Glückwunsch! Deine Unterstützung wurde an den Autor gesendet
avatar
WP-7
4-le tableau
Fiction
Science fiction
calendar Veröffentlicht am 27, März, 2026
calendar Aktualisiert am 27, März, 2026
time 14 min
Creative Transparency Label
Image / Human image
Text / Human creation

4-le tableau

— Alors, c'est ça l'art moche, demanda Otis devant le tableau.

La nouvelle mission les avait un peu surpris. Récupérer un tableau réputé dans un musée lunaire, sans aucune indication de but. Seule consigne : n'en parler à personne, pas même aux analystes.

Pour cela, Otis et Coralie s'étaient fait passer pour l'ennemi et avaient enfilés des habits d'étudiants d'une école d'art réputée du bloc commun. La lune était tombée depuis longtemps au main du bloc et le gérant du musée, bien que citoyen de l'empire, avait très rapidement changé de camp.

Devant le tableau, le commandant de l'empire était perplexe. L'image était grande et abstraite. Sur plus d'un mètre de largeur pour trois mètres de longueur, les couleurs s'entrelaçaient sans jamais évoquer quoi que ce soit de réel.

— Moi, je trouve cela joli, répondit Coralie.

— -_-. Tu n'as jamais eu très bon goût pour les jolies choses.

— Quoi ? Mais ce n'est pas vrai.

— Tu veux qu'on parle du vase qu'il y avait dans le salon du vaisseau ?

— C'était un très beau vase. Et si tu avais conduit un peu moins brusquement, il serait toujours là. Je suis même sûre que tu l'as fait exprès.

— Qui sait ? En attendant, cela ne me dit pas ce que je suis en train de regarder.

— Pfff. Tu aurais pu te renseigner un peu. C'est la fresque de Jopan. Cela représente la première invasion armée hors de terre, le premier conflit. Sa récente restauration a duré un temps fou, preuve de l'importance de cette œuvre pour notre histoire. Je suis contente que l'armée ait décidé de sauver ce chef-d'œuvre.

Mais Otis regarda longuement l'image. Il n'y voyait rien. Ni sang (il n'y avait que très peu de rouge), ni personnage, ni combat.

— Mouais. Honnêtement, payer une fortune pour cela. Autant le laisser au bloc commun.

— Mais ça ne va pas. C'est un pan de notre culture qui pourrait disparaître si on le leur laisse.

Otis resta perplexe. La conversation s'arrêta net quand, au loin, un groupe de gens s'approcha. La voix du conservateur du musée était parfaitement reconnaissable, mais d'autres voix l'accompagnaient, des voix aux accents ennemis.

Ni une ni deux, la team WP-7 disparut derrière un mur se cacher.

Le conservateur, accompagné d'une dizaine d'hommes en habit de l'armée du Block Commun, arriva dans la grande salle rouge.

— Ben, où sont-ils ? Je les avais laissés ici, s'interrogea le premier concerné.

— Qui ? demanda le plus haut gradé.

Otis utilisa son Holophone pour scanner la voix. Instantanément, l'ordinateur lui répondit qu'il s'agissait du lieutenant de brigade Bramov. Mais pourquoi était-il ici ?

Le conservateur continua.

— J'avais deux étudiants de l'école d'art commune. Deux jeunes : un garçon avec des cheveux bruns et une fille aux cheveux bouclés. Ils ont dit qu'ils voulaient inspecter le tableau.

— Deux jeunes, vous dites ? reprit Bramov.

— Oui. Normalement nous répondons par la négative à ce genre de demande, mais ils avaient des approbations venant de très haut. Puis, quand vous m'avez appelé, je me suis dit que c'était lié.

Bramov fit de grands yeux.

— Une team WP. Ils sont déjà là.

— WP ?

— Oui, l'empire utilise des microéquipes de saboteurs, des espions. Nos renseignements étaient exacts, ce tableau est important pour eux.

De l'autre côté du mur, Coralie faisait la grimace, mais pour Otis, c'était différent. Si Bramov était au courant qu'on voulait ce tableau, c'était qu'il y avait un espion, et il était bien placé, car officiellement les WP n'existaient pas. C'était donc cela qu'entendait le général par « n'en parlez à personne ».

D'un signe de la tête, le lieutenant du bloc ordonna à ses soldats de fouiller les lieux. Deux d'entre eux accompagnèrent le conservateur vers le poste de surveillance et les autres s'écartèrent dans une salle éloignée, sans se rendre compte que la WP-7 était moins loin qu'ils ne le pensaient. Après un instant, il ne restait plus que Bramov et deux de ses soldats dans la salle.

