Docteur
Docteur
J'sais jamais comment commencer à parler de toi alors j'vais dire les choses comme elles viennent:
J’crois que j’ai jamais su trouver les mots,
Alors j’te parle comme si t’étais encore là, dans l’écho.
Toi tu voulais me protéger, t’as tiré la prise avant la fin,
Tu m’as laissée dans le noir en disant “va faire ta vie, oublie-moi, c’est mieux comme ça.”
Mais j’ai rien oublié, tu t’en doutes.
J’ai juste appris à marcher toute seule sur la route.
On s’aimait comme des gamins sérieux, comme des adultes paumés, j’sais pas.
C’était fluide, c’était doux, c’était… simple.
On regardait Doctor Who, on s’engueulait sur l’ordre des épisodes, tu disais que j’avais pas l’esprit du Docteur, mais c’est marrant parce que c’est toi qui t’es comporté comme lui : toujours prêt à sauver les autres, même quand ça t’abîme.
Ton surnom c’était Docteur, et t’as porté ce nom jusqu’au bout, comme une ironie mal foutue.
Tu m’as tout donné sauf ton dernier souffle.
Ça aussi, tu l’as protégé.
Quand t’es arrivé à l’hôpital, j’ai voulu venir.
C’était instinctif, normal, évident.
Mais toi, tu m’as interdit de le faire.
Tu m’as dit que c’était “mieux comme ça”, que tu voulais pas que je vois les machines,
Les tuyaux, la pâleur.
Tu voulais pas que je garde cette version de toi.
Tu voulais pas que je m’écroule à ton chevet.
Tu m’as tenue à distance, comme si l’amour c’était aussi interdire quelqu’un d’approcher quand t’es trop faible pour le rassurer.
Je t’en veux un peu, parfois.
Pas pour être parti, mais pour m’avoir privée de te voir.
Pour avoir choisi le silence froid plutôt que mes mains chaudes.
Mais je comprends que t’as fait ça pour moi.
Pour m’empêcher de me briser là où t’étais déjà cassé.
La vérité… j’l’ai gardée pour moi, serrée fort comme un secret brûlant.
Ton cœur battait trop fort, trop vite, ou pas assez, j’sais plus vraiment.
Et toi, t’avais peur que le mien s’arrête avec le tien,
Alors t’as fui comme un héros tragique, t’as cru que c’était bien.
T’as pris tes distances, t’as laissé l’histoire s’éloigner, t’as joué la séparation comme si c’était un choix, alors que t’avais juste plus le temps.
Tu m’as dit d’te laisser, de t' “oublier”, de respirer fort pour deux.
J’ai raconté qu’on s’était juste éloignés, que c’était la vie, le temps, les horaires, les excuses classiques qu’on ressort quand on veut pas vraiment expliquer.
Mais en vrai c’était simple : t’es mort.
T’es mort et j’ai dû gérer ça toute seule, avec la face impassible, le sourire mécanique, les potes qui disent “t’inquiète ça va passer”.
J’l’ai dit à personne.
Ils savent rien, ils sauront jamais.
J’ai jamais dit que ton absence c’était pas un choix, mais une urgence,
Un sacrifice un peu con, un peu noble.
Et puis y’a eu mes TCA, mes batailles contre moi-même,
Mes jours où j’arrivais même plus à être un corps.
Toi, t’avais ton cœur qui lâchait, mais tu trouvais quand même la force de ramasser le mien.
Tu me parlais doucement, tu me guidais, tu me disais que je méritais mieux que la guerre que je me faisais.
Tu m’as demandé, presque supplié :
“Promets-moi de manger. Même quand j’s’rai plus là pour vérifier.”
À l’époque, j’ai trouvé ça bizarre.
Maintenant, ça me déchire de comprendre que tu parlais déjà comme si tu savais que tu verrais pas la suite.
Alors oui, je mange.
Parce que c’est toi qui me l’as demandé.
Parce que chaque repas c’est un “je suis encore là” que je te renvoie.
Parce que tu voulais que je vive.
Vraiment.
Et tu sais quoi ?
Aujourd’hui, j’suis avec quelqu’un de bien.
Quelqu’un de doux, de simple.
Quelqu’un qui me blesse pas.
Quelqu’un que t’aurais aimé pour moi.
Et parfois je me dis que si tu pouvais voir ça, tu pousserais un long soupir de soulagement, du style :
“Ok. Elle a trouvé quelqu'un de bien, j'ai pas tout raté.”
J'ai fait tout ce chemin depuis deux ans et demi,
Parce que c'était ta putain de dernière volonté.
Mais dans mon cœur tu as toujours une petite place :
Tu restes dans les interstices, dans les silences, tu ne tomberas pas dans l'oublie.
T’es là quand je ris, quand je pleure, quand je mange ce que j’arrivais pas à avaler avant.
T’es là quand je regarde le ciel, quand j’regarde un épisode de Doctor Who, quand j'écoute Galatée.
T’es parti pour me protéger.
Mais t’es resté juste assez pour me convaincre de continuer.
Je continue.
Pour toi, pour moi, pour cette partie de nous que rien n'a réussi à tuer.
Et je te remercie mille fois de m'avoir aimée comme tu l'as fait.
J'espère que tu as ta place auprès de Dieu,
Comme tu l'espérais, et moi avec ce texte, je te dis enfin Adieu.
J'espère que tu vis les aventures dont tu rêvais tant à bord de ton TARDIS.

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