La vertu tranquille de la paresse
La vertu tranquille de la paresse
Il existe un mot que notre époque prononce à voix basse, comme une faute morale, un soupçon de faiblesse : paresse. À peine l’entend-on qu’aussitôt se lèvent les gardiens de l’utilité, les surveillants de la rentabilité, les prêtres du rendement. Le temps doit produire, le corps doit répondre, l’esprit doit justifier sa présence. Tout ce qui échappe à cette comptabilité est suspect.
Pourtant, il y a dans l’inaction volontaire une intelligence ancienne, presque insolente. Elle ne clame rien, elle ne conquiert rien, elle s’assied. Elle regarde passer les nuages sans leur demander de comptes. Elle sait - et c’est peut-être là son crime - que le monde continue très bien sans nous, et qu’il respire même parfois mieux lorsque nous cessons de l’agiter.
Ne rien faire n’est pas s’absenter. C’est habiter pleinement le moment débarrassé de sa laisse. C’est refuser la confusion entre mouvement et vie. Les fleuves les plus puissants savent aussi s’élargir, ralentir, devenir presque immobiles, sans jamais cesser d’être des fleuves. À l’inverse, les torrents pressés s’épuisent vite et n’arrosent rien.
La suite ici.
Julien Carboni
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