Otis réfléchit, il fallait agir vite. Mais l'idée vint de Coralie. Elle enleva sa veste d'étudiante de l'école d'art pour se retrouver en chemise boutonnée. Elle prit un élastique dans sa poche et tira ses cheveux en arrière le plus possible pour s'en faire une queue de cheval. Comme par magie, ses boucles se lissèrent.

Otis, sceptique au début, comprit ensuite. Avec quelques accessoires, dont un stylo et des dépliants, Coralie se transforma en employée de l'administration. Avant qu'elle ne sorte de la cachette pour jouer les ingénues, elle fit signe à Otis de s'armer, chose qu'il fit précipitamment.

Dans la grande salle, Bramov faisait la même tête qu'Otis devant le charabia de couleurs. Il ne comprenait pas l'intérêt de ce tableau et encore moins pourquoi l'Empire le voulait. Si cela ne tenait qu'à lui, il l'aurait laissé volontiers. Mais les ordres étaient les ordres : emporter le tableau ou, dans le pire des cas, le détruire.

Il aurait continué à contempler le chef-d'œuvre pendant encore de longues heures si un bruit de pas au loin ne l'avait sorti de sa léthargie. Les premiers surpris furent les deux soldats. Cette secrétaire un peu décousue et plongée dans des documents ne devait rien faire ici. Mais rien dans son apparence n'en faisait une menace.

— Vous, stop !

Coralie s'arrêta net. Jouant la peur, elle se tut.

— Que faites-vous ici ? demanda Bramov. Mais Coralie ne répondit pas.

Bramov s'avança de deux ou trois pas.

— Répondez. Que faites-vous ici ?

Mais il ne put terminer sa phrase. Un grondement suivi d'un bruit sourd et lourd de flaques d'eau jetées au sol l'en empêcha. Bramov était recouvert des entrailles d'un de ses deux gardes qui venait d'exploser à cause d'une balle à gravitron. Par réflexe, il attrapa son arme de service et se retourna. Le dernier soldat fit pareil. Otis était devant eux. Il était armé, mais son arme devait se recharger. Pas longtemps, mais suffisamment pour que des soldats entraînés puissent prendre l'avantage. Heureusement, dans une équipe, il y a toujours au minimum deux personnes afin que l'un puisse compter sur l'autre.

Bramov voulut tirer, mais l'explosion du second soldat lui fit comprendre qu'il avait perdu, du moins la bataille. Ses autres soldats allaient bientôt revenir, il fallait juste patienter. Il leva la tête en signe de résignation et commença à parler.

— Vous êtes des WP, je me trompe ?

— Oh, on commence à être connus, répondit Otis. On est la WP-7, enchanté.

— WP-7 ? Je ne connais pas.

— -_-. Sérieux ? dit Coralie.

— J'ai entendu parler de la WP-3, je pensais même que c'était elle. Mais soyons honnêtes, vu leur état de services, pourquoi leur demanderait-on de sauver un tableau ?

— La WP-3 ? Mais ils sont nuls, protesta Coralie.

— Parce que vous vous trouvez meilleurs qu'eux ? Même pas capables de ramener un tableau. Comment allez-vous faire ? Vous avez vu sa taille. Je n'ai vu aucun matériel. Impossible de le sortir d'ici sans aide et dans peu de temps, mes soldats vont donner l'alerte. Je comprends pourquoi je n'ai jamais entendu parler de la WP-7, elle mérite son invisibi… »

BAM.

La tête de Bramov venait d'exploser sous le tir de Coralie. Le bruit fut suivi dans un second temps d'un corps sans tête qui tombait par terre.

Otis regarda sa collègue avec les yeux grands ouverts.

— Quoi ? Il nous a insultés, dit la blonde pour expliquer son geste. Puis on n'avait pas besoin de lui, que je sache.

— Mouais. Cela se tient, répondit Otis en rangeant son arme. Coralie fit de même. Puis elle demanda :

— Par contre, il a raison. Comment va-t-on faire pour sortir ce tableau ? Ça va être compliqué. C'est un meuble.

— Il y a un truc qui cloche. Pourquoi nous envoyer, nous, s'il fallait une équipe de déménageurs ? Clairement, ce n'est pas le tableau. Il ne passe même pas les portes.

