J24 - Les confettis (suite)
Enfin… c’est ce que je croyais...
Parce qu’à force de les ignorer, à force de croire qu’on pouvait simplement vivre à côté d’eux… il s’est passé quelque chose. Quelque chose que je n’avais clairement pas anticipé. Les confettis ont compris.
Et si je te disais que tout ça… ce n’était que le début de la fin ?
Parce qu’à force de les ignorer, à force de croire qu’on pouvait vivre à côté d’eux… les confettis ont fini par comprendre. Ils ne sont pas faits pour être balayés. Ils sont faits pour rester!
Au début, ce sont des signes discrets. Un petit tas dans un coin, alors que tu es sûre d’avoir nettoyé. Un regroupement suspect sur une étagère. Des couleurs qui semblent… plus vives qu’avant. Puis vient le moment où tu comprends.
Le jour où tu passes l’aspirateur et que, derrière toi, un léger bruissement se fait entendre.
Tu te retournes. Ils ont rebougé. Pas beaucoup. Mais juste assez. À partir de là, tout s’accélère. Les confettis ne se contentent plus de survivre. Ils s’organisent.
Les rouges deviennent les chefs, toujours dramatiques, forcément. Les jaunes gèrent la visibilité (ça brille, ça attire, ça distrait). Les bleus infiltrent les zones stratégiques : tiroirs, placards, machines à laver. Et les multicolores ? Eux, ce sont les fous. Les imprévisibles. Les agents du chaos. Très vite, ils changent les règles. Tu ouvres un tiroir → ils sont parfaitement alignés. Tu reviens une heure plus tard → formation différente. Ils communiquent. Je ne sais pas comment, mais ils communiquent. Et un soir, alors que tu es tranquillement posée sur ton canapé, tu sens quelque chose sous ton pied.
Un confetti. Tu le regardes. Il ne bouge pas. Mais tu sais. C’est à ce moment-là que tu comprends que la maison… n’est plus vraiment la tienne. Les confettis ont pris le pouvoir. Alors ils commencent doucement. Ils envahissent les zones de passage. Le salon, la cuisine.
Puis les endroits plus intimes. Les chambres. Les tiroirs à sous-vêtements, évidemment, leur terrain de jeu favori depuis toujours.
Ils réapparaissent même dans des vêtements fraîchement lavés, comme s’ils avaient appris à survivre au cycle complet. 40°, 60°, essorage intense… rien ne les arrête. Ils deviennent omniprésents.
Tu te lèves le matin → confettis. Tu bois ton café → confetti collé au mug. Tu travailles → un petit bout rose te regarde depuis le clavier. Et le pire… c’est que personne d’autre ne semble surpris.
Tes enfants ? — « Ah oui, il y en a un peu partout, mais c’est normal non ? »
Ton partenaire ? — « Ça donne une ambiance festive. »
FESTIVE ?!?
Alors que très clairement, on est passé à un autre niveau. Un soir, tu craques. Tu prends l’aspirateur. Tu avances dans le salon, déterminée. Les confettis sont là, épars, innocents en apparence. Tu enclenches. Ils s’envolent, aspirés, disparaissent. Victoire!
Et puis…
Un léger crépitement derrière toi. Tu te retournes. Ils sont revenus. Déjà. Toujours plus nombreux, plus organisés. Comme s’ils venaient de comprendre quelque chose d’essentiel : Tu ne peux pas te débarrasser d’eux!
Tu n’as jamais pu. Alors ils avancent encore. Jusqu’au jour où, en rentrant chez toi, fatiguée, tu ouvres la porte… et tu découvres le sol entièrement recouvert. Pas un centimètre sans couleur. Un tapis vivant. Une prise de pouvoir totale!
Et là, au lieu de paniquer… tu souris.
Parce que tu reconnais quelque chose. Ce chaos. Ces couleurs. Cette sensation de trop, de débordement, d’imprévisible. C’est exactement comme ce jour de carnaval.
Sauf que, cette fois… la fête ne s’arrête plus.
Et au fond de toi, une petite voix murmure : « Bon… au moins, je suis sûre de ne plus jamais m’ennuyer. »

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