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Eldria II : 34 · La neuvième fille
Fiction
Erotica
calendar Veröffentlicht am 21, Aug., 2026
calendar Aktualisiert am 21, Aug., 2026
time 25 min
18+

Eldria II : 34 · La neuvième fille

Il se tenait là, fier, massif, impressionnant, le visage dur. Comme elle l’avait toujours connu.

Depuis près de trois décennies, le suzerain incontesté de ces terres arides avait appris à imposer le respect par-delà les continents. Nul n’osait défier son autorité, et ceux qui, par le passé, s’y étaient risqués avaient payé leur duplicité au prix du sang. Parfois même jusque dans sa propre famille.

Escortée de deux Capes Ocres, Lélia fut conduite dans la chambre du suzerain, l’homme le plus influent de tous les clans d’Adaï.

Son père.

C’était la première fois, en vingt-deux années d’existence, qu’elle était conviée dans ces appartements privés, là où nul n’osait s’aventurer sans autorisation expresse. L’endroit, garni de quelques meubles disparates et purement fonctionnels, était à l’image de son occupant : militaire, brut, froid, austère. Même l’immense lit, relégué dans un angle mal éclairé de la pièce, évoquait davantage une épaisse strate de granit qu’un accueillant édredon moelleux, comme si tout avait été conçu pour priver de confort quiconque serait amené à y sommeiller.

Face à l’entrée, devant un mur sombre dont l’unique ornement consistait en un assortiment de boucliers de formes diverses, si larges qu’un homme seul aurait peiné à les brandir, se dressait le seul meuble visiblement employé au quotidien : un bureau de bois massif, façonné sur mesure, de la taille d’un petit éléphant.

Installé dans un fauteuil anguleux tout aussi imposant, Arengryar II, le visage impassible, transperça de ses yeux noirs sa neuvième fille officielle – sans nul doute la plus impétueuse et la plus impertinente de toutes. Derrière lui, docilement alignées, le menton baissé et les mains ramenées contre leurs ventres nus, se tenaient les cinq servantes du Shruïn. Elles le suivaient partout où il allait, esclaves de ses désirs, mises à la disposition de son plaisir personnel ou de celui de ses hommes, selon son bon vouloir.

Sans ménagement ni un mot, les gardes menèrent Lélia devant le vaste bureau et, d’un geste sec, lui arrachèrent son châle. Ils repartirent aussitôt avec l’étoffe, l’abandonnant face au souverain, désormais vêtue de sa seule et humiliante cage de fer. Sans jamais cesser de la fixer, celui-ci faisait tournoyer entre ses doigts trapus la minuscule clé dorée, symbole de cette liberté qu’elle aspirait tant à retrouver. Et que lui seul pouvait lui offrir.

– Ma fille, dit-il dans leur langue, de sa voix profonde et rocailleuse qui semblait presque faire vibrer les murs du palais. Tu m’as plongé dans une situation des plus inconfortables. Si tu n’étais de mon sang, j’aurais mis fin à tes jours sans la moindre hésitation.

Lélia baissa la tête en signe de soumission, le regard voilé de honte.

– Père, j’ai... je Vous ai trop longtemps déçu. Tout est clair, désormais. J’ai compris ce que Vous attendiez de moi.

Elle posa une main à plat sur son nombril.

– J’ai longtemps redouté d’enfanter, car je craignais que la descendance que je pourrais Vous offrir ne Vous disconvienne. Mes craintes se sont toutefois dissipées. Ma progéniture doit être pure, issue de Votre lignée et... qui mieux que Vous pour l’engendrer ?

Le Shruïn demeura longuement impassible. Une minute durant, seul résonna le souffle du sirocco naissant qui venait mourir en une caresse pressante contre les hautes fenêtres teintées de brun.

Enfin, il se leva avec lenteur et désigna l’inhospitalière couche derrière Lélia.

– Tu ne mérites guère que je perde davantage de temps en verbiage futile, trancha-t-il. Allonge-toi, que l’on en finisse.

– Bien, Père.

