Noces de porcelaine
Sonnet serpentin de forme marotique
À mon épouse Tatiana
Vingt ans de mariage, ô ma belle chérie !
Vingt ans de vie à deux, de bonheur partagé,
Vingt ans d’un amour pur, sincère et engagé,
Vingt ans de saine ivresse et de douce euphorie !
Pour te trouver enfin, ma divine égérie,
J’ai dû porter mon cœur et longtemps voyager
Bien plus loin que mon âme avait envisagé,
Au-delà de l’Oural et de la Sibérie.
Je revois la calèche ornée à nos couleurs,
Les amis, la famille ou les bouquets de fleurs,
Et nos parents émus au pied de la mairie ;
J’eusse traité de fou, par ce jour de gaieté,
Quiconque m’affirmant que nous allions fêter
Vingt ans de mariage, ô ma belle chérie !
La particularité du sonnet serpentin est que le dernier vers est une reprise du tout premier vers. Le premier vers peut être repris à l’identique ou réapparaître dans un ordre inversé ; cette seconde construction correspond à la définition historique la plus stricte du sonnet serpentin.
Ainsi, soit le premier vers est cité à l’identique et, dans ce cas, il faut faire attention à l’agencement des rimes ; soit le premier vers est repris en inversant les hémistiches. C’est sans doute plus facile pour l’utilisation des rimes, mais un peu plus compliqué pour la syntaxe de la phrase qui doit rester compréhensible. Au XVIIe siècle, c’est la deuxième version qui était prônée.
J’utilise dans ce sonnet le premier agencement du poème serpentin, puisque le premier vers est repris à l’identique à la fin du poème. Cela complique un peu les choses car, de fait, la rime principale des quatrains réapparaît donc aux vers 11 et 14 – hérésie dans un sonnet classique, diront les puristes. Mais cette construction particulière permet par exemple d’insister sur l’idée et les sentiments exprimés dès le premier vers. La forme serpentine accentue ainsi l’amour du poète dont les sentiments pour son épouse semblent se répéter à l’infini.
Qui me rendrait visite avec soif ou dédain :
Pitié, ne rendez pas ma Muse furieuse
En vous appropriant les fruits de mon jardin !
Venez vous imprégner d’une douce atmosphère,
Goûtez sans retenue à mon émotion,
Mais sachez que jamais je ne laisserai faire
Si vous vous en prenez à ma création !
Ne me dérobez rien, soyez sincère, honnête
En respectant toujours le travail du poète.
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