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Bivouac sur le fjord.
Fiction
Drama
calendar Veröffentlicht am 1, Apr., 2026
calendar Aktualisiert am 2, Apr., 2026
time 6 min
Line Marsan verified
Line Marsan vor 45 Minuten

J'ai pensé à le republier car il n'est pas sur le fil d'actualité, ce qui est bien dommage. Vous ne souhaitez pas le faire ?

Bivouac sur le fjord.

La lumière blanche du matin tamisée par la fine paroi de la toile de tente, filtrait à travers ses paupières closes. Comme toujours en cette saison, le jour ne durerait que quelques heures. Il prit malgré tout le temps de ressentir chaque partie de son corps avant d’ouvrir les yeux. Il commença par remuer ses orteils qui réagirent parfaitement protégés du froid par une double paire de chaussettes. Un premier bon signe. Méthodiquement, il remonta le long de ses jambes en contractant les mollets, puis les cuisses et enfin les muscles des fessiers. Chaque contraction lui arrachait une grimace de douleur due aux courbatures. La partie de pêche de la veille avait laissé des traces. Maintenant complètement alerte, couché sur le dos, il serra un peu plus les paupières pour lutter contre la tentation de les ouvrir. Il serra les poings de chaque côté de ses hanches et fit faire des moulinets à ses poignets. Enfin, il grimaça pendant plusieurs secondes, ouvrant la bouche, gonflant les joues, fronçant les sourcils, pour réveiller son visage engourdi par le froid. Puis comme tout semblait en ordre, il retira un gant et toucha son nez à la recherche du moindre signe d’engelure.


Lorsque le zip du duvet zébra le silence, l’air hivernal s’engloutit dans la poche de tiédeur que son corps avait réussi à former et le fit frissonner. Il alluma le réchaud à gaz sous la Bialetti qu’il avait pris la peine de préparer la veille avant de s’endormir. Réchauffé par le murmure de la flamme, il entreprit de replier son duvet et son matelas avant de les glisser dans le sac à dos de randonné orange sur lequel une vingtaine d’écussons prétentieux retraçaient ses voyages en solitaire à travers toute l’Europe.


Les glouglous caractéristiques l’arrachèrent à ses pensées. Il arrêta le réchaud et sortit boire son café dehors, faisant quelques pas vers la rive gelée. La neige qui était tombée pendant la nuit craquait sous ses bottes et atténuait les sons de la nature. Le ciel bas diffusait une lumière irréelle à travers le léger brouillard qui stagnait au-dessus de la glace, l’empêchant de distinguer l’autre rive où la montagne tombait à pic dans les eaux profondes du fjord. Il aurait pu trouver poétique de se trouver là, la buée de son souffle se mêlant à la vapeur du café. Il aurait dû se sentir apaisé par la contemplation d’une nature entièrement vierge, blanche et pure. En vérité, il ne ressentait rien, si ce n’est une certaine impatience au fond du ventre.

Lorsqu’il n’y tint plus, il vida sa tasse en se brûlant la langue et finit de replier son matériel avec soin. Prudemment, il descendit le rivage en se retenant aux quelques branches nues qui ployaient sous le poids des stalactites. À cette époque de l’année, la glace était épaisse et pouvait supporter bien plus que le poids d’un homme. Aussi, avança-t-il avec confiance en ligne droite, plissant les yeux pour essayer de distinguer le drapeau fluo qu’il avait pris la précaution de planter la veille à proximité du trou de pêche. Une fois le triangle rose en vue, il s’approcha à pas feutrés. Dans le puits, une fine couche de glace s’était reformée dans la nuit. Il ne prit la peine de la briser. Il ne pêcherait plus rien aujourd’hui. Il devait juste être certain. La plus grande difficulté consista à déneiger la zone sur laquelle une bonne dizaine de centimètres de poudreuse s’était accumulée. À genoux sur la glace, il travaillait en cercles concentriques balayant la neige avec ses gants qui furent rapidement trempés. Il devait faire vite ou il risquait l’engelure.


Rapidement, il commença à suer sous ses couches de vêtement. À ce stade, il lui était impossible de laisser tomber. Il devait savoir. Vérifier. Avant de passer à la prochaine étape.

Sa vieille douleur à l’épaule était revenue, lancinante, et le goût métallique dans sa bouche lui indiquait que sa lèvre s’était rouverte. Il prit un peu de neige et l’appliqua sur la plaie. Il resta absorbé plusieurs minutes par la tache rouge vif dans sa paume avant qu’un frisson ne le fasse revenir à lui et à la mission qu’il s’était fixé.


Et puis soudain, alors qu’il balayait la neige sans trop y prêter attention, il le vit. Bien sûr, le visage avait perdu de ses couleurs. Ses lèvres étaient bleutées et ses cheveux blonds formaient une couronne dorée autour de son front. Les grands yeux azur ouverts sur le ciel, le fixaient avec cet air terrifié qu’il avait vu à de trop nombreuses occasions depuis qu’il était enfant.

Il s’assit sur les talons et contempla son frère jumeau qui flottait paisiblement dans les eaux sombres du fjord. Enfin, il retira son gant et posa 𝗹𝗮 𝗺𝗮𝗶𝗻 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗺𝗶𝗿𝗼𝗶𝗿 𝗲𝗺𝗯𝘂𝗲́. Là, sous la glace, il put la sentir, 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗲𝗮𝘂 𝗰𝗵𝗮𝘂𝗱𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗮𝗶𝘁 𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝘁𝗼𝘂𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀 𝗾𝘂’𝗼𝗻 𝗹𝘂𝗶 𝘃𝗼𝗹𝗲 𝘀𝗼𝗻 𝗿𝗲𝗳𝗹𝗲𝘁.


Ce soir, il rentrerait à Bergen et annoncerait à Erika que son frère avait eu un accident. Elle serait effondrée. Bien sûr, c’était compréhensible. Mais au fil des mois, elle et les enfants, l’oublieraient peu à peu. Avec lui, ils seraient à nouveau une famille.



Photo de couverture : Cristina Gottardi via Unsplash

Kommentar (2)

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Line Marsan verif

Line Marsan vor 45 Minuten

J'ai pensé à le republier car il n'est pas sur le fil d'actualité, ce qui est bien dommage. Vous ne souhaitez pas le faire ?

Line Marsan verif

Line Marsan vor 2 Stunden

Bravo pour cette interprétation glaciale et imagée du PanodysseySpark. 👏

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M. Dolesky verif

M. Dolesky vor einer Stunde

Merci beaucoup :) J'ai eu de la chance pour ma première participation, l'inspiration est venue tout de suite.

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