Le cœur battant, elle s’exécuta et s’étendit sur le dos, à même la couche de matière brute. Dans le même temps, le Shruïn claqua impérieusement des doigts et tendit sur sa gauche la clé dorée. Aussitôt, l’une des servantes accourut, saisit en hâte le précieux sésame de la main son maître, puis se précipita vers Lélia. Elle se pencha au-dessus d’elle et, avec méthode, fit pivoter la petite clé dans la minuscule serrure dissimulée au-dessus de sa cuisse. Un léger cliquetis résonna, le métal frémit... puis l’anse de fer se déverrouilla et retomba sous les fesses de sa porteuse, révélant sa nudité retrouvée.

Lélia ne put contenir un soupir de soulagement en repoussant loin de sa peau l’inerte culotte de métal, source de tant de désagréments. Pourtant, son intimité – plus broussailleuse qu’à l’accoutumée – se trouva presque aussitôt recouverte par la paume de la jeune servante. Le visage impassible mais la main tremblante, celle-ci glissa deux doigts entre les replis délicats de la fente ainsi dévoilée, écartant avec application cette vulve rendue à la liberté, bientôt offerte au seigneur de Solanntor. Soulagée par ce contact intime pour la première fois depuis plus d’une moitié de lune, Lélia laissa échapper une complainte libératrice.

– Honorez-moi, Père, gémit-elle en se cambrant, les mains courant avidement sur sa poitrine. Je suis tout entière à Vous... L’attente m’est insupportable.

Après une longue minute d’attouchements appuyés, la servante se retira et s’inclina devant son maître, qui la dominait de toute sa hauteur.

Na’Shruïn, dit-elle avec révérence, la Princesse n’est pas suffisamment dilatée pour accueillir votre noble s-

Elle ne put achever sa phrase. Sans lui accorder davantage d’attention qu’à une vulgaire mouche importune, le colosse repoussa son esclave d’un revers de main. Le geste balaya sans effort son corps frêle, qui bascula avant de s’effondrer misérablement sur le sol, les genoux écorchés. La jeune femme se releva toutefois aussitôt, les joues empourprées de honte. Elle s’inclina de nouveau, puis s’effaça pour rejoindre ses quatre consœurs, demeurées parfaitement immobiles.

Le Shruïn s’avança jusqu’au pied du lit, projetant son ombre démesurée sur celle, devenue femme, qu’il avait conçue vingt-trois années plus tôt. Son regard froid et calculateur parcourut ce corps féminin étendu, offert, qui frémissait à ses pieds. Quelle pathétique descendance...

Par la seule force de sa volonté, sans que son visage trahît la moindre émotion, son sexe se gorgea d’un afflux soudain et massif, s’élevant ostensiblement, comme soutenu par une force invisible. Lélia ne put que contempler cette silhouette compacte, lourde, qui se déployait devant elle, pareille à un oblong gourdin qui se dresserait.

Depuis les prémices de sa vie charnelle, elle avait connu des milliers d’hommes ; certains fort bien pourvus, d’autres – la plupart – plus modestement appareillés. Son expérience lui avait enseigné que les apparences ne présageaient en rien de ce qu’un amant était capable d’offrir... ou d’infliger. La situation présente, toutefois, était d’une tout autre nature. Malgré son expérience, Lélia pressentait que, inceste ou pas, l’union à venir risquait de se révéler des plus douloureuses. Un fait était certain : jamais elle n’avait rien affronté de semblable.

Son père, enfin disposé, posa un genou sur le lit rocailleux, dont l’armature trembla sous son poids. Sans plus attendre, comme s’il désirait se débarrasser au plus tôt d’une besogne qui le répugnait, il empoigna Lélia par les mollets et, à sa grande surprise, la retourna aussi aisément qu’un rouleau de parchemin. Un hoquet lui échappa tandis que, sans la moindre délicatesse, il la soulevait par le bassin afin de mieux se présenter au bas de ses fesses.

– Je vais te prendre telle la catin que tu es, gronda-t-il. Comme j’ai pris, en cet endroit précis, celle qui t’a mise au monde. Ton insolente mère m’a bien diverti, alors. Mais s’il m’avait été donné d’entrevoir ta naissance... je vous aurais toutes deux écrasées, sans hésitation, avant que tu ne jaillisses de ses entrailles.

Une larme solitaire roula sur la joue de Lélia. Derrière elle, sans égard ni cérémonie, il lui écarta les jambes.

