les constellations primitives
Oui, cet arbre qui pourtant est mort, nous fait signe autant que celui qui est vivant. Et pourquoi donc ceci ? Mais tout simplement parce que, parvenu à la limite extrême de son dépouillement, il ne conserve plus que les lignes directrices de son essence, il focalise notre regard sur ces formes aussi élémentaires que parfaites, il nous fait toucher du doigt, au sens strict, ses nervures les plus apparentes, les constellations primitives de sa propre configuration. Il agit sur notre psyché à la façon d’un « pèlerinage aux sources » pour utiliser le beau titre de l’ouvrage de Lanza del Vasto, ce chemin hors des sentiers battus, des errances humaines, des impasses semées de scories de toutes sortes, de pensées approximatives, de catalogue d’idées reçues, d’opinions qui ne sont que des hypostases d’une lumineuse méditation.
Cependant l’erreur serait de croire que ce niveau renouvelé, inédit, inouï de conscience s’acquiert facilement, qu’il est le résultat d’un hasard, d’un heureux alignement des planètes, qu’il était inscrit en nous à la façon dont un destin nous détermine en ce lieu du monde, en ce temps de pur surgissement. Non, le surgissement, le déploiement ne se font jamais au titre d’une distraction, consécutivement à la levée d’une barrière qui devait s’effectuer, qui était en attente de devenir. Non, ouvrir un monde à partir du simple et du modeste se gagne à la lumière de longues et récurrentes recherches personnelles. Une métaphore que je cite régulièrement consiste en ceci : le corail de l’oursin ne se révèle qu’à avoir traversé sa coque de piquants et sa cuticule de peau
C’est à ceci que nous invite cette très belle photographie de Thierry Cardon. On n’est nullement le photographe d’une telle esthétique sans être préoccupé, soi-même, par le problème de la beauté qui est l’un des prédicats les plus sensibles de l’être. Le trajet de la chose mutique à la chose en soi, qui est sa vérité, n’est que l’itérative scansion qui, une fois voile le réel, une fois le dévoile. Tout dévoilement au terme duquel nous apparaît l’essentiel en sa sublime fondation est tâche continue et exaltante pour la conscience. « Conscience », peut-être le mot le plus beau qu’ait inventé l’esprit humain. Oui, le plus beau !
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