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16. Inde, Octobre 2006
Non-fiction
Personal Development
calendar Veröffentlicht am 15, Sept., 2026
calendar Aktualisiert am 18, Sept., 2026
time 27 min
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Text / Human creation

16. Inde, Octobre 2006

Des crises qui m'incitent à tout déconstruire, il y en a déjà eu. Elles tournent toujours autour de la question du sens de mon existence et de ma juste place, et se finissent toujourspar un voyage. En fin de troisième année de Médecine, j'ai arrêté mes études parce que je ne pouvais pas faire autrement, parce que ça n'avait plus de sens pour moi et que j'avais un besoin vital de m'ouvrir à autre chose.

J'ai alors entrepris des études de Psychologie Interculturelle où je me suis épanoui dans tous les pans de ma vie : j'ai rencontré Diane, déménagé à Toulouse, je me suis lancé dans le théâtre, j'ai étudié le bouddhisme et découvert la méditation. Entre autres. Avec Diane, malgré nos faibles moyens financiers nous nous sommes ouverts à tout une vie pleine de découvertes culturelles et artistiques, exploré la ville et la vie étudiante, réalisé de multiples voyages, rencontré tant de personnes provenant d'horizons si divers !

A la fin de mon Master en Psychologie pourtant, une question ne cesse de me tarauder. Vais-je reprendre les études de Médecine ? Je me sens profondément tiraillé : d'un côté j'aime profondément cette nouvelle vie que je me suis construite, cette femme avec qui nous nous entendons si bien, et cette ouverture de l'esprit de tous les instants ; de l'autre, même si j'en connais les énormes contraintes et le renoncement que cela implique, je reste toujours habité par l'ambition de devenir médecin.

En suspendant mes études quelques années auparavant, je m'étais dit : J'aime ce que je fais, mais au vu de tous les sacrifices que cela demande, il faut vraiment que ce soit une vocation pour que j'aille au bout... et pour le moment je ne le ressens pas comme tel. Aujourd'hui, je ne peux pas dire que je le définisse comme tel, mais malgré tout c'est comme si quelque chose m'appelait au plus profond de moi : Fin de la parenthèse, il est temps de t'y remettre !


Après de longs mois de réflexion et de tension intérieure, j'écris une requête au Doyen de la Faculté de Toulouse, qui me reçoit et m'écoute exposer mes motivations. Il me fait ensuite ce retour :

- Monsieur... vous auriez arrêté un an, je dirais pourquoi pas ? Mais là, vous avez arrêté trois ans. Vous savez, je suis appelé toutes les semaines pour rencontrer un interne qui pète les plombs et veut tout arrêter, quand il n'a pas cherché auparavant à se suicider. Je crois pour ma part que vous n'avez pas fait le deuil de vos études de Médecine. Alors, je vais vous y aider ; et à votre requête, je vais vous dire non. Poursuivez la nouvelle vie que vous vous êtes choisie, vous êtes allé au bout de vos études de Psychologie, continuez là dedans !

Ses paroles résonnent de manière contrastée et ambivalente en moi. Je sais bien que dans une certaine mesure il a raison ! Et en même temps... Quelque chose en moi s'accroche, résiste et continue de me travailler intérieurement. Qu'est-ce donc ? De l'obstination ? Une incapacité à lâcher prise et à tirer un trait définitif ?

De toutes façons, un projet plein de sens s'offre à moi, en clôture de mes études interculturelles et de mon exploration du bouddhisme : je vais partir avec une association en Inde, faire du théâtre-clown, et marcher ensuite sur les traces du Bouddha. En accord avec Diane qui doit rester en France pour ses études, je prends mon billet d'avion avec Fred, un ami du théâtre, direction Calcutta.

Mais je prends soin d'écrire un nouveau courrier au Doyen avant de partir. « Monsieur, lorsque vous m'avez reçu dans votre bureau, vous m'avez fait part de vos inquiétudes et vous m'avez dit vouloir m'aider en rejetant ma requête. Vos paroles étaient sages, mais l'envie de reprendre mes études continue malgré tout de me tarauder. Je vais partir en Inde quelques mois. Si à mon retour ce désir persiste toujours au fond de moi, alors je me permettrai de venir vous resolliciter pour envisager de nouveau cette idée. »


Kolkota. Nous sommes d'abord partis avec une association de clown sans frontières pour un projet associant théâtre et interculturalité. Cette association passe dans divers pays par le biais de ce personnage atypique, qui ne s'exprime que par mimes et mimiques, pour favoriser la rencontre entre deux communautés qui ne partagent pas la même langue, et parvenir malgré tout à communiquer dans un langage universel qui passe par le corps humain.