– Père, je... je Vous en conjure ! implora-t-elle. Je désire expier mes fautes, me racheter auprès de Vous. Je désire contempler Votre visage lorsque... lorsque Vous Vous abandonnerez en moi. N’est-ce pas ainsi, enlacés l’un à l’autre, que doit s’accomplir la cérémonie d’accouplement, afin d’en accroître les chances de procréation ?

Il s’interrompit juste avant de forcer les barrières de son intimité et, après quelques secondes de réflexion, l’empoigna de nouveau. Après tout, si cette faveur pouvait lui épargner le désagrément de devoir réitérer cet acte abject, dans le cas infiniment improbable où sa fertile semence n’engendrerait pas la vie... il pouvait bien consentir à sa requête.

– Soit, dit-il de sa tessiture rauque.

Il la retourna une fois encore, manquant de l’assommer lorsque son dos heurta le granit.

– Mais ne te méprends guère : il n’y a pas une once d’amour paternel en moi. Mon seul désir, en cette heure, est de te voir souffrir. De retrouver, au fond de tes yeux ingrats, la même détresse, le même dénuement que dans ceux implorants de ta génitrice, lorsque je l’ai violée.

Sur ces paroles qui résonnèrent comme une sentence, il la souleva par les hanches et planta son énorme gland, marbré de veines apparentes, contre la vulve – minuscule en comparaison – de sa fille. Celle-ci, soudain renversée dans une posture des plus inconfortables, se raidit et fronça les sourcils tandis que le sang affluait à ses tempes. Elle voulut retrouver ses appuis, mais son père, en cherchant à s’imposer à elle, ballottait son corps fragile en tous sens.

Enfin, elle parvint heureusement à se stabiliser. Désespérément, elle tendit le bras... jusqu’à atteindre ce qu’elle convoitait tant. L’armature de métal qui, quelques minutes plus tôt encore, enserrait ses cuisses, était demeurée là, tout près, encore tiède du contact prolongé avec sa peau. Elle glissa la main à travers l’une des ouvertures de l’infâme cage, jusque dans un recoin à l’abri de tout regard. Discrètement, s’efforçant d’ignorer la douleur grandissante qui la déchirait de l’intérieur, elle s’empara d’une longue baguette à cheveux argentée, dissimulée sous l’acier. Sertie de pierres précieuses et ornée de fleurs gravées... elle s’achevait en une pointe acérée.

D’un mouvement félin, athlétique, elle contracta les muscles du ventre et, sans parvenir à se défaire complètement de l’emprise de son ascendant, elle se redressa à sa hauteur – ou presque, compte tenu de leur considérable différence de taille.

À peine engagé entre ses cuisses, le Shruïn interrompit brusquement ses funestes efforts. Lentement, il baissa les yeux vers sa rejetonne agrippée à son torse, puis vers ce dernier, puissant, bombé... et transpercé par un ornement de métal qu’il avait déjà aperçu dans les cheveux dorés de sa future reine. Planté en plein cœur.

Le souffle court, Lélia contemplait elle aussi l’arme improvisée qu’elle avait introduite non sans mal dans ces appartements pourtant sécurisés, dissimulée contre sa peau, au seul endroit où l’on ne l’avait pas fouillée. Sur le torse du souverain, la petite pique paraissait soudain si futile, si dérisoire, qu’on l’aurait prise pour un simple cure-dent. Pourtant, Lélia savait qu’elle avait réussi... qu’elle avait visé juste !

Avec une troublante nonchalance, le Shruïn relâcha l’une des cuisses de sa fille et pinça du bout des ongles le mince aiguillon, comme on eût saisi le dard d’une guêpe. Il tira. Un filet de sang vermeil perla de la plaie, puis... plus rien. Lélia sentit ses entrailles se pétrifier. Les pectoraux de son géniteur étaient si robustes, si épais, que la pointe acérée de la baguette à cheveux que Salini lui avait confiée en secret la veille, bien qu’enfoncée jusqu’à la garde dans sa chair, n’avait pas atteint son organe vital !

En une fraction de seconde, comprenant que la situation lui échappait, elle tenta de se soustraire à la poigne de son terrible père... mais il était déjà trop tard. Celui-ci jeta l’arme de fortune hors de sa portée et, plus vif qu’elle, la saisit à la gorge. Il la souleva alors à bout de bras, animé d’une fureur telle qu’elle n’en avait jamais été témoin. Lélia se débattit farouchement, chercha à griffer cette main qui la capturait, mais ses jambes ne firent que battre pathétiquement le vide sous elle.

