La révélation(partie 1)
La révélation(partie 1)
Le jour venait de se lever sur Symviosi, dans cette belle cité située entre la Mer de la Tranquillité et les montagnes qui berçaient son flanc Est. Les eaux turquoises déversaient immuablement leurs rouleaux azurés sur les plages argentées de la région tout en disséminant ses embruns vers l’intérieur des terres. La bruine se dispersait presque méthodiquement d’un jardin à l’autre, inondant chaque matin de ses bienfaits la flore en cette saison de renaissance.
Transportées par la brise, les gouttelettes iodées poursuivaient leur vol, passant au-dessus de la petite ville encore partiellement endormie en ce début de journée, pour atteindre une petite maison de plain-pied au toit de chaume.
Les dernières petites gouttes d’eau salées vinrent délicatement se poser sur le visage d’un vieil homme et d’une vieille femme, qui se prélassaient tranquillement sous leur grand chêne en cette douce matinée printanière. Ils prenaient leur petit déjeuner sereinement, dans leur grand jardin arboré, à l’abri des regards et des rayons déjà lumineux du soleil.

Aldéric et Messalia profitaient de la vie, leurs deux enfants ayant quitté le nid pour vivre leurs propres aventures il y a bien longtemps déjà.
Cependant, un grand jour s’annonçait. En plus de célébrer le retour du printemps pour la fin de semaine, Aldéric avait convié Otis, son petit-fils âgé de vingt-cinq ans, afin de lui confier ce qu’il savait de plus précieux et de plus secret.
Un nouveau cycle se préparait cette année à Symviosi : la renaissance de la nature marquait pour Aldéric l’achèvement d’une période, et par la même occasion, le renouveau qui l’attendait lui et le vénérable conseil des Gardiens.
– Voilà une belle journée en perspective, Messalia ! Admire ce grand soleil qui se lève derrière les montagnes ! Et dire qu’il va falloir que je me retranche toute la journée dans mon bureau… remarqua Aldéric, l’air amusé. Je me plains, je me plains, mais si tu savais, Messalia… Ma personne tout entière est honorée, excitée, émue et stressée au regard de la mission qui m’incombe.Otis ne va pas tarder à arriver. Le pauvre, il ne se doute de rien.
– Mais tout va bien se passer, Aldéric. Ton petit-fils et toi avez toujours partagé le même intérêt pour les mystères de ce monde. Ce n’est pas un hasard s’il est devenu géologue et qu’il passe son temps à examiner chaque pierre sous la moindre couture pour en découvrir les secrets. Ce petit curieux de tout a toujours voulu comprendre comment toutes ces pierres ont traversés le temps sans jamais oublier de rester belles et fortes face aux turpitudes du climat et de notre planète, rassura Messalia de sa voix douce et posée.
– Tu as sans doute raison, ma chérie, comme d’habitude, répondit le vieil homme avec un regard plein de tendresse vis-à-vis de son épouse tout en prenant sa main dans la sienne. Tu sais, je lui ai demandé de venir assez tôt ce matin, car le programme va être chargé. Je n’ose même pas imaginer dans quel état il va repartir demain soir… Aaah justement le voilà ! Qu’est-ce qu’il me rappelle sa mère avec sa conduite sportive ! Regarde tous les gravillons qu’il projette sur la pelouse qui borde l’allée ! rajouta-t-il, en faisant les gros yeux. Son impétuosité va peut-être s’avérer difficile à canaliser durant cette journée qui se doit de lui apporter de si grandes choses à comprendre pour l’avenir. Ma foi on verra bien !
– Hello papy, hello mamie, comment ça va vous deux ? hurla Otis tout en s’extirpant de sa petite voiture électrique verte qui ne passait pas inaperçue.
Le grand et sportif jeune homme claqua la porte de son mini bolide et se dirigea nonchalamment vers la table, les mains dans les poches de son pantalon, détendu et souriant. Il était très à l’aise avec ses grands-parents car il les voyait autant que possible pour conserver cette légèreté d’une enfance qui ne l’avait pas vraiment quitté. Surtout lorsqu’il se retrouvait en face des bons mets de Messalia.
Après un rapide baiser sur les joues de ses grands-parents, il alla s’asseoir et balaya du regard le petit déjeuner pour voir s’il ne pouvait pas grappiller deux ou trois morceaux de brioche maison aux pépites de chocolat.
