le match est bientôt fini.
Les 2 agents secrets de l’empire se levèrent et se dirigèrent à l’intérieur du stade tandis que le match reprenait.
Smith ne se débrouilla pas trop mal sur le dernier quart d’heure, et ce malgré la fatigue de la première heure de jeu. Son équipe gagna de justesse, mais qu’importe, il y avait eu du spectacle, du mouvement, du beau jeu. Les spectateurs étaient contents et c’était ce qui comptait.
***
À l’entrée des vestiaires, les fans attendaient. Toujours prompte à donner du bonheur, toute l’équipe, même celle adverse, signait des autographes et faisait des holofies. Tous les fans qui voulaient tenter leur chance tendaient le bras, surtout les plus jeunes afin de ramener chez eux un précieux souvenir à montrer dans la cour d’école, tous sauf deux jeunes d’un peu plus de la vingtaine, appuyés contre le mur au fond du couloir. Il y avait un gamin aux cheveux noirs profonds ainsi qu’une jeune blonde frisée à casquette. Mais Smith passa outre rapidement pour rejoindre les vestiaires.
— Allez les gars, on ne se démotive pas et on se focus sur le prochain match, disait-il à ses coéquipiers.
— Cela va être dur sans toi.
Tout le monde se retourna vers Smith. Un peu surpris, il comprit qu’il devait aider ses coéquipiers à reprendre confiance en eux. Tout en ouvrant son casier de manière automatique, il prononça :
— Les gars, je ne suis pas le plus important de l’équipe, seulement un élément.
Le casier était maintenant ouvert.
— Nous sommes tous une part égale d’un…
Smith s’arrêta net. Dans son casier, un message avait été posté. Une photo d’un petit chien blanc était attaché. La photo était sombre, mal imprimée, mais pour Smith, elle signifiait beaucoup. À l’arrière, un mot.
Dirty Secret.
RDV loge principale 10e étage.
Smith devint blanc.
— Cela va ? lui demanda un collègue
— Quoi ? Oui, oui… je… j’ai oublié quelque chose. Je reviens.
Et Smith remit son t-shirt avant de disparaître sous les yeux hébétés de ses amis.
Les escaliers, il les avala quatre par quatre, oubliant de jeunes fans qui l’attendaient avec de quoi immortaliser l’instant. Le dernier étage était déjà libre et fermé de tout ; et toutes les capsules VIP avaient leurs portes fermées, toutes sauf une.
Smith rentra dans la room. Dans le sofa, une jeune fille blonde. La même qui avait attendu contre le mur dans le couloir avec un ami. Otis, lui, attendait non loin du mur derrière la porte.
Smith s’adressa à Coralie.
— Où avez-vous eu cela ?
— Bonjour Smith. Félicitations pour votre victoire. Vous avez fait un bon match.
— Vous êtes qui ?
— Nous sommes les négociateurs. On vous a prévenu, non ?
À ce moment, Smith comprit.
— Vous… vous êtes de l’armée ? Je, je… non, je ne ferai pas cela.
— À vous de décider, mais imaginez que nous rendions cela public. Sérieux… avec des animaux ? Vous n’avez pas honte ?
— C’est que du virtuel.
— Tout comme une réputation. Comment pensez-vous que le monde le prendrait ?
— Personne ne vous croirait.
— On est l’Empire. Beaucoup de médias sont à notre botte. Ou vous acceptez notre deal lors de votre voyage d’ambassadeur, ou… ou ces informations seront lâchées aux pires moments de votre vie.
Smith ne disait rien. C’était la deuxième fois qu’il avait affaire à l’armée de l’Empire. La première fois, c’était un petit bonhomme trapu avec un chapeau qui lui avait donné rendez-vous dans un bar. Au début, il croyait que c’était une blague et avait refusé poliment, mais il se souvenait parfaitement de la dernière phrase dite : Je suis le côté gentil. Si vous refusez maintenant, l’Empire vous enverra un message clair, et si vous n’acceptez toujours pas, l’armée vous considérera comme un ennemi.
Maintenant il savait.
Coralie se leva et lui tendit l’enveloppe qu’elle avait depuis le début.
— On ne vous demande pas grand-chose pourtant. Durant votre voyage prochain en tant qu’ambassadeur pour résoudre le conflit Minrio-Lordina, vous devrez juste transmettre ceci au président Branivine. C’est un bête fascicule, avec de jolies photos de paix et d’amour.
— Un fascicule, pour le président de la cité Minrio ? Qu’est-ce que…
— Le reste ne vous regarde pas. Acceptez-le ou votre vie sera un calvaire.
Smith ouvrit l’enveloppe. Elle contenait un holocran transparant montrant des images 3D de paix . Il ne comprenait pas. Tout cela pour quoi ? Puis la solution lui vint. Horrifié, il dit :
— C’est, c’est... C’est empoisonné. Mon Dieu, vous allez le tuer ?
Otis, qui n’avait encore rien dit, se retourna.
— Pour un joueur de Graviball, vous êtes moins cons que vous le laissez paraître.
— Mais pourquoi ?
— Pourquoi tuer un ennemi de l’Empire ? À votre avis.
— Mais la paix est possible. C’est pour cela que j’y vais.
— Cela ne vous regarde pas. Délivrez ce document et assurez-vous qu’il touche les pages. Ne vous inquiétez pas, le poison est calibré pour ne fonctionner qu’avec l’ADN de Branivine. Bon, je vous conseille quand même de ne pas lécher le papier.
— Ces gens ont confiance en moi.
— Raison de plus, répondit Coralie. Un tel amoureux des animaux passera entre toutes les mailles de sécurité. Remplissez la mission et votre dossier sera effacé. Ou alors… ou alors le prochain document que vous toucherez sera votre dernier.
Coralie montrait un sac plastique. Il contenait un poil ou un cheveu. Smith comprenait que cela venait de lui, ce qui était suffisant pour créer un poison personnalisé.
Quand Coralie, suivie d’Otis, quittèrent la pièce avec un sourire jusqu’aux oreilles, visibles à travers le plastique qui contenait l’ADN, laissant ce pauvre joueur avec ses doutes.
***
Dans la flèche, Coralie et Otis discutèrent autour de la table. Il était en train de regarder les news, tandis qu’elle regardait l’holo de Smith en train de copuler avec un chien 3D.
— Tu crois qu’il va le faire ? demanda la jeune femme.
— Bien sûr. Comment pourrait-il faire autrement ? Le plus drôle est qu’on balancera les preuves une fois la situation terminée. Si seulement il savait.
Coralie tourna la tête.
— On va tout balancer ? Je pensais qu’il fallait juste lui faire peur.
— Une fois que le despote du bloc commun sera mort, il faudra absolument faire diversion. Quoi de mieux qu’un tueur zoophile ?
— Pfff. Mais c’est un innocent et citoyen de l’Empire. En plus c’est que du virtuel.
— Je sais, mais notre job n’est pas de décider.
— Je déteste quand on fait cela. Qu’est-ce que tu dirais si je balançais tes fantasmes à tout le monde ?
Otis la regarda.
— Tu balancerais des holos de toi en positions délicate ?
— mouais... T’es pas le bon exemple.
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