Accueillis dans un village à cent kilomètres au nord de la capitale du West Bengale, dans le delta du Gange, nous retrouvons pour une semaine un groupe de jeunes indiens qui ne parlent pour la plupart que bengali. Heureusement, un membre de leur communauté, étudiant en droit, parle également hindi. Notre instructeur et fondateur de l'association, français, explique ainsi les consignes de chaque atelier en français, puis en anglais. Il se fait ensuite aider par un animateur indien qui les traduit en hindi, et grâce à cet étudiant, elles sont finalement traduites en bengali. Autant dire qu'entre nos deux groupes, nous n'avons aucune possibilité de nous comprendre directement par les mots !

Et pourtant. La complicité que nous allons vivre et l'intimité que nous allons partager sera extraordinaire. Par nos expressions faciales et corporelles, par le jeu des regards et notre envie de nous transmettre quelque chose, nous parvenons à transcender les barrières et à communiquer dans cette langue universelle des émotions qui nous traversent tous. Cela suscite rapidement un enthousiasme collectif débordant, nous permettant toujours de nous retrouver à la fin autour d’un éclat de rire et d'une embrassade chaleureuse.


Après cette expérience extraordinaire, dans un cadre apaisé et retiré, nous reprenons avec Fred notre sac à dos pour poursuivre notre voyage, et aller nous confronter par nous-même à l'authentique vie indienne. Quel choc civilisationnel ! Le grouillement incessant d’une foule dense et omniprésente ; l’activité bruyante, de jour comme de nuit, des taxis, des rickshaws, des camions et des vélos, tous klaxonnant en permanence pour manifester à leur niveau sonore leur présence, mais aussi des commerçants, des vendeurs à la sauvette, des estropiés ou des mendiants ; les odeurs multiples, agréables et nauséabondes, d’encens, d’épices, de fleurs et de détritus. La vie, partout, tout le temps, dans ses plus beaux aspects comme dans les pires. Des femmes absolument sublimes, enroulées dans leurs saris très colorés et finement brodés, côtoyant sur le même trottoir des lépreux ou des hommes désarticulés en train de mendier pour pouvoir survivre.

Tout se passe ici dans la rue : on y cuisine, on y mange, on s'y lave et on y dort, on s’y rencontre et on regarde ensemble passer le temps. Passants, commerçants, mendiants, touristes, sâdhus, conducteurs de rickshaws...

On nous interpelle très facilement. Un indien vient ainsi à notre rencontre « Hello ! What’s your name ? Are you married ? », semble décontenancé par notre réponse invitant à poursuivre l’échange, conclue rapidement d'un « Thank You », et puis s'en va. That’s it ! Ces multiples rencontres, ce foisonnement permanent et parfois oppressant, cette vie à l’état brut dans tous ses aspects les plus riches comme les plus choquants, sont aussi fascinants que dérangeants. En tout cas, pour l'interculturaliste en herbe que je suis, je me régale.


Le fil conducteur de mon voyage repose sur l'exploration de la spiritualité indienne. La ou plutôt les religions hindouistes, les représentations et prières à l’égard de telle ou telle divinité sont omniprésentes dans la vie quotidienne des indiens. Chacun possède un autel chez lui auprès duquel il vénère tel dieu ou telle déesse favorite, y brûle de l’encens, y dépose écharpes de couleur et corbeilles de fruits. Chaque commerçant ouvre sa boutique en rendant hommage à Ganesh, le dieu de la prospérité et gardien des entrées à tête d’éléphant.

Les fêtes religieuses rythment entièrement la vie indienne, leurs sorties, leurs activités. Nous visitons quantité de temples dédiés à quantité de divinités différentes. Nous passons de la Durga Puja à la Kali Puja, des grands cérémonials de crémation des morts à Bénarès aux ashrams bien en amont du Gange sacré à Rishikesh. Les gourous qui y enseignent n’ont pas cette connotation péjorative que nous leur donnons en Occident. Ce sont des sages et des guides spirituels reconnus et suivis par des foules nombreuses d’indiens.

Nous visitons fascinés les temples érotiques de Konark et de Khajurâho, qui m'interpellent profondément et intimement dans ma pudeur judéo-chrétienne. Nous rencontrons des sikhs et des jaïns, des courants divergeant de l'hindouisme ; des shivaïtes adorateurs du culte de Shiva et des vaïshnavistes dévoués à celui de Vishnu ; ou encore des sâdhus, ces indiens tout de orange vêtus, qui ont choisi la voie de l'ascèse et du dépouillement pour pouvoir rencontrer authentiquement la part divine qui est en eux.


Dans le nord-ouest de l’Inde, nous découvrons les fortes influences musulmanes héritées des invasions successives arabes, turques, afghanes, moghols. L’histoire de ce sous-continent est en effet rythmée par la confrontation et la cohabitation oscillantes entre hindous et musulmans.

Le célèbre Taj Mahal est un joyau moghol devant lequel je passe la journée, totalement subjugué, dans un état second, en méditation. Je l’admire, le découvre et le redécouvre sous tous ses angles et à toutes les distances. Je suis profondément touché par ce sentiment d'être face à un trésor de beauté et de perfection, qui semble flotter au dessus du sol en lévitation. La connexion subtile que j'établis avec ce chef d'oeuvre architectural est magique, j'entre littéralement en communion avec ce lieu et l'énergie qui s'en dégage.

A Fatehpur Sikrit, nous découvrons cette place forte carrefour des spiritualités, où le grand empereur Akbar a promu à cette époque un grand dialogue inter-confessionnel entre toutes les religions : musulmans, hindous, bouddhistes, mais aussi chrétiens, juifs... Je m’enchante alors de savoir que la question religieuse n’a pas toujours été affaire de lutte de pouvoir et de domination, mais qu'elle a pu aussi parfois être synonyme d'ouverture, de tolérance et d'enrichissement mutuel entre divers courants de pensée : interculturelle en somme. Et je commence à m'interroger : derrière cette diversité des croyances et des religions ou des spiritualités, ne se cache-t-il pas un dénominateur commun et universel ?


Enfin, nous marchons sur les traces du Bouddhisme. Bodhgaya est ainsi le plus grand lieu de pèlerinage bouddhiste au monde. C’est ici que réside l'Arbre de la Bodhi, sous lequel le Bouddha a jadis trouvé l'Éveil. C'est un lieu très particulier car il se situe dans l'état le plus pauvre de toute l'Inde, le Bihar, où tous les miséreux et estropiés s'y retrouvent pour mendier de quoi subsister auprès des pèlerins du monde entier.

Chaque pays ayant une tradition bouddhiste forte et implantée y a érigé un temple, dans le style architectural qui est le sien, pour pouvoir accueillir et héberger ses ressortissants et les touristes de passage. Nous faisons ainsi le tour des temples tibétain, vietnamien, thaïlandais, bhoutanais, birman, japonais, népalais,... en admirant leurs styles très différents les uns des autres, parfois très sobres et épurés comme les temples japonais, parfois couverts d'or comme les temples cambodgiens ou thaïlandais, sinon entièrement recouverts de peintures très colorées comme les temples tibétains.

Pour ma part, je me consacre chaque matinée à la méditation. Assis en tailleur sous l'arbre de la Bodhi à proximité du Mahabody Temple, le temple officiel érigé en hommage à ce lieu sacré, inspiré par l’énergie particulière qui se dégage de ce lieu, je focalise mon attention sur ma respiration et mes sensations. Durant une heure, peut-être deux et parfois trois, je me maintiens le plus possible dans la présence à ce qui est. Simplement être là, conscient d'être vivant et de respirer, en état de symbiose avec cet endroit si apaisé et si fascinant à la fois. Etre en état de réceptivité maximale, et lâcher l’omniprésence du flux permanent de mes pensées.

Plus je pratique, et plus je suis persuadé que le cerveau fonctionne comme un émetteur et un récepteur, mais qu'il ne peut pas faire les deux choses à la fois. Tout au plus oscille-t-il rapidement entre ces deux fonctions ; mais quand je pense, je ne ressens pas, et quand je ressens, je ne pense pas. Ou si l'on veut ajouter un peu plus de nuances, ma production mentale a tendance à me couper d'une communion avec ce qui m'entoure, tandis que méditer, ressentir en pleine conscience, ouvre la voie à percevoir le monde d'une manière sensiblement différente.


Nous planifions de repartir, mais des problèmes de bus nous obligent à patienter une ou deux journées de plus. Malice de la vie, c'est sur le chemin du retour de la gare routière que nous rencontrons un indien qui nous aborde, accompagné d'un grand monsieur aux airs de cambodgien. Ce dernier, fils d'émigré sous le terrible régime de Pol-Pot, vit aux Etats-Unis où il est peut-être devenu moine. Marqué en tout cas par toute cette pauvreté environnante, il a décidé de faire une offrande conséquente pour pouvoir offrir un repas à tous ceux qui le nécessitent.

Ils attendent plusieurs centaines de personnes et ont besoin d'aide pour distribuer ce repas. Et nous voici embarqués dans ce projet pour la journée, à observer les femmes indiennes couper les aliments et faire chauffer les marmites, tandis que les hommes sillonnent la ville pour informer les mendiants de cette distribution providentielle.

Ce moment est un temps marquant de mon voyage, que je reçois comme un immense cadeau. Sur une grande esplanade, assises au sol le long des murs, des femmes au visage marqué par le soleil et les épreuves de la vie me sourient généreusement de leur bouche édentée, plongeant loin dans mes yeux leur regard humide et luisant, si chargé d'amour, tandis que je leur sers la potée dans de grandes feuilles de bananier.

Des hommes chétifs, aux vêtements délabrés par l'usure et la saleté, me tendent silencieusement la main en guise de reconnaissance, eux les dalits, les intouchables, ces parias de la société indienne laissés pour compte, à qui un homme blanc européen daigne apporter un peu de considération, et qui se met à leur service pour pouvoir leur donner de quoi sustenter leur faim.

Des gamins des rues, par dizaines, à l'énergie de vie incroyable, qui m'inondent de leurs sourires et de leurs rires éclatants, se chamaillant entre eux, trop contents de pouvoir interagir autrement avec cet étranger qu'on approche habituellement pour mendier.


Enfin, après nous être séparés avec Fred qui souhaite découvrir le désert au fond du Rajasthan, je gagne pour ma part Rishikesh, dans les contreforts de l'Himalaya au nord-ouest de l'Inde, haut lieu de retraites dans des ashrams situé à la source du Gange, où je m'initie notamment au yoga. Puis je prends la direction de Dharamsala dans l'Himachal Pradesh, clou final de mon voyage, qu'on surnomme la petite Lhassa car c'est le lieu de résidence du Dalaï-Lama et de son gouvernement tibétain en exil.

J’y rencontre une jeunesse mobilisée et revendicatrice, qui manifeste tous les jours dans la rue pour la libération de son pays, le Tibet, de l'oppression chinoise. Je m’imprègne de la culture tibétaine, complètement associée au bouddhisme, avec ses roues de prière, ses temples, ses drapeaux de couleurs flottant qui diffusent l'esprit de leurs textes sacrés au gré du vent. Je passe des heures dans les boutiques à découvrir leurs instruments de musique, et notamment la puissance incroyable de leurs bols tibétains.

Fabriqués par des machines, les petits bols ont un son cristallin magnifique. Manufacturés à la main, les grands bols ont un pouvoir vibratoire tout autre. Au fur et à mesure que je frotte le maillet à leur pourtour, ceux-ci se mettent à vibrer puissamment, en même temps qu'ils se mettent à chanter dans une fréquence bien déterminée.

- Tout est vibration. Et tout peut se traiter et se réharmoniser par le pouvoir de la vibration, me dit la vendeuse tibétaine.

A chaque chakra un mantra associé, une fréquence et un son précis. Je les essaye les uns à la suite des autres, puis reviens aux précédents pour tenter de percevoir leur singularité sonore, les sensations différentes qu'ils provoquent en moi et sur mon état. Trouver celui qui me correspond. Celui qui me choisit. Il me faut revenir trois jours de suite pour être assuré d'avoir trouvé mon bol.


J’ai surtout la chance d’arriver précisément au tout début d’un cycle de conférences du Dalaï-Lama. Souvent en voyage à travers le monde, ce chef politique et spirituel du peuple tibétain est rarement présent et accessible à Dharamsala. Ce cycle de conférences, donné pour une communauté russe et mongole, est donc déjà un événement en soi ! Il se déroule sur sept jours au niveau du temple principal, mais tous ceux qui veulent y assister peuvent se rendre également sur l'esplanade autour du temple, d'où ils peuvent suivre, par retranscription radiophonique directe et traduite en plusieurs langues, le contenu des enseignements.

Je me dirige donc le premier jour, comme des centaines d'autres personnes, vers l'esplanade pour espérer voir Sa Sainteté passer avant qu'il n'entre dans le temple, mais catastrophe ! Les gardiens refusent catégoriquement que j'entre dans l'enceinte avec mon appareil-photo. Je dois donc rebrousser chemin en urgence, et trouve finalement un restaurant qui accepte de me garder mon appareil avant de regagner rapidement le sanctuaire.

Trop tard ! Il est déjà passé et s'est installé à l'intérieur du temple. Déçu, je traverse la foule installée sur l'esplanade, et parviens à passer un premier cordon limitant l'accès au temple. Puis je tente de me rapprocher de l'entrée, tel un petit curieux, espérant au moins l'apercevoir ! Nous sommes nombreux, plusieurs milliers, et seuls quelques deux cents personnes sélectionnées dans les communautés russe et mongole pour assister au cycle ont l'autorisation d'être à l'intérieur.

Je regarde donc, sur la pointe des pieds au milieu d'un groupe amassé à l'entrée au fond du temple, tentant de pouvoir le voir. Ça y est, je l'entraperçois ! Devant moi, un homme discute avec le vigile. Il tente de lui expliquer en russe qu'il a l’autorisation de rentrer, que son amie est à l'intérieur. Il la désigne du doigt, et quand celle-ci se retourne enfin au bout de dix minutes et agite sa main pour le saluer, le gardien finit par céder, nous laissant passer... tous les deux ! Je ne fais que suivre le chemin que l'on me déroule devant moi.

Il ne me reste plus qu'à m'installer sur la grande natte posée au sol. le Dalaï Lama, assis en lotus sur son fauteuil, en face de moi à une vingtaine de mètres à peine, j'assiste à l'ensemble de l'enseignement parmi les deux cents privilégiés ! Je suis fasciné par la présence de cet homme, que l'on nomme His Holiness, Sa Sainteté. Son visage détendu et aimable, très expressif, traduit parfois un sérieux et une grande forme de concentration, puis éclate à d'autres moments de rire, notamment quand on lui pose une question qui l'étonne.

Un homme d'une simplicité et d'une bienveillance impressionnantes malgré son haut niveau de responsabilité ! Une femme à côté de moi m'adresse quelques mots. Je lui fais comprendre que je ne parle pas russe. Elle m'interroge alors en anglais :

- Where are you coming from ?

- I'm from France...

- What are you doing here ? How did you entry inside ?

Et quand je tente de lui expliquer les circonstances de mon entrée, elle éclate elle-même de rire, pour conclure :

- Oh dear ! You should have a really good karma for having the opportunity to be here!


Le lendemain, avec des amis, nous décidons de ne pas poursuivre le cycle, car il commence à aborder des notions très pointues du bouddhisme tibétain, et que suivre tout ça en anglais traduit en direct dans un casque audio, ce n'est vraiment pas évident à comprendre. Nous préférons plutôt aller visiter le musée tibétain juste en dessous, rassemblant objets, tenues, arts et coutumes du Tibet.

En sortant, je regarde ma montre :

- Ce doit être l'heure pour le Dalaï Lama de sortir du temple ! On essaie d'aller voir ?

A peine pénétré dans l'enceinte, nous sommes repoussés par un cordon de sécurité rapidement dressé. « Sa Sainteté arrive ! » Et le voici qui descend justement les marches, dans sa tenue de moine pourpre et orange.

Il nous remarque, nous adresse un large sourire, décide de s'approcher de notre groupe pour venir serrer quelques mains. Je n'ai pas ce privilège, mais je peux alors l'observer à ma guise et m'imprégner de sa présence, à tout juste quelques mètres de moi !

C'est un moment intense et chargé en émotion, profondément reconnaissant de pouvoir être en présence de ce grand sage, figure de la résistance non violente, du dialogue interreligieux, du rapprochement entre sciences et spiritualités, tout juste à mes côtés. Je suis là, au bon endroit, au bon moment, dans un concours de circonstances invraisemblable... Comme si j'avais instinctivement senti en sortant du musée que c'était le moment d'y aller.


Je reviens de ce voyage avec l'idée, encore naissante et balbutiante, que rien n'est fruit du hasard, qu'il y a une guidance de la vie pour nous amener là où nous devons aller, pour peu qu'on prenne le temps de l'écouter. Dans ce sous-continent hautement spirituel, si je prends le temps de vivre au rythme du pays, d'être dans une attitude d'ouverture et de réceptivité à ce qui se présente, tous les événements me conduisent, par de troublantes coïncidences, à rencontrer ce que j'ai besoin de rencontrer. C'est une découverte étonnante avec laquelle je ne suis pas à l'aise tant elle déroge à mon univers rationnel et laïque !

Pourtant, tant de choses m'ont été servies durant ce voyage comme sur un plateau d'argent. L'imprévu n'a jamais été insécurisant, et au contraire a été une force d'ouverture à des rencontres insolites et extraordinaires, auxquelles je n'aurais jamais pu prétendre si j'avais cherché à tout planifier. Comme si une force mystérieuse devinait ce dont j'avais besoin, et me guidait par des détours et des synchronicités à rencontrer ce que j'avais besoin de rencontrer. Ce qui allait me permettre d'ouvrir un peu plus largement le champ de ma conscience et de ma compréhension de cette Inde spirituelle et multiculturelle...


Dans l'avion du retour, je refais le bilan de ces deux mois passés dans ce pays comme nul autre pareil. Et je fais le point avec moi-même vers où je souhaite diriger maintenant mon parcours de vie. Poursuivre dans la psychologie, voire le théâtre ? Ou tenter de reprendre enfin mes études de Médecine ? Cela s'impose naturellement à moi : Si cela m'appelle encore depuis tout ce temps, c'est qu'il faut que je retourne voir !

Mais je me fais une promesse : OK, j'accepte. Mais à une condition : conserver autant que possible mon lien avec l'interculturalité, qui m'est si cher à mon coeur désormais et qui m'a été d'une telle ouverture de l'esprit ces dernières années !


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Sources, citations, co-authors pour aller plus loin sur mon blog : https://panodyssey.com/fr/creative/room/un-clown-en-inde-2sdu98jkp9kv CLIFFORD T. La médecine tibétaine bouddhique et sa psychiatrie, ed. Dervy, 1998 LAO-TSEU Tao Te King, ed Synchronique, 2012 PATANJALI Yoga-Sutras, ed. Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 1991 SA SAINTETE LE DALAI LAMA, CURTLER H. L'art du Bonheur ed. Robert Laffont, 1999 SA SAINTETE LE DALAI LAMA, Tout l'Univers dans un atome : Science et bouddhisme, une invitation au dialogue, ed. Robert Laffont 2006 SHARAMON S., BAGINSKI B.J. The Chakra Handbook, ed. Lotus Press, 1998 CLANET C., L' Interculturel : introduction aux approches interculturelles en éducation et en sciences humaines, Presses Universitaires du Mirail, 1990 COELHO P. L'alchimiste, ed. Anne Carrière, 1994
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non-commercial use only
CC BY-NC-ND
The Kitty clause
Charlie verified
IA ? c'est quoi IA ?
Ici, c'est que de l'IP : de l'Intelligence Personnelle.

Humaniste convaincu, quelles que soient les potentialités de l'IA, je crois qu'il est important de ne pas se laisser déposséder de ce que nous avons de plus précieux : notre conscience du monde, de nous mêmes, et notre capacité à penser par nous mêmes.

Tout ce que j'écris défends donc ce combat : explorer les potentialités de notre propre conscience.
Alors respectez- vous, respectez moi ! tout ce qui est écrit ici doit, en cas de reprise, respecter les droits d'auteur et me citer comme tel.

Après...n'hésitez pas à partager !
Car ce qu'il y a de bien avec l'intelligence humaine, c'est que plus elle est partagée, plus elle aide à se faire grandir mutuellement !

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