– Bonjour, mon petit ! Je t’en prie, sers-toi, manges ce que tu veux. Prends des forces, tu vas en avoir besoin, car ton papy t’a préparé une journée mémorable, lui proposa Messalia de sa voix douce et malicieuse, clin d’œil à l’appui, tout en s’éloignant des deux hommes pour disparaître dans la maison.
– Mon petit ! Mon petit ! J’ai quand même vingt-cinq ans maintenant, bougonna le jeune homme, la bouche pleine de gâteau, affalé dans un des vieux sièges en fer forgé blanc.
– Justement Otis, c’est précisément pour cela que je t’ai demandé de me rejoindre pour deux jours, car tu es à présent en âge de prendre mon relais… glissa mystérieusement Aldéric à l’oreille de son petit-fils.
– Mais quel relais ? se demanda Otis, son visage exprimant l’étonnement et l’interrogation. Son regard fixa l’horizon et il se passa la main dans ses cheveux châtains frisottés et mi-longs comme à son habitude lorsque la stupeur le gagnait. Mais il n’allait pas tarder à découvrir la raison de sa venue.
– Mon cher Otis, tu n’es pas sans savoir que, comme toi, je suis né ici, dans cette merveilleuse contrée de Symviosi, sur la grande Terre Argentée. Tout ce qui se rapporte à elle me passionne et attise ma curiosité. Mais sais-tu seulement quelle fonction m’était dévolue durant toutes ces années ?
– Tu travaillais à la mairie comme archiviste, c’est ça, non ? répondit Otis, plutôt sûr de lui, tout en essuyant les nombreuses miettes sur son vieux t-shirt kaki.
– Une grande partie de ma vie a effectivement été consacrée à la sauvegarde du patrimoine de Symviosi. Mais pas que…Quand j’évoque l’héritage de la cité, je ne parle pas uniquement de son passé historique. Il est également question de son fonctionnement inhérent et du cycle particulier de la vie entre tous les habitants et leur environnement.
– Elle m’a l’air bien compliquée ta fonction. J’ai un peu de mal à te suivre et à savoir en quoi je te serais utile, s’interrogea le jeune homme alors qu’il se versait du jus d’orange pressé.
– Si tu me laissais le temps d’en placer une, je pourrais m’expliquer un peu plus clairement, maugréa calmement Aldéric, agacé par le manque de patience de son petit-fils et ses gesticulations incessantes.
C’est un fait qu’il pouvait régulièrement constater lors de ses interventions auprès des jeunes générations dans ses conférences sur l’histoire de la cité. Il refusait que cette vertu devienne une denrée rare pour ainsi envoyer à la pelle multiples informations d’une importance aussi essentielle que celle des Gardiens de la cité.
– OK, je me tais et je t’écoute, s’excusa Otis l’air penaud devant son grand-père qu’il appréciait énormément.
Aldéric poursuivit :
– Le jour de mes vingt-cinq ans, à la demande des anciens les plus importants et influents de la bourgade, le maire d’alors m’annonça que j’étais pressenti pour assurer la fonction de Gardien de l’histoire et de la mémoire de la contrée. J’étais jeune, amoureux et ne comprenais pas trop en quoi allait consister mon rôle dans cet univers énigmatique des Gardiens.
Mon père et ma mère exprimèrent de la fierté à mon égard devant l’honneur que me faisaient les plus anciens de la région. Mais ils ne surent m’expliquer la teneur exacte de cette mission, ni à quoi je devais m’attendre dans ma nouvelle vie.
Heureusement pour moi, ta future grand-mère, une femme admirable, accepta de rester à mes côtés et de me soutenir à l’époque malgré la difficulté et l’opacité de ma tâche à ses yeux. Aujourd’hui encore, ma chère et toujours aussi belle Messalia me soutient dans mes lubies les plus folles et parfois les plus soudaines, sans jamais me demander d’explications.
Afin d’officialiser ma nomination et de commencer mon apprentissage, le maire me prit rendez-vous auprès du conseil des Gardiens. L’air désolé qu’il manifestait ne me permit pas de me rassurer, même pas un peu.

Beitragen
Du kannst deine Lieblingsautoren unterstützen