– Tu me déçois encore, mon insolente fille, cracha-t-il en resserrant sa poigne jusqu’à lui couper le souffle. Je m’étais résolu à ne pas te punir, à te garder en vie, malgré les multiples affronts que tu m’as infligés. Il n’était pas dans mon intérêt de t’éliminer, toi à qui j’ai fait don de mon sang...

Ses doigts puissants se serrèrent davantage, comprimant la gorge et la nuque de Lélia dans un craquement sinistre. À cet instant, elle comprit qu’il pourrait lui briser le cou sans le moindre effort et que, s’il ne le faisait pas, elle mourrait bientôt asphyxiée.

– ... mais la donne a changé, reprit-il. Selon nos lois, quiconque commet ou ourdit un régicide est condamné à mort, fût-il noble, prince... ou princesse. C’est amusant, ne trouves-tu pas ? Tu périras comme ta sotte de mère, ici même, là où elle chercha à m’éliminer pour, selon ses dernières paroles, te protéger de moi.

Un rictus malsain déforma son visage parcheminé, puis il ajouta :

– Comme elle, je ferai souiller ton cadavre encore chaud par mes hommes.

Lélia voulut crier, protester, mais sa gorge se broyait sous la poigne inexorable de son père. Ses os craquaient, sa chair hurlait, les vaisseaux de ses yeux éclataient... Elle disparaissait pour de bon.

Soudain, un hurlement strident retentit, aussitôt suivi du grondement sourd de l’implacable maître des lieux. Étouffée, meurtrie, Lélia avait cessé de se débattre lorsqu’il relâcha enfin son corps inanimé. Elle s’effondra mollement, la tempe heurtant l’affleurement du lit de pierre. Sans même chercher à la rattraper, le Shruïn porta précipitamment les bras derrière son dos, mais ses innombrables muscles étaient si denses, si gonflés, qu’il peinait à atteindre ses propres omoplates.

Agrippée à celles-ci, fermement cramponnée, l’une de ses servantes – celle qu’il avait violemment repoussée un peu plus tôt – avait profité que l’arme de Lélia était tombée à sa portée pour s’en emparer et s’attaquer à son despotique maître. S’époumonant de rage, elle lui en transperçait le dos, coup après coup, sur toute sa surface.

Le colosse, tel un gigantesque lion harcelé par un insaisissable pivert, rugissait désormais d’une colère sourde. Il se contorsionnait pour déloger celle qui, sans relâche, le lacérait par derrière, comme si par cet acte insensé elle entendait venger toutes celles qui, un jour, avaient fait les frais de sa cruauté. Elle le surinait frénétiquement, sans relâche, esquivant chacune de ses tentatives pour mettre la main sur elle, tandis que son corps vulnérable et nu se teintait de sang frais.

Mais alors que le haut de son dos n’était déjà plus qu’un amas sanguinolant de chaire à vif, le Shruïn parvint enfin, après s’être jeté dos au mur, à saisir le mollet de son assaillante. De toutes ses forces, rugissant de haine, il l’arracha à ses épaules et la fit tournoyer comme un chiffon désarticulé au-dessus de sa tête, avant de la projeter contre une console de bois près de l’entrée. Sous la violence du choc, le meuble se disloqua et la jeune femme s’effondra parmi les débris. Ses quatre semblables, saisies de panique à la vue de leur malheureuse consœur ainsi malmenée après cette tentative démente à laquelle elles ne semblaient pas s’attendre, accoururent aussitôt vers elle.

– Je vous écraserai toutes autant que vous êtes ! beugla le despote blessé, dégoulinant de sueur et de sang. Je broierai chacun de vos os de mes mains !

Son regard fou balaya la pièce, puis se fixa sur l’immense table qui lui tenait lieu de bureau. Sans effort, il l’agrippa par les deux bords et la hissa cinq pieds au-dessus du sol, projetant violemment à terre son contenu – plumes, encre, ouvrages, parchemins – dans un fracas assourdissant. Il se tourna ensuite vers ses cinq captives, silhouettes nues et frêles, prostrées contre le mur en face. Ses intentions étaient manifestes.