— Oui. Ben dépêche-toi, les gardes ne vont pas tarder.

Otis réfléchissait. Pourquoi ici, pourquoi ce tableau ? Pourquoi lui et Coralie ? Il aurait fallu être une dizaine de personnes comme les gars du Bloc commun. À moins que… à moins que… C'est à ce moment-là qu'il se souvint de ce que lui avait dit Coralie un peu plus tôt.

— Mais oui, c'est ça.

— Tu as trouvé ?

— Je pense. Aide-moi.

Otis attrapa un coin de la toile et d'un coup net —

— MAIS TU ES FOU !! hurla sa collègue.

Otis ne s'arrêta pas. Il mit ses mains dans l'ouverture, attrapa le tissu fermement et tira un bon coup jusqu'à l'autre côté. La toile, solidifiée par la peinture, tomba par terre légèrement. Otis était content de son résultat, tout le contraire de Coralie qui le fusillait du regard.

— Non, mais… il n'y avait pas le choix. Regarde.

Coralie baissa le regard. Derrière la toile se cachait une longue liste de noms. Pour certains, elle en connaissait même le visage.

— Tu me l'as dit toi-même. Elle a été en restauration pendant très longtemps, trop longtemps. Pourquoi, si ce n'est pour cacher quelque chose à l'intérieur ? Comme la liste des hauts gradés corrompus de l'empire. Et c'est même la raison de notre venue. Le nom de notre agent de liaison est sur la liste… le traître.

Coralie comprit, mais cela lui fendait le cœur chaque fois qu'Otis craquait la peinture pour rouler la toile en boule. Elle se sentait un peu responsable d'avoir détruit un monument de l'histoire de l'art. Mais pas le temps, il fallait regagner leur vaisseau, la Flèche, et partir le plus rapidement possible. Chose facile en passant par les couloirs de service.

Le conservateur du musée, revenant de la salle de sécurité avec des soldats, n'avait plus que ses yeux pour pleurer… deux fois. Une fois devant les cadavres, une seconde fois devant la défiguration de l'œuvre.

***

Dans la Flèche qui amenait Otis et Coralie vers d'autres lieux, le général en chef était en holophone.

— Général, dirent ensemble les membres de l'équipe.

— WP-7. Comment s'est déroulée la mission ?

— Ils étaient au courant, répondit Otis. Nous avons une taupe.

— Je m'en doutais. Avez-vous récupéré le tableau ?

— Non, impossible. Mais nous avons mieux.

Otis montra la liste.

— Je la scanne et je vous l'envoie immédiatement. Vous ne devinerez jamais qui est sur la liste.

— J'avais déjà quelques doutes. Il me reste à voir s'ils étaient exacts. Je vous recontacte bientôt pour avoir plus d'infos.

Mais juste avant de raccrocher, Coralie interrompit tout le monde.

— Mon Général. Pardonnez-nous de ne pas avoir pu sauver le tableau.

— Pardon ?

— Nous avons en un sens un peu échoué. Si nous avions été mieux préparés, nous aurions pu sauver ce monument de notre culture.

— Oh. Ne vous en faites pas pour cela. C'était une croûte de toute façon. Je le trouvais moche.

— O_o.

— WP-7…

— Au revoir, Général.

Et l'appel s'arrêta.

— Je te l'avais dit, ajouta Otis, sûr de lui.

— Moi, je l'aimais bien. Puis ce n'est pas la question, notre travail était de le ramener. On a à moitié échoué.

— Notre travail était de ramener la liste des doubles agents. En ce sens, c'est un succès. Et même plus : on a appris qu'on était les meilleurs WP de tous.

— Pardon ? Tu as la mémoire courte. Le lieutenant Bramov n'avait jamais entendu parler de nous.

— Justement, on n'est pas des rockstars, nous sommes les White Panthers n°7. Notre travail c'est d'être incognito. Le jour où ma tête sera dans tous les journaux, là, on sera devenus nuls.

— Mouais, pas faux.

Et la Flèche traversait le système solaire en attente d'une nouvelle mission.


Intellectual property & credits
© Author's name / pen name Elekis
Kommentar (0)
avatar
Add a comment...

Kommentar (0)

Du musst dich einloggen, um kommentieren zu können. Einloggen
Die Reise durch dieses Themengebiet verlängern Science fiction

donate Du kannst deine Lieblingsautoren unterstützen

promo

Download the Panodyssey mobile app