Quels sont vos filtres à strokes ?
Quels sont vos filtres à strokes ?
En théorie, la nomenclature des signes de reconnaissance (strokes) est limpide.
Les inconditionnels positifs pour signifier la confiance, les conditionnels positifs pour encourager une action, les rituels pour entretenir le lien, les conditionnels négatifs pour corriger une erreur, et les inconditionnels négatifs pour dévaloriser l’autre. Propre, net, presque scolaire.
Dans la vraie vie, c’est une autre histoire. Car entre l’émission d’un stroke et sa réception, s’intercalent nos filtres. Et là, tout se complique. Illustrons.
Mon boss m’annonce :
« Je pars en vacances trois semaines. J’ai entière confiance en toi, je te laisse manager les équipes et les projets. »
Face à ce stroke inconditionnel positif, sans filtre, je réponds simplement :
« Merci pour ta confiance, j’en suis honoré. »
J’aligne mes mots, ma posture, mon ton de voix. Et surtout, je fais un pari audacieux : celui de sa sincérité.
Mais si j’active mes filtres à strokes, la situation peut rapidement devenir… acrobatique.
En voici quelques spécimens courants :
- Réciprocité à tout prix : « C’est grâce à toi que j’en suis là. »
- Stoïcisme : un léger sourire, rideau.
- Exagération : « C’est vrai que je suis le meilleur de tes collaborateurs. »
- Dévalorisation : « Non, non, je ne suis pas au niveau. »
- Renversement : « Tu te moques de moi ou quoi ? »
Les filtres opèrent tout autant face aux strokes négatifs.
Par exemple, mon boss m’assène :
« Tu es vraiment nul, ton projet est en retard ! »
Sans filtre, je peux répondre :
« C’est vrai que le projet est en retard. En revanche, me traiter de nul ne me convient pas. »
Avec filtres, les réactions deviennent plus… sportives :
- Réciprocité à tout prix : « Serais-tu en train de me harceler ? »
- Stoïcisme : rester de marbre… et préparer une vengeance froide.
- Exagération : « À l’avenir, il faudra me donner des consignes claires , ce qui n’était visiblement pas le cas. »
- Dévalorisation : « Je sais, je rate tout ce que j’entreprends. »
- Renversement : « C’est nul de me traiter de nul ! »
Ces exemples sont indicatifs. Il existe autant de filtres que de personnes recevant des strokes. Plutôt que de se perdre dans des réponses alambiquées, une piste mérite d’être explorée : la simplicité.
En pratique :
- En cas de stroke positif : exprimer l’émotion agréable et remercier. : « Merci de me dire cela, ça me stimule. »
- En cas de stroke conditionnel négatif : poser une limite relationnelle.: « Merci de me le dire sans m’agresser personnellement. »
- En cas de stroke inconditionnel négatif : refuser l’attaque, sans nier le fond.: «J’accepte que tu me dises que j’ai mal agi, pas que tu m’attaques personnellement. »
Les strokes ne sont pas un luxe relationnel ni un gadget de développement personnel : ils sont indispensables à la vie psychique et sociale. Nous en avons besoin pour exister, travailler, coopérer, tenir debout. Le problème ne vient donc pas des strokes eux-mêmes, mais des filtres qui s’interposent à notre insu entre ce qui est donné et ce qui est reçu.
Ces filtres, largement hors du champ de la conscience claire et raisonnée, transforment des signes simples en messages tordus. Ils compliquent inutilement la relation, nourrissent les malentendus et finissent souvent en conflits évitables. Travailler sur les strokes, ce n’est pas apprendre à mieux parler : c’est surtout apprendre à mieux recevoir.
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