La tour du palais sembla trembler en même temps qu’Arengryar II, le chef suprême de tous les clans de l’Adaï, s’élançait avec puissance, serrant entre ses bras robustes la gigantesques la table dont il se servait comme d’un inarrêtable bélier. Ainsi manié, le lourd meuble avait tout d’une arme létale... orientée vers les jeunes femmes. Terrifiées, recroquevillées autour de celle qui avait tenté l’impossible, comme pour lui offrir un rempart dérisoire de leurs corps, elles ne purent que contempler leur mort brutale, cruelle, implacable, fondre sur elles à vive allure.

Soudain, les pieds de la mortelle table raclèrent le plancher, avant qu’elle ne se brise sous son propre poids, achevant sa course folle aux pieds des cinq malheureuses, épargnées de justesse. Effarées, celles-ci levèrent les yeux vers celui qui venait de les condamner à mort, mais qui n’avait pas achevé son funeste geste.

Leur maître était resté debout, soudain inerte, ses traits passant d’un rictus de haine à une expression d’intense ébahissement. Il portait une main fébrile à son cou. Sous ses doigts épais, dépassant de part et d’autre de celui-ci, l’aiguillon orné – déjà responsable des nombreuses plaies dans son dos et sur son torse – lui transperçait la gorge. Derrière lui, agrippée à ses épaules, le front ensanglanté, l’air implacable, Lélia tenait entre ses doigts fins l’extrémité sertie de l’arme de fortune. D’un coup sec, comme elle l’avait plantée, elle l’arracha alors. Un jet de sang noirâtre jaillit aussitôt de la carotide du souverain et macula bientôt murs et plafond.

Lélia se laissa choir et, cette fois, esquiva d’une flexion agile le moulinet du bras que son père voulut lui asséner. Pressant la paume contre sa gorge dans l’espoir vain de combler la fuite, ses yeux sombres projetant des éclairs de haine pure, il voulut s’exprimer, mais seul un borborygme gluant et sourd franchit le bout de ses lèvres, tandis que son propre sang se déversait en abondance dans sa trachée. Arengryar II, de façon inédite dans l’histoire de son règne autoritaire, posa pour la première fois un genou à terre, dévisageant sa fille qui se tenait près de lui, fière, dressée pour la première fois à égale hauteur.

– Ta tyrannie s’achève ici, Père, déclama-t-elle avec une assurance retrouvée. Puisse ton trépas venger celles qui périrent sous tes coups.

Puis, comme pour ponctuer cette oraison, elle inspira profondément et posa le pied sur les abdominaux de son géniteur. Peu à peu, celui-ci semblait perdre ses couleurs. Rassemblant le peu de force qui lui restait, elle poussa, la cuisse contractée, jusqu’à ce que l’immense carcasse bascule et s’effondre au cœur de sa propre demeure. D’abord secoué d’ultimes spasmes, fixant toujours sa neuvième fille à travers le voile d’hostilité et de détestation qui obscurcissait ses prunelles, il s’éteignit enfin, dans le silence indifférent des plaines désertiques.

Nue, blessée, essoufflée, couverte de sang, Lélia contempla un instant la dépouille inerte du monstre qui lui avait donné vie. Sa première pensée fut pour sa mère, dont elle ne conservait que des souvenirs fragmentaires. Parfois, lorsque la lune était haute et la nuit froide, elle s’en voulait de ne pas avoir su graver les traits de son visage dans sa mémoire. Une nouvelle larme, mêlée de mélancolie et de joie, roula sur sa joue pâle.

Un mouvement furtif, à la lisière de son champ de vision, attira soudain son attention. Derrière l’amas de débris éparpillés au cours de l’échauffourée, dans l’entrebâillement de l’immense porte qu’elle croyait pourtant fermée, elle aperçut avec horreur le maître de cérémonie, ce vieillard rabougri qui, deux semaines plus tôt, avait prononcé sa condamnation à la grègue d’acier, et lui avait toujours inspiré le plus profond dégoût.

Il se tenait là, les yeux écarquillés, le visage aussi blême que l’ignoble barbe laiteuse pendant à son menton. Son regard éberlué parcourut la scène, s’arrêta sur le corps meurtri et inanimé de son suzerain, puis vint s’échouer sur Lélia, qui tenait encore à la main l’aiguillon pointu et ensanglanté.

Il avait tout